Parole d'experte

Plus d'un étudiant sur deux se dit en difficulté financière.

  • Date de mise à jour :

Convergence 354, Vanessa Pinto

Pour les étudiants, le soutien financier de la famille ou les bourses s'avèrent souvent insuffisants pour couvrir tous leurs frais, et près de la moitié d'entre eux est conduite à travailler en cours d'année universitaire. Ces activités rémunérées sont très différenciées selon le milieu social : celles qu'exercent les enfants de cadres sont soit très occasionnelles (baby-sitting, cours particuliers), soit complémentaires de leurs études (interne dans les hôpitaux, etc.) ; à l’opposé, les emplois des enfants d’ouvriers et, notamment, des filles d’ouvriers peuvent entraver leur réussite universitaire (postes d'employés de commerce et de service, etc.). Avoir une activité salariée régulière et intensive (plus d'une quinzaine d'heures par semaine) amène en effet les étudiants à être plus fatigués, à manquer des cours, à mal préparer leurs examens et à s'éloigner des enjeux universitaires. Mais le processus d'enlisement que j'ai pu observer chez certains étudiants est beaucoup plus pernicieux : ils se prennent petit à petit au jeu de leur "petit boulot" et peuvent même y montrer de l'entrain. Ils sont souvent d’origine populaire et ont un baccalauréat technologique ou professionnel. Assez démunis scolairement et relégués au sein de l’institution universitaire, ils voient dans cet emploi une sorte de voie de salut alternative : ils s'y font des amis, y apprécient l'ambiance et y trouvent une reconnaissance qu'ils peinent à obtenir à l'université. De ce fait, ils sont amenés à délaisser progressivement leurs études ou à ne jamais les investir réellement. Or, ces emplois non qualifiés donnent rarement accès à des postes stables et bien rémunérés, ce qui enferme ces étudiants dans la précarité.

Vanessa Pinto, maître de conférences en sociologie, université de Reims Champagne- Ardenne (URCA) / UFR en Sciences économiques, sociales et de gestion.

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