Auprès des personnes âgées démunies [Archivé]

Après une brève accalmie, la pauvreté frappe de nouveau très fort les personnes âgées. Ceux qui ont eu de petits salaires et des emplois précaires ont des pensions très faibles. Les bénévoles, dont de nombreux retraités, se mobilisent en leur faveur.

Les chiffres de l'enquête menée avec Ipsos apportent la preuve de l'immense détresse à laquelle sont confrontés de plus en plus de Français.
Olivier Pasquiers

Dans les années 1960 jusqu’au début des années 1980, les personnes âgées constituent la majorité des individus confrontés à la pauvreté : nombreuses sont celles qui n’ont pas pu cotiser suffisamment longtemps pour percevoir une pension à taux plein. La plupart étaient déjà adultes lorsque la retraite universelle a été mise en place au lendemain de la Libération. Dans une société alors encore profondément marquée par le schéma de monsieur gagne-pain et des femmes au foyer, ces dernières sont particulièrement pénalisées une fois arrivées à l’âge de la retraite. Dans les années 1970, le Secours populaire alerte régulièrement sur leur situation et assure régulièrement une aide alimentaire et des braderies de vêtements. Il appelle, de manière générale, à la « solidarité avec les personnes âgées défavorisées » (Convergence n°0, 1981).

Une population particulièrement exposée à la pauvreté

Le thème de l’isolement, lié au manque de ressources, se développe dans la décennie suivante : « Petit salaire hier, petite retraite aujourd’hui », peut-on lire dans un dossier du magazine du Secours populaire (Convergence n°32, 1984). Dormant dans un petit hôtel du côté de Montmartre, cuisinant et se chauffant grâce à un réchaud à gaz, monsieur Braud est présenté comme l’archétype des anciens travailleurs, qui vivent seuls dans un manque de confort permanent. Pour réconforter ces anciens travailleurs pauvres, l’association organise alors des sorties, comme à Lyon au parc de la Tête d’Or ou du musée archéologique à Fourvière, accompagnées par « Zaia, Evelyne et Mireille, trois lycéennes ».

D’autres initiatives festives étaient organisées. Le Comité du Livre programme dès cette époque des « matinée récréatives pour 250 vieux travailleurs » (Convergence n°6, 04/1982). De son côté, la fédération du Val-de-Marne réservait le pavillon Baltard à Paris pour une journée de bal. Dans de nombreuses communes, les équipes de bénévoles s’activent auprès des « vieux démunis » (Convergence n°6, 04/1982). Elles animent des rencontres, organisent des promenades, fêtent les anniversaires ou encore visitent les malades…

De petites pensions de retraites, qui se réduisent

Depuis une dizaine d’années de nombreux chercheurs constatent que les réformes des retraites, entreprises régulièrement depuis le milieu des années 1990, ont réduit le montant des pensions. Les plus affectés étant surtout les anciens salariés qui ont connu le chômage, des maladies de longue durée ou des contrats précaires et mal payés. « En l'absence de ces réformes, les pensions auraient été plus élevées de 20 à 25 % », estime le sociologue Nicolas Castel.

Dans le même temps, les bénévoles ont vu venir à nouveau en grand nombre les retraités pauvres dans leurs permanences. Ainsi, depuis 2010, ils constatent une augmentation de près de 50 % des demandes d’aides globales et parmi elles beaucoup émanaient de femmes de plus de 60 ans. « C’est très difficile : je suis presque tout le temps à découvert et je dois payer des agios », regrette Rachida, qui a mis fin à sa carrière en 2011. Elle rencontre des difficultés pour régler ses factures d’électricité et le loyer de son appartement du 14e arrondissement de Marseille.

Charlotte, 70 ans, obligée de travailler pour vivre

 

Dans ce contexte, l’association consacre le sondage Ipsos / Secours populaire de 2017 à la pauvreté des retraités. Elle lance un nouveau cri d’alarme en constatant que « 40 % des seniors modestes peinent à se procurer une alimentation saine pour faire trois repas par jour ».

Les bénévoles ont relancé des initiatives en direction des papis et des mamies dans le besoin. La journée du "banquet des cheveux blancs" embarque, chaque été, 400 retraités en croisière sur la Seine et la Marne. Destination la guinguette Chez Gégène pour enchaîner les tangos endiablés. Cette sortie apporte « une aération totale de l’esprit » à Guillemette, 72 ans, et ses amies.

Le 18 août, 400 personnes âgées aidées par le SPF ont profité d'une journée de fête sur les bords de Marne.

Le 18 août, 400 personnes âgées aidées par le SPF ont profité d'une journée de fête sur les bords de Marne

 

L’association se préoccupe aussi du droit aux vacances des personnes âgées. Depuis 2007, elle organise des séjours à la mer ou à la montagne grâce au financement apporté par le programme « Seniors en vacances » de l’Agence nationale des Chèques-Vacances. « Depuis toute petite, j'ai peur de la piscine. Mais, en septembre, à Port- Barcarès (…), j'ai réussi à m'installer sur la troisième marche ! », lance en riant Francesca à ses compagnes de voyage, se souvenant d’un séjour organisé par la fédération de Gironde du Secours populaire.

De multiples initiatives avec et pour les retraités

D’autres actions sont mises en œuvre pour apporter une aide matérielle (colis festifs pour Noël, aides alimentaires régulières...) mais aussi du réconfort, à travers des visites dans des maisons de retraite ou la tenue d’ateliers seniors destinés à rompre l’isolement, comme à Têt-Conflent, près de Perpignan.

Si les personnes âgées ont besoin d’aide, elles ont aussi du temps et nombre d’entre elles le consacrent au bénévolat. Comme à Nîmes, où deux fois par semaine, « un gang de jeunes mamies se réunit pour remettre sur pied des poupées un peu défraîchies, discuter et jouer aux cartes » (Convergence n°277, 01/2008). L’engagement bénévole des retraités est un apport incommensurable pour la solidarité. Tout le monde y gagne car le maintien d’une activité créative et motivante assure aussi un vieillissement en meilleure santé.

Témoignages

La semaine de vacances aux Sables-d'Olonne avec le Secours populaire, on ne pensait pas que ce serait aussi bien ! C'était le rêve. Moi, d'ordinaire, je compte tout, même pour acheter de la lessive. Mon ex-mari n'a jamais voulu que je travaille. Après notre séparation, j'ai commencé le parcours du combattant : des stages parfois indemnisés, des emplois aidés... J'ai tout donné, mais je n'ai jamais été embauchée. Après la cinquantaine, ce n'est plus la peine d'essayer. Le système nous casse avant de nous jeter. À 64 ans, le RSA m'octroie royalement 407 euros par mois. J'attends mes 65 ans pour être à la retraite et toucher 150 euros supplémentaires. Si je la prenais tout de suite, je ne pourrais plus vivre.

Ghislaine Morin, Trélazé (Maine-et-Loire)

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