Émanciper
-
Vacances
Une journée d’évasion pour les familles en hôtel social
La fédération du Secours populaire de l’Essonne accompagne tout au long de l’année des familles en grande précarité, souvent demandeuses d’asile, hébergées dans des hôtels sociaux. Pour rompre avec un quotidien entre quatre murs, les bénévoles proposent à ces familles des sorties. Ainsi, le 30 juillet, les familles de Boussy-Saint-Antoine ont pu passer une journée de détente à la plage de l’île de loisirs de Torcy. Pique-nique, baignade et jeux de plage ont fait le bonheur des enfants comme des plus grands.
« Il y a plein de sable et un grand toboggan gris », se réjouit par avance Abdoulaye, « bientôt 8 ans », qui participe jeudi 30 juillet à la sortie sur l’île de loisirs de Vaires-Torcy (Seine-et-Marne) organisée pour neuf familles qui vivent en hôtel social à Boussy-Saint-Antoine (Essonne). Cabas et cartables reconvertis en sacs de plage, crème solaire, ballons, parasol, poussettes et pique-niques sous le bras, les neuf mamans et leurs enfants rejoignent le car qui stationne devant leur hôtel. Commencé vers 9 h 40, le trajet d’une heure jusqu’à Torcy prend des airs de grand départ en vacances.
Après la distribution d’une boîte à goûter par personne et d’un gros paquet de chips par famille, tout le monde se dirige, sous une pluie fine porteuse de fraîcheur, vers l’espace baignade de l’île, qui ouvre ses portes au public à 11 heures. La plage, qui arbore fièrement son drapeau vert, attend ses premiers nageurs. Chaque famille prend ses aises et s’installe sous les arbres sur l’herbe desséchée des aires de repos qui bordent le sable.

Découvrir les plaisirs de l’eau
À peine l’averse dissipée, les plus courageux, dont Abdoulaye, s’offrent une baignade. Le sable blanc de sa plage en arc de cercle et la silhouette élancée de ses palmiers artificiels confèrent à ce lac aménagé l’apparence d’une crique. Pendant les JO de Paris 2024, le stade nautique olympique d’Île-de-France implanté sur le site de 350 hectares a accueilli les épreuves olympiques et paralympiques d’aviron et de canoë-kayak.
Parmi les baigneurs, Fatoumata et ses deux enfants découvrent ensemble les plaisirs aquatiques. Pour Nagoumar, son bébé âgé d’un an en couche-culotte bleue, c’est une grande première : une version XXL des joies du bain, avec la plage comme décor naturel. Après ce premier contact avec l’eau, sa maman lui donne le biberon.
Ces familles, dont certaines vivent depuis plusieurs années en hôtel social à Boussy, sont accompagnées dans la durée par l’équipe du Solidaribus de la Fédération de l’Essonne, qui organise cette journée – trois autres sorties sont programmées du 6 au 17 août pour les familles de Vigneux-sur-Seine, de Sault-les-Charteux et de Tigery logées en hôtel social. Toute l’année, ce Solidaribus parcourt le département pour aller à la rencontre des personnes en situation de précarité (lire encadré). « À bord de ce camion master blanc aménagé avec un espace accueil et une partie réfrigérée, trois bénévoles épaulés par deux autres qui suivent en voiture assurent, deux fois par mois, la solidarité alimentaire [entre autres missions] », précise Manon, stagiaire sur ce dispositif. Cette antenne mobile accompagne les familles hébergées dans quatre hôtels sociaux du département.




Une ambiance de fête foraine
Les enfants les plus téméraires filent vers les grands toboggans aquatiques gris métallique situés à droite de la plage. Une queue se forme pour accéder en haut de l’une des rampes de lancement classées par niveau telles des pistes de ski : « facile, dur ou difficile ». L’attente est brève. Chacun guette son tour, les yeux rivés vers le sommet, où Youssouph règle la distance entre les participants et veille à l’ordre des départs. À son « Go ! », les enfants – seuls, accompagnés de leur maman ou d’un membre de la fratrie – s’élancent accroupis sur les genoux, le dos ou le ventre. Les plus jeunes retiennent leur souffle jusqu’au dernier instant et essayent de maintenir leur position. En vain ! À l’arrivée, une longue zone de réception freine progressivement leur élan et leur permet de retrouver l’équilibre.
Les plus kamikazes lèvent les bras au ciel au cours de leur glissade et laissent éclater des cris de joie mêlés d’une frayeur feinte, comme au sommet d’un grand huit lancé dans sa descente vertigineuse. Leur course s’achève inexorablement dans un éclat de rire et de gerbes d’eau. Une vraie ambiance de fête foraine filmée par les parents pour immortaliser ces instants de bonheur partagés, où éclate la joie des enfants : « On le refait, maman ! »
« J’avais trop peur, mais ça s’est bien passé », lâche Rokia, soulagée, qui s’est élancée avec son fils Maël, 3 ans et demi, entre les jambes, comme l’indiquent les consignes de sécurité.

« Le soleil est revenu »
En début d’après-midi, de petits groupes d’enfants et de mamans se forment pour jouer dans l’eau. Les rires fusent. Sur la plage, une chasse au trésor improvisée au milieu d’un jeu de ballon s’avère fructueuse : « J’ai trouvé trois coquillages [dans le sable] », se réjouit Daouda âgé de 6 ans. Accompagné de sa mère, Maïmouna, il profite de cette journée en plein air avec sa sœur Leïla âgée de 8 ans et son petit frère Hamed, 3 ans, short et chemisette vert olive assortis.
Regroupées à l’ombre sur des grandes serviettes, quatre mamans, surveillent du coin de l’œil leurs enfants qui s’amusent dans l’eau et discutent ensemble. Parmi elles, Amsatou, chapeau de paille sur la tête, a renoncé à la baignade avec son bébé, Aboubacar, qui a eu 16 mois aujourd’hui [le 30 juillet]. « Le petit ne voulait pas : je ne le force pas », confie cette mère, qui vit depuis quatre ans dans l’hôtel social de Boussy-Saint-Antoine avec son mari et ses cinq enfants. Elle participe à cette sortie avec trois d’entre eux. Aujourd’hui, elle peut souffler – « Ça va ! » – et partager une bonne nouvelle : sa grande fille vient d’obtenir son bac pro commerce, « avec mention assez bien », précise la maman, très fière.
« Une journée cool »
Rokia, « très contente de cette journée », s’accorde aussi un moment de répit. Cette mère de quatre enfants, qui profitent pleinement de cette parenthèse au bord de l’eau, est hébergée, depuis trois ans et demi, avec eux et son mari en hôtel social, à Boussy-Saint-Antoine. Son autorisation d’y résider est renouvelée tous les mois. « Ce n’est pas facile », glisse cette Ivoirienne originaire de Guinée-Conakry, qui a déposé une demande d’asile toujours en attente. « Nous sommes six dans une même chambre : il n’y a pas d’espace. Ici, c’est plus agréable qu’à l’hôtel : les enfants peuvent se promener, ils nagent. »
Après une distribution de bonbons, les enfants et les mamans quittent l’espace de baignade en fin d’après-midi. « J’ai bien aimé [cette journée] : c’était cool et le toboggan, archi-cool », résume Leïla, qui en a fait plusieurs fois, avec sa mère et une voisine « J’ai aimé le toboggan, abonde Abdoulaye. On pouvait faire n’importe quelle pose et j’ai pu faire des gros splash ! »
En Essonne, la solidarité prend le volant à la rencontre des plus précaires
En 2025, le Solidaribus, les antennes mobiles de l’Essonne, a aidé près de 2 100 personnes. Les bénévoles distribuent de l’aide alimentaire, des vêtements, des jouets à Noël, des fournitures scolaires à la rentrée, des kits nouveau-nés. Il propose aux personnes accueillies un accompagnement vers les vacances, les loisirs, les soins (dépistage du cancer de l’utérus…) en partenariat avec la CPAM et les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). Le dispositif comprend également une aide à la cantine et un appui dans l’accès aux droits – transport, Caisses d’allocations familiales, Sécurité sociale…