Ukraine : trois mois après, une mobilisation à la hauteur du bouleversement [Archivé]

Il y a trois mois jour pour jour, la guerre en Ukraine se déclarait. A la détresse de la population, le Secours populaire français répondit aussitôt par la seule arme qu’il connaisse : une solidarité concrète, chaleureuse et inconditionnelle. Retour sur trois mois d’une mobilisation menée tambour battant en Ukraine et à ses frontières, en France comme ailleurs dans le monde.

À Périgueux, les bénévoles ouvrent les portes du Secours populaire aux familles ukrainiennes.
Yoann Léguistin / SPF

Le 24 février, les troupes armées russes envahissent l’Ukraine, déclenchant le plus grand exode depuis la Seconde guerre mondiale : 5 millions de femmes, de personnes âgées et d’enfants, fuyant les bombes, ont depuis quitté leur pays, à la hâte et dans le plus grand dénuement. Plus de 7 millions de personnes se sont quant à elles déplacées dans une autre partie du pays moins dangereuse. Dans la foulée de l’émotion s’est mise en œuvre la solidarité en un élan inédit. Le Secours populaire, fidèle à son engagement inconditionnel auprès de toutes les victimes, s’est mobilisé auprès de ses partenaires sur place pour apporter un soutien concret et chaleureux aux déplacés et réfugiés d’Ukraine.

Une aide dans le pays et aux frontières

Avec l’association polonaise PKPS, un vaste programme pour les réfugiés est mis en œuvre dans la ville frontalière de Przemyśl : distribution de produits d’hygiène à la gare ou dans les huit centres d’hébergement d’urgence de la ville, désinfection, nettoyage et équipement de ces centres en machines à laver et sèche-linge. Les efforts du SPF et de son partenaire en Pologne, pays qui accueille à lui seul la moitié des réfugiés, se concentre sur une question inhérente à la dignité humaine : l’hygiène. Dans cette même ville, principal point d’entrée des populations, est mise en place pour les réfugiés une permanence d’aide alimentaire, de soutien sanitaire et psychologique, ainsi que d’orientation vers les droits, notamment pour accéder à l’éducation et à l’emploi.

En direction des Ukrainiens restés dans leur pays, dans la région d’Odessa et de Mykolaïv, le SPF soutient son partenaire Four-Leaf Clover dans la distribution, à la gare centrale, dans les camps de déplacés ou au porte-à-porte, de colis alimentaires pour les personnes les plus démunies et les plus isolées, pour qui ce témoignage de chaleur humaine est crucial. Des partenariats récemment noués avec trois autres associations ukrainiennes permettent, à partir du mois de mai, de réaliser des distributions massives de vivres et de produits d’hygiène aux populations de Kiev et leurs environs ainsi qu’à Tcherkassy.

Depuis le début de la guerre, plusieurs missions du Secours populaire se sont rendues sur place, en Ukraine et en Pologne, ainsi qu’en Roumanie et en Moldavie, afin de soutenir ses partenaires locaux ainsi qu’identifier de nouveaux partenaires pour déployer plus largement la solidarité. Ainsi avec la fondation Bethany est mis en place en Roumanie, tout près de la frontière moldave à Iaşi, un centre d’accueil de jour proposant aux réfugiés qui souhaitent rester à moyen ou long terme sur le territoire un soutien administratif et psychologique, ainsi qu’un accompagnement à la scolarité et aux loisirs pour leurs enfants. C’est ainsi, également, que les perspectives de villages d’enfants « Copain du Monde » ont pu être dessinées en Roumaine et en Moldavie, qui inviteront tout au long de cet été des enfants ukrainiens réfugiés dans ces pays.

Une guerre aux répercussions mondiales

En Ukraine et dans ses pays frontaliers, mais aussi dans bien d’autres régions du monde, la solidarité doit être mise en œuvre. Cette guerre menace d’« effondrement » le « système alimentaire mondial », a averti Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, ajoutant qu’« un ouragan de famines » s’apprête à bouleverser la planète. Le blocus des ports ukrainiens et l’embargo sur la Russie rendent indisponibles une grande partie des exportations mondiales de maïs, de blé, d’huile de tournesol et d’engrais, produits dont dépendent plus d’une centaine de pays dans le monde, en majorité situés au Moyen-Orient et en Afrique. « Au Liban, un quart de la population ne survit à présent que grâce aux colis alimentaires », énonce tristement Hiba Antoun, directrice des programmes de l’association libanaise DPNA. Le secrétaire général de l’ONG nigérienne HED-Tamat, Mohamed Akser, confirme : « Cette situation va fragiliser beaucoup de ménages qui ne peuvent plus acheter à manger. On constate déjà que les gens ne mangent plus à leur faim ». Aussi le Secours populaire met-il en place des programmes d’aide d’urgence alimentaire pour les populations en lien avec ses partenaires au Liban et au Niger ainsi que, bientôt, à Madagascar. Mais en France, la flambée des produits alimentaires, des énergies et du carburant place également des centaines de milliers foyers précaires dans une situation désormais intenable : auprès d’eux aussi, le Secours populaire n’a cessé de se tenir et d’intensifier son soutien.

En France, tous les bénévoles mobilisés

Depuis le 24 février, la mobilisation du Secours populaire français et de son mouvement d’enfants « Copain du Monde » est à la hauteur de l’émotion et les bénévoles de tous âges se démènent sur tous les fronts, de la collecte financière pour soutenir l’action de nos partenaires en Ukraine et ses pays frontaliers jusqu’à la solidarité quotidienne apportée sur le territoire, aux familles impactées par la crise mondiale que la guerre a engendrée et, bien sûr, aux milliers de familles ukrainiennes elles-mêmes venues se réfugier en France. Les idées, pour venir en aide aux victimes de la guerre en Ukraine comme pour se donner les moyens indépendants de cette solidarité, naissent chaque jour. Ces idées, aux femmes, enfants et personnes âgées d’Ukraine, offrent force, espoir et dignité ; elles sont l’oxygène qui contribue à rendre vivable un monde que les violences et les injustices malmènent. Produits alimentaires, d’hygiène et pour bébés, vêtements, mobilier, jeux, fournitures scolaires, accès aux droits, apprentissage du français, prévention sanitaire et soutien psychologique avec les Médecins du Secours populaire, mais également sorties culturelles et séjours de vacances : la solidarité populaire de l’association, qui envisage chaque être humain dans ses besoins premiers comme dans son aspiration à nourrir son esprit, est déployée. Depuis trois moins maintenant, et pour longtemps encore.


3 mois de solidarité vus par deux grands témoins

Liudmyla Havriliuk, présidente de l’association ukrainienne UAS Four-Leaf Clover

Ukraine : trois mois après, une mobilisation à la hauteur du bouleversement
 

« Depuis ce 24 février, notre association UAS Four-Leaf Clover vient en aide sans relâche à la population ukrainienne à l’intérieur du pays. Deux missions du Secours populaire se sont rendues sur place auprès de nos équipes de volontaires. Nous intervenons à Odessa et sa région, notamment à Mykolaïv qui est plus que jamais vulnérable car il n’y a plus d’approvisionnement en eau à l’intérieur de la ville, les infrastructures ayant été détruites. Les gens qui continuent à y vivre ont besoin de soutien : c’est pourquoi, une troisième mission du SPF partira à la fin de ce mois de mai pour rejoindre les équipes de UAS Four-Leaf Clover et venir en aide à la population. 

Lors de la première mission en février, ce furent 500 familles qui avaient été aidées avec des colis alimentaires, des produits d’hygiène, ainsi que des jouets et friandises pour les enfants, remis lors de distributions dans les gares, les camps de déplacés ou au porte à porte, pour les personnes les plus démunies et les plus fragiles.  Lors de la deuxième mission, à la fin du mois de mars, nous avons aidé 1000 familles avec ces colis. Mais plus généralement, nous aidons quotidiennement toutes les personnes qui sont en détresse, autant que nous le pouvons, en les orientant, leur fournissant de la nourriture ou un abri, un soutien médical ou sanitaire, avec toujours une attention pour les enfants. Pour ce faire, pour saisir les besoins réels, nous sommes en contact permanent avec les autorités locales, les hôpitaux et les autres ONG locales. C’est un travail de terrain quotidien.

Ce que nous faisons est peut-être une goutte d’eau versée dans la mer. Mais cette goutte est, hier comme aujourd’hui, très précieuse. Cette solidarité internationale est, pour notre peuple, une source d’espoir, la preuve qu’ils ne sont pas abandonnés et qu’ils ne sont pas seuls. C’est une situation de toutes les urgences où chaque contribution compte, afin que mon peuple puisse survivre à cette guerre. L’aide dont les personnes ont besoin demeure essentielle : se nourrir, s’abriter, se soigner – c’est sur ces points que nous devons continuer à porter nos efforts. »

Christine Bernard, secrétaire générale de la fédération du SPF de Dordogne

Ukraine : trois mois après, une mobilisation à la hauteur du bouleversement
 

« Cette guerre, qui est arrivée si brutalement, nous a bouleversés dans l’association comme dans l’ensemble du pays. Nous avons parmi nos bénévoles des Ukrainiens qui ont rejoint le Secours populaire il y a plusieurs années de cela, depuis que la guerre a commencé dans le Donbass. Ils se sont rapprochés de nous dès les premiers jours car leurs proches étaient en route pour les rejoindre. Les services de l’État n’étaient pas encore prêts, aussi nous nous sommes mobilisés pour trouver des familles d’accueil. Puis nous avons organisé la solidarité : inscrit les enfants à l’école, accueilli dans nos cours de français, acheté des ordinateurs pour les élèves, meublé et équipé les appartements ou maisons prêtés aux réfugiés.

En même temps, dès les premiers jours de la guerre, nous avons organisé des initiatives pour collecter les moyens de la solidarité - beaucoup de concerts, notamment une chorale qui s’est produite dans une église et qui a rassemblé 400 personnes. Il y a eu de nombreuses actions spontanées : par exemple, des peintres ont offert des toiles au SPF que nous avons pu mettre en vente.

Puis nous avons accompagné pas à pas les familles qui sont arrivées dans le département. Celles qui sont suivies par les services de l’État, nous les accueillons dans nos cours de français. Nous organisons des sorties : prochainement, nous allons les emmener visiter les grottes de Lascaux. Nous préparons aussi avec eux des séjours de vacances. Nous inviterons des enfants à un village « Copain du Monde » qui se tiendra cet été à Bordeaux. Mais nous accompagnons aussi les familles ukrainiennes dont la situation peine à se régulariser : nous les orientons, les accompagnons dans leurs démarches auprès du Pôle emploi ou de l’Assurance maladie. Nous sommes là, comme toujours, auprès de chacun, pour répondre aux besoins. »

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