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Focus Ipsos/SPF 2026 : trop chaud, trop froid, trop cher

Mis à jour le par Olivier Vilain
De très nombreux Européens, y compris les Français, souffrent des factures qui s'envolent et des températures inédites ©DR / SPF

Mettre le chauffage en marche ou au contraire allumer la climatisation, aller au travail en voiture… Ces gestes ne vont plus de soi pour une part toujours plus importante de la population.

Pour la première fois, le Secours populaire fait le point sur l’ampleur de la précarité énergétique, avec Ipsos qui a interrogé des habitants de dix pays européens*. Tout le monde a à l’esprit la nouvelle donne qu’annoncent les six vagues de canicule qui ont écrasé l’Hexagone depuis juin dernier : un tiers des Français ont « souvent » ou « très souvent » peiné à maintenir une température fraîche dans leur logement durant l’été précédent l’enquête. Un autre tiers des répondants disent rencontrer « parfois » ce problème, qui peut – on l’a vu – les conduire aux urgences. Pour élevés qu’ils soient, ces chiffres auraient pu l’être encore plus car, pour une raison de calendrier, ils n’ont pas pu prendre en compte les vagues de chaleur de l’été qui s’achève.

Les gens tentent de se prémunir contre les nouveaux standards de température que les canicules annoncent en se tournant vers la climatisation. Une option qui provoque notamment l’augmentation de la facture des particuliers à mesure que s’accroit la consommation électrique. Celle liée à l’utilisation de ces appareils a été multipliée par quatre en dix ans, selon l’Observatoire national de la précarité énergétique.

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des Européens ont « souvent » ou « très souvent » peiné à rester au frais chez eux, l’été dernier.

(Ipsos / Secours populaire 2026)

Au cours des 12 mois ayant précédé l’enquête, plus d’un Français sur deux (53%) a limité volontairement la température de son logement à moins de 18° pour réduire la facture. Un chiffre bien supérieur à celui mesuré par le médiateur de l’énergie (un Français sur trois) à l’automne dernier. Une majorité de ménages s’est imposé un niveau de chauffage inférieur aux recommandations retenues pour préserver le confort et la santé : le constat est là, se chauffer est devenu un luxe.

Aux chaleurs de l’été succèdent les vagues de froid de l’hiver. A l’échelle du continent, un Européen sur quatre a peiné « souvent » à se chauffer correctement l’hiver dernier, et plus d’un sur deux s’est retrouvé dans cette situation au moins occasionnellement, particulièrement en Grèce et en Moldavie. Ces difficultés proviennent du coût de l’énergie. Près de huit Français sur dix (79%) considèrent que leurs factures d’énergie représentent une part importante de leur budget. Leur poids est même considéré comme « très élevé » dans le budget familial pour près d’un Français sur six.

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Un Européen sur quatre a « souvent » peiné à se chauffer l’hiver dernier.

(Ipsos / Secours populaire 2026)

Avec la montée des coûts de l’énergie tout au long de l’année, plus d’un quart des Français ont dû renoncer à effectuer des dépenses essentielles (alimentation, santé) pour payer leurs factures d’énergie domestique (26%). Ils sont même 28% à avoir dû faire une croix sur des soins ou sur le bien manger pour mettre du carburant dans leur véhicule. En élargissant la focale, c’est encore pire : plus d’un Européen sur trois a sacrifié des dépenses importantes « souvent » ou « parfois » pour faire face à ses factures d’énergie : 38% pour l’énergie domestique et 34% pour se déplacer.

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Plus d’un Européen sur deux a « occasionnellement » peiné à se chauffer l’hiver dernier.

(Ipsos / Secours populaire 2026)

Avec des conflits toujours plus nombreux et des cessez-le-feu qui n’annoncent toujours ni la paix ni le retour à la normale de l’approvisionnement pétrolier, 71% des Français sont inquiets pour leur capacité à faire face à la hausse du carburant. Une inquiétude qui a flambé de 13 points, un record. Les Français ont conscience de leur vulnérabilité aux marchés internationaux et de leur incapacité à palier indéfiniment le coût élevé de l’énergie. Cette dernière focalise aujourd’hui les inquiétudes économique de 63% des Européens.

Au-delà de la seule inquiétude, 75% des Français concernés déclarent subir au moins une conséquence négative sur leur santé ou leur bien-être (fatigue, difficulté à dormir, douleurs articulaires, maladies plus fréquentes…). Que ce soit en raison de la chaleur, du froid ou des privations, la précarité énergétique tourne à la crise sanitaire de grande ampleur.

63 %

des Européens citent l’énergie comme première inquiétude économique

(Ipsos / Secours populaire 2026)

38 %

des Européens ont sacrifié des dépenses pour payer leur énergie domestique

(Ipsos / Secours populaire 2026)

34 %

des Européens ont sacrifié des dépenses pour pouvoir se déplacer

(Ipsos / Secours populaire 2026)

Lire l'ensemble des résultats de l'enquête Précarité énergétique

* 10 000 Européens ont été interrogés, constituant un échantillon représentatif de la population nationale âgée de 18 ans et plus en France, Allemagne, Grèce, Italie, Pologne, Royaume-Uni, Moldavie, Portugal, Roumanie, Serbie. La représentativité des échantillons a été assurée par la méthode des quotas, appliqués aux variables suivantes. Interviews réalisées via l’Access panel Ipsos du 6 mai au 9 juin 2026.

Depuis le déclenchement de la guerre à grande échelle en Ukraine en 2022, la précarité énergétique est devenue un enjeu social majeur en Pologne. La hausse des prix de l’énergie et l’augmentation générale du coût de la vie font peser un lourd fardeau sur de nombreux ménages, malgré les mesures gouvernementales pour atténuer ces difficultés financières. Notre accompagnement de ces personnes est essentiel pour leur permettre de faire face.

PKPS (Comité polonais d’action sociale)

« L’hiver, on vivait sous les couvertures »

Layla*, accompagnée par le Secours populaire du Mans et bénévole

« Pendant l’hiver, on empilait les couvertures et les vêtements. Les enfants portaient plusieurs pulls. On faisait comme on pouvait pour tenir. Il faisait 15 ou 16 degrés dans la journée. Je n’ai jamais eu 19 degrés, même au mois de mars. J’appréhende de revivre la même chose que l’année dernière. C’était très, très difficile. Avant, c’était tout blanc. Maintenant, ça jaunit à cause de l’humidité, notamment dans la salle de bain. J’ai des poissons d’argent… Ils sortent de partout, ils rampent sur les murs. Ça a commencé par les toilettes.  Pour les trois enfants, les conséquences sont lourdes. Plusieurs d’entre eux souffrent d’un asthme sévère et chronique. Avec le froid et l’humidité, c’est difficile pour eux. Et avec la chaleur, c’est encore pire. L’été avec la chaleur, on s’enferme. Dans les chambres, c’est la fournaise. Alors on dort tous dans le salon. On est malades, on est épuisés. Ce n’est pas évident de reprendre des forces dans ces conditions. J’ai tout le temps des crises à gérer. »

* Le prénom a été modifié à la demande de la personne

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