Parole d'experte

Place aux associations

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Emmanuelle Oulaldj
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Le sport doit être l'affaire de tous. Penser le développement du sport pour tous et, en particulier, pour les milieux populaires, ne peut être garanti que dans une société plus juste et plus humaine, où l'accès à l'emploi, au logement, à l'éducation, à la santé... sont des priorités. Cela pose la question de la précarité, des transports, du temps de travail, du pouvoir d'achat, de la place des femmes... car ce sont des freins potentiels. Toutes les formes de pratiques physiques doivent pouvoir être reconnues à égalité, qu'elles soient de compétition ou de bien-être et de loisirs. La tendance actuelle est, au contraire, à la dénaturation de la culture sportive en réservant la compétition à une élite et en transformant le sport dans les milieux populaires en pansement social. La compétition, quand elle n'est pas conçue selon le schéma libéral comme une voie d'élimination, est, en effet, une rencontre avec l'autre et, par conséquent, avec soi-même. L'adversaire peut être considéré comme quelqu'un qui permet de progresser.C'est un affrontement intéressant. Les milieux populaires doivent pouvoir bénéficier de pratiques compétitives et pas seulement d'animation. Pour défendre un droit universel à un sport de qualité, les associations, qui sont au contact quotidien avec les populations, doivent être davantage reconnues, se voir attribuer une place prépondérante dans l'élaboration du service public du sport et les débats sur les subventions. C'est loin d'être le cas. À l'Assemblée du sport, par exemple, le gouvernement, les collectivités territoriales et le mouvement sportif étaient à égalité avec le Medef. Parallèlement, le Syndicat des enseignants de l'Éducation physique et sportive n'était pas invité, comme si le sport à l'école n'était pas un enjeu essentiel ! Solidarité et progrès Lutter contre la marchandisation du sport est primordial si on veut le mettre à la portée de tous. La privatisation galopante des équipements sportifs - qui implique la recherche de profits - n'est pas cohérente avec un principe d'émancipation. Une autre dérive est d'ailleurs à relever : le détournement de plus en plus évident de l'argent du Centre national pour le développement du sport, dont l'objectif était de faciliter l'essor des associations et des clubs sportifs, au profit de structures privées ou de clubs professionnels. En matière d'équipements, il apparaît indispensable de penser en termes de besoins réels de la population via des schémas territoriaux de cohérence, d'y mettre du contenu, et de cesser de créer de grandes infrastructures dont une minorité de personnes profite. Enfin, la vie associative doit être au coeur des politiques publiques, ce qui exige une reconnaissance du bénévolat. Cela passe notamment par l'élargissement du temps libéré, la prise en compte de cet engagement dans le cursus scolaire, dans les droits à la retraite... La vie associative est fondamentale, particulièrement en matière de sport, car elle est créatrice de cohésion, de solidarité et de progrès.

Emmanuelle Oulaldj est membre de la direction nationale collégiale de la Fédération sportive et gymnique du travail.

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