« Limiter la hausse des températures est une question de survie » [Archivé]

La conférence internationale COP 21, qui se tient à Paris jusqu'au 10 décembre, suscite l'espoir d'aboutir à un accord universel et contraignant pour que les 195 chefs d'État invités prennent des mesures concrètes face au dérèglement climatique. Jean Jouzel, climatologue et vice-président du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) de 2002 à 2015, souligne l'importance de cet enjeu. 

Le programme "agriculture familiale, produits bio, circuits courts et protection de l'environnement", mené par le Secours populaire au Salvador, dans la commune de Comasagua, s'est vu accordé le label COP 21 par la France.
Philippe Roudière/SPF

Dès les années 1970-1980, la communauté scientifique a commencé à alerter sur les problèmes du réchauffement climatique. Elle était déjà consciente qu'il y avait un risque d’augmentation des températures de quelques degrés, au milieu du XXIe  siècle, et que ce ne serait pas sans conséquences. Créé au sein des Nations unies, en 1988, à l’initiative de scientifiques, mais aussi des gouvernements, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) soumet un diagnostic, à travers des rapports élaborés au cours d’un processus dont la phase intensive dure deux ans. Ce processus donne toute leur visibilité aux rapports du GIEC et permet d'éclairer les autorités publiques dans leurs décisions. L’expertise collective en fait sa force. Le Sommet de la Terre, qui s'est tenu à Rio de Janeiro, en 1992, a donné lieu à un programme de lutte mondiale contre les changements climatiques, l’érosion de la biodiversité, la désertification et pour l'élimination des produits toxiques.

La nécessité d'imposer des objectifs contraignants

Ces conventions ont engagé les États dans un effort de mise en œuvre et, dans certains cas, dans un processus de négociations en vue de parvenir à l'adoption d’objectifs contraignants, tel que le Protocole de Kyoto, en 1997. En 2010, à la conférence de Cancún, a été adopté l’objectif de stabiliser en dessous de 2 °C, à long terme, le réchauffement climatique, qui est aujourd'hui sans précédent, notamment à cause de l’utilisation des énergies fossiles. Les conséquences sont telles qu’il est nécessaire de prendre des mesures immédiates : infléchir la hausse des émissions de CO2 de 15 à 20 %, d’ici à 2020, puis diviser nos émissions par deux au moins, entre 2020 et 2050, et viser l'objectif de zéro émission à l'horizon 2100. La conférence "Paris Climat 2015", connue aussi sous le nom de COP 21 (Conference of Parties, conférence mondiale des parties à la Convention cadre de l'ONU portant sur les changements climatiques), qui se tiendra à Paris, à partir du 30 novembre, sera cruciale. Si on veut limiter à 2 °C le réchauffement climatique à long terme - c'est l'objectif de la COP 21 - , il faut changer très vite notre mode de développement, actuellement basé sur des combustibles fossiles, comme le pétrole, le gaz et le charbon. La COP 21 doit aboutir à un accord universel juridiquement contraignant. Si rien n’est entrepris, il sera trop tard : la température de la Terre augmenterait de 4° C à 5° C, d’ici à la fin du siècle. On parle là d’un changement radical de climat, avec des conséquences désastreuses sur les écosystèmes et les sociétés humaines… Limiter la hausse à 2° C devrait nous permettre de nous adapter pour l’essentiel. Certes, les récifs coralliens seront mis à mal, les pertes en biodiversité seront inévitables et le niveau de la mer montera de 40 centimètres environ, d’ici à la fin du siècle, mais cela reste gérable. Au-delà, tout deviendrait extrêmement problématique ; on parle de millions de réfugiés climatiques, de la répétition d’événements extrêmes de type cyclones ou canicules, mais aussi de difficultés accrues sur le plan des ressources en eau.

jean jouzel Il est impératif de prendre des mesures dans tous les domaines qui sont liés aux émissions de gaz a effet de serre. La loi sur la transition énergétique pour la croissance verte en France est un signal positif. Si la communauté scientifique avait été écoutée avant, nous aurions déjà fait du chemin. Le risque de la COP 21 est que le défi ne soit pas assez audacieux. Il faudrait qu’en 2015 tous les pays s’engagent à agir sur leurs émissions, développent les énergies renouvelables, renforcent l’efficacité énergétique, perfectionnent le piégeage du gaz carbonique. Sans efforts ambitieux et sans une solidarité internationale, il sera très dur d’assurer un développement harmonieux de nos civilisations.

Jean Jouzel, climatologue

Propos recueillis par Fabienne Chiche
Jean Jouzel est co-auteur, avec Anne Debroise, du Défi climatique, éd. Dunod