Le Secours populaire porte la voix des pauvres et des précaires à Bruxelles

Mis à jour le par Olivier Vilain
Ipsos / Secours populaire 2026 : les témoins à Bruxelles
Le 10 septembre, le Secours populaire avait convié à Bruxelles des personnes aidées et des partenaires européens pour témoigner ©JM Rayapen/SPF

Le Secours populaire a lancé sa campagne Pauvreté-Précarité à Bruxelles. C’est donc à proximité des principales instances de l’Union européenne qu’ont été dévoilés les résultats du 20e baromètre Ipsos / Secours populaire, ainsi qu’un sondage sur l’ampleur exceptionnelle de la précarité énergétique en Europe.

Jeudi 10 septembre, les Français se sont réveillés au rythme des flashs d’information des chaînes de télévision et des stations de radio reprenant les principaux enseignements de la 20e édition du baromètre sur la pauvreté et la précarité Ipsos / Secours populaire : les Européens vivent une année aussi dure que celles de la crise énergétique qui s’est étalée entre 2022 et 2024. Des années qui avaient été marquées par des niveaux records de privations et de souffrances.

L’autre enseignement principal est le grand bond en arrière effectué par les Français, dont les réponses décrochent totalement de celles des pays voisins, pour se rapprocher de l’Est et du Sud du continent, pourtant beaucoup plus pauvre.

Deux enquêtes d’une ampleur inédite

Pendant que les flashs infos défilaient, le Secours populaire détaillait les résultats du baromètre et du sondage inédit sur l’ampleur insoupçonnée de la précarité énergétique. L’événement se passait au Club de la presse de la capitale belge, qui est aussi le siège des instances de l’Union européenne, pour souligner la dimension continentale de la pauvreté et de la précarité telles que les perçoivent les personnes qui y sont confrontées. Comme chaque année, les deux questionnaires ont été administrés par l’institut Ipsos auprès de 10 000 adultes dans 10 pays (Allemagne, France, Grèce, Italie, Moldavie, Pologne, Portugal, Roumanie, Royaume-Uni et Serbie).

Martine, Pierre, Audrey et Virginie sont venues avec Rifka et Nora, deux bénévoles de Roubaix qui ont établi des liens de confiance ©JM Rayapen/SPF

Un sondage sur la précarité énergétique à l’échelle de dix pays était vraiment inédit. Ses résultats montrent qu’un tiers des Européens ont « souvent » ou « très souvent » peiné à rester au frais chez eux et qu’un Européen sur quatre a « souvent » eu du mal à se chauffer l’hiver dernier. « Les réponses portent sur l’année dernière, donc nous aurions eu des chiffres encore plus élevés si les personnes avaient été interrogées après les vagues de canicule de cet été », relève Pierre Latrille, directeur d’études chez Ipsos.

Dans la salle, plusieurs personnes aidées par le Secours populaire sont venues témoigner. Virginie, 51 ans, prend alors la parole. Elle ne peut plus travailler pour des raisons de santé et se bat pour subvenir aux besoins des six enfants qu’elle élève seule depuis son divorce, l’année dernière : « Pour le chauffage, je ne l’allume pas avant début décembre et je le coupe en mars », alors que Roubaix n’est pas connue pour sa chaleur. « Je programme le chauffage pour que la température ne dépasse pas 15° la nuit et 17° le jour. » Malgré ce régime drastique, ses factures d’électricité représentent 250 euros par mois. « Les enfants ont le nez qui coule plus souvent et je souffre plus des articulations. »

La première chose que je fais avec est de payer le loyer. Puis, c’est l’électricité, même si en hiver je ne peux pas tout payer d’un coup.

Satenik, une personne aidée par les bénévoles de Nancy

Pour tenir son budget, Virginie coupe dans ses sorties, ses activités et ne va plus chez le coiffeur. Comme elle, les personnes interrogées dans l’enquête déclarent massivement se priver, notamment de vacances ou de soins, depuis l’explosion des prix des carburants. A ses côtés, Audrey (voir son portrait), Pierre et Martine sont également venus du très dynamique comité de Roubaix pour témoigner, tandis qu’Aïda est venue avec des bénévoles de Nancy.

Parmi les chiffres les plus frappants du baromètre, il y a sans aucun doute celui d’un Européen sur trois qui déclare qu’une « dépense imprévue peut [le] faire basculer » (29 %, en hausse de 1 point). Une donnée à mettre au regard du nombre d’Européens jugeant ses revenus insuffisants pour couvrir ses besoins essentiels. En France, 40 % des sondés s’estiment dans ce cas, un record parmi les pays les plus riches. Une situation d’autant plus grave qu’elle s’est aggravée de dix points en un an. Satenik, qui a fait le trajet depuis Nancy, se retrouve dans cette situation. Ses fins de mois sont compliquées pour elle et ses quatre enfants alors que son mari n’a toujours pas le droit de travailler pour des raisons administratives. La famille vit sur le salaire que Satenik gagne. « La première chose que je fais avec est de payer le loyer. Puis, c’est l’électricité, même si en hiver je ne peux pas tout payer d’un coup. Pour les fournitures scolaires et la nourriture, c’est difficile aussi. »

Le témoignage très digne et précis de Satenik a ému toute l’assistance ©JM Rayapen/SPF

Le thème de l’inadéquation entre les revenus souvent trop faibles par rapport aux dépenses nécessaires pour vivre comme tout le monde a aussi frappé Alexander Dony, de l’association Der Paritatische, le partenaire allemand du Secours populaire. « Les chiffres sont choquants. Le marché de l’emploi a changé. Avant, les personnes même peu qualifiées pouvaient avoir une vie stable et des métiers bien rémunérés grâce à la force de l’industrie allemande. » Désormais, ces emplois sont moins nombreux alors que la concurrence de nouveaux pays industrialisés met l’économie allemande en difficulté, comme l’illustre l’annonce par Volkswagen de 100 000 licenciements dans le monde, dont la moitié en Allemagne. « Pour le moment, ce qu’on voit c’est l’écart entre les riches et le reste de la population se creuser. On voit beaucoup moins les secteurs dans lesquels pourront se développer les emplois. »

Chaque partenaire européen du Secours populaire a approfondi un thème propre à son champ d’intervention. Anabela Reis, de l’association portugaise IAC, et Aleksandra Sijan, de l’association serbe CYI, ont évoqué la situation de la jeunesse. Haïk Apamian, président de Solidarité populaire de Grèce, a insisté sur le droit aux vacances, au-delà de l’aide qui se concentrerait sur les besoins physiologiques. Les représentants de l’association polonaise PKPS, de l’italienne ARCI et de l’association moldave MilleniumM ont eux-aussi apporté leur éclairage.

Des privations records, en cascade

L’écart entre les revenus et le coût de la vie entraîne des privations en cascade : 26% des Européens ont déjà sauté un repas alors qu’ils avaient faim. « Le Secours populaire a lancé sa campagne Pauvreté-Précarité à Bruxelles pour rappeler que la lutte pour la justice sociale doit être une priorité en Europe car sans elle il ne peut y avoir de paix sur notre continent », a déclaré Camille Véga, secrétaire national au Secours populaire. Un rappel salutaire de la part de l’association et de ses partenaires européens alors que le budget pluriannuel de l’Union européenne est en cours d’élaboration. « La situation des personnes confrontées à la précarité doit être prise en compte et le FSE+ est un support efficace pour cela », a-t-il ajouté.

A travers la campagne Pauvreté-Précarité et les enquêtes menées avec Ipsos, le Secours populaire porte la voix des Européens confrontés à la pauvreté, à la précarité ou plus largement à l’écart entre les revenus perçus et ceux nécessaires pour couvrir les besoins essentiels et permettre la participation pleine et entière de chacun dans la société où il vit.