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Baromètre Ipsos/SPF 2026: Pauvreté, la France décroche en Europe

Mis à jour le par Olivier Vilain
Cette 20e édition du baromètre Ipsos / Secours populaire étend son regard à dix pays européens, dont la France, qui décroche...

Des revenus insuffisants, de multiples privations qui s’aggravent et des Français qui souffrent beaucoup plus que leurs voisins européens : 20 ans après son premier baromètre, le Secours populaire continue de sonner l’alerte.

Les personnes interrogées cette année redessinent un panorama aussi sombre que les années 2022-2024, déjà marquées par une crise énergétique. Du Proche-Orient à l’Afrique de l’Est et de Lviv à Ormuz, l’emploi de la force brute n’en finit plus de produire de l’horreur mais aussi des tensions sur les prix de l’énergie et du transport maritime qui pèsent sur le quotidien des Européens.

Les indicateurs de précarité témoignent d’une fragilisation croissante des personnes et des familles. Près d’un Européen sur trois considère qu’une « dépense imprévue peut [le] faire basculer » (29%, en hausse de 1 point). En France, un quart de la population (26%) se déclare en situation de fragilité économique, un chiffre en hausse de pas moins de 6 points en un an.

Français et Européens jugent leur revenus trop faibles

La montée des prix de l’énergie et la mise sous contrainte des budgets sociaux se traduisent par la hausse chronique du coût de la vie. Résultat, Français et Européens jugent leur revenus insuffisants. En France, pas moins de 40 % des actifs estiment que leur travail ne leur permet pas de couvrir l’ensemble de leurs dépenses. Plus 10 points. Dix points en un an. On peut parler de choc. 

« C’est sans doute le chiffre le plus fort. Il illustre le constat quotidien que font les bénévoles : les personnes accueillies gèrent leur budget, font au mieux, mais gagnent à peine de quoi vivre dignement », souligne Houria Tareb, secrétaire nationale du Secours populaire en charge de la solidarité en France.

40 %

des actifs français estiment que leur travail ne leur permet pas de couvrir l’ensemble de leur dépenses

(Ipsos / Secours populaire 2026)

Pris entre l’étau de revenus faibles et de dépenses incompressibles, 18 % des Français vivent à découvert (+ 3 points depuis 2025). « Nous voyons sans cesse des gens qui, après le 20 du mois, n’ont pas de quoi mettre de l’essence dans leur voiture pour aller travailler et doivent dire ‘‘non’’ à leurs enfants – systématiquement – quand ils font des courses », ajoute Houria Tareb. Pour le moment, la situation des autres Européens ne s’est pas autant dégradée, mais un tiers d’entre eux ne disposent pas de revenus suffisants pour couvrir l’ensemble de leurs dépenses.

Cette pression sur les budgets se traduit par une dégradation des conditions de vie pour des millions de Français et d’Européens. Elle prend notamment la forme de difficultés croissantes d’accès à une alimentation suffisante et de qualité. Ce sont ainsi 37 % des Français qui ne peuvent pas se procurer une alimentation saine à même de leur permettre de faire trois repas par jour (+4% en un an). Pour les ménages percevant au maximum le SMIC, cette proportion atteint même le chiffre de 58%, au péril de leur bien-être et de leur santé.

Même la quantité pose des problèmes, ce qui était marginal il y a 20 ans : 29% des Français ont déjà sauté un repas alors qu’ils avaient faim, dont 11% dans les six mois avant l’enquête. Un scandale auquel les autres Européens sont en moyenne un peu moins exposés (respectivement 26% et 10% des personnes concernées).

« Comme le montrent ces résultats, les besoins demeurent élevés dans plusieurs pays et augmentent même en France. Ils rappellent l’importance du maintien des dispositifs européens d’aide alimentaire aux personnes démunies », relève Sébastien Thollot, secrétaire national du Secours populaire, chargé des questions européennes.

Lire l'ensemble des résultats du baromètre Ipsos / Secours populaire 2026

Au-delà de l’alimentation, les difficultés s’aggravent après l’accalmie de 2025 : près d’un Français sur deux ne peut payer les frais d’essence ou les abonnements aux transports en commun (46%, soit une envolée de 12 points en un an). Il faut dire que le logement siphonne une grande partie de l’argent disponible : 33% des Français ont du mal à payer leur loyer ou leur emprunt immobilier, voire les charges du logement (+5 points). Pour les ménages aux revenus inférieurs à 1 400 euros, la situation est encore plus critique avec des réponses plus élevées de 17 à 20 points, respectivement, pour le transport et le logement.

Au-delà des privations empêchant de maintenir l’existant (sa santé, son foyer, sa force de travail, son statut social), un autre aspect de la précarité est mis en lumière : à travers le renoncement aux loisirs, aux vacances, aux sorties familiales, le manque de moyens réduit aussi les possibilités de s’émanciper, d’embrasser pleinement la vie, de tracer son futur en harmonie avec ses contemporains.

Plus d’un Français sur deux peine à partir en vacances au moins une fois par an (55 % soit une hausse de 6 points en un an). Les résultats sont encore pires pour les sorties au cinéma ou au restaurant : 66% des répondants déclarent avoir dû y renoncer (+6 points en un an). C’est même près des trois quarts des Français qui ont dû faire une croix sur les sorties en famille (73% contre 64% il y a un an). Près des deux tiers ont été contraints de restreindre leurs déplacements en voiture ou en transports collectifs (64%, +11 points).

Autant de situations auxquelles le Secours populaire tente de répondre partout dans l’Hexagone, et au-delà avec ses partenaires européens. Les bénévoles proposent un accompagnement global aussi bien sur des problématiques matérielles comme l’accès à une alimentation équilibrée, mais aussi l’aide vestimentaire, à la mobilité, etc.

La démarche s’étend aussi à tout ce qui est nécessaire à une vie ressourçante, notamment à travers les vacances, en cette année du 90e anniversaire de la conquête des congés payés ; mais aussi à travers des accueil autours d’un café, d’un club de lecture, d’un atelier cuisine, d’accès aux sports, aux loisirs, à la culture.

L’intensité des privations en France est particulièrement saisissante. « Plus d’une personne interrogée sur deux y a connu récemment une situation de privation du fait de sa situation financière, un chiffre supérieur à celui des autres pays d’Europe de l’Ouest », analyse Pierre Latrille, directeur d’études chez Ipsos. C’est en effet près de dix points de plus qu’en Italie ou en Allemagne.

De même, le renoncement à des sorties ou à des loisirs en famille frappe 48% des Allemands et 59% des Italiens comme des Britanniques, mais 73% des Français. N’avoir pas pu répondre à certains besoins essentiels de leurs enfants concerne 11% des Britanniques, 12% des Allemands et 13% des Italiens, mais près d’un quart des Français (23%). Des écarts énormes qui pourraient faire débat dans cette année électorale qui s’ouvre.

51 %

des Français ont subi récemment une privation, faute de moyens

(Ipsos / Secours populaire 2026)

43 %

de la population en Allemagne et au Royaume-Uni ont subi une telle situation

(Ipsos / Secours populaire 2026)

42 %

des Italiens ont subi récemment une privation, faute de moyens

(Ipsos / Secours populaire 2026)

Au regard des possibilité d’accéder à un emploi stable, aux soins ou à un logement décent, la comparaison des conditions de vie entre générations est de plus en plus morose au fil des ans. Sept Européens sur dix, et autant de Français (73%), disent avoir moins facilement accès à une énergie bon marché que leurs parents. Devenue de manière saisissante le marqueur principal du déclassement social, la question de l’énergie concentre les craintes les plus fortes depuis les Gilets jaunes : 80% des Français anticipent ainsi une dégradation continue pour les générations futures.

Face à de tels enjeux, 57% des Européens se disent prêts à s’engager bénévolement dans une association. Certains le font auprès des partenaires du Secours populaire dont l’action, dans les pays sondés, soutient les familles à travers l’aide matérielle et l’aide administrative. Ces associations accompagnent aussi les personnes en migration et permettent aux jeunes générations de s’ouvrir au monde, à la culture, au sport et à la citoyenneté.

Les Français demeurent profondément solidaires : 39% d’entre eux se disent prêts à donner de leur temps et à s’impliquer dans une association. Pour une fois, ce chiffre diminue néanmoins (-3 points). C’est la première fois en 20 ans que la solidarité n’augmente pas à mesure qu’une crise s’aggrave. Ce léger recul ne traduit pas un désintérêt pour la solidarité ou un repli sur soi, puisqu’avec 98 000 bénévoles, le Secours populaire n’a jamais autant rassemblé. Les personnes interrogées indiquent sans doute une légère réorientation vers l’entourage proche, qui est de plus en plus touché par la précarité.

Au moment où l’isolement gagne du terrain, l’enjeu est de développer des moments permettant aux personnes de dialoguer et de se sentir appartenir à une communauté. En ce sens, nos festivals deviennent de véritables terrains d’apprentissage pour la démocratie, d’inclusion et de responsabilité sociale.

ARCI, partenaire italien du Secour populaire

En un mot, une partie des bonnes volontés pare au plus pressé : six Français sur dix (59%) connaissent désormais un proche confronté à la précarité dans leur quartier, sur les lieux de travail et dans leur entourage immédiat. Près d’un quart d’entre eux déclare même connaître une situation de pauvreté au sein de leur famille. Un chiffre qui traduit la banalisation de cette situation.

La précarité ne concerne plus seulement les chômeurs et les autres personnes privées d’emploi. Elle touche une part croissante des catégories populaires et des classes moyennes en emploi, jusque-là épargnées. Dans les permanences d’accueil, les libres-services solidaires, les antennes mobiles appelées Solidaribus, le Secours populaire apporte une solidarité matérielle accessible à toutes les personnes tenaillées par la précarité. Les bénévoles créent aussi des espaces de rencontre, d’écoute et de confiance pour non seulement réparer ce que la pauvreté et l’incertitude défont mais aussi pour permettre à chacun de reprendre sa place dans la société.

* 10 000 Européens ont été interrogés, constituant un échantillon représentatif de la population nationale âgée de 18 ans et plus en France, Allemagne, Grèce, Italie, Pologne, Royaume Uni, Moldavie, Portugal, Roumanie, Serbie. La représentativité des échantillons a été assurée par la méthode des quotas, appliqués aux variables suivantes. Interviews réalisées via l’Access panel Ipsos du 6 mai au 9 juin 2026.

29 %

des Italiens disent être confrontés à la précarité

(Ipsos / Secours populaire 2026)

70%

des Grecs pensent que les prochaines générations auront moins accès aux vacances

(Ipsos / Secours populaire 2026)

37 %

de la population polonaise craint de basculer dans la pauvreté

(Ipsos / Secours populaire 2026)

PAROLE DEXPERT :

« Forte divergence »



« Ipsos bva a réalisé cette année la 20e édition du baromètre de la pauvreté et de la précarité pour le Secours Populaire. Ces 20 éditions ont permis de dresser un état des lieux de la précarité en France et en Europe et de mettre en avant les difficultés que traversent un nombre très important de nos concitoyens. Cette année, le baromètre témoigne d’une situation qui s’aggrave après une légère amélioration en 2025, dans un contexte de retour de l’inflation et de hausse des prix de l’énergie.

Si cette aggravation de la situation touche la majeure partie des pays européens interrogés, on constate que les Français font état d’une situation particulièrement difficile, avec une hausse importante de la part de répondants qui se considèrent dans une situation précaire (plus d’un quart) et de la part des actifs qui déclarent que les revenus de leur travail ne leur permettent pas de subvenir à leur besoin.

Mais c’est sur le front des privations que la situation des Français parait particulièrement difficile. En effet, plus d’une personne interrogée sur deux a connu récemment une situation de privation du fait de sa situation financière, un chiffre supérieur à celui des autres pays d’Europe de l’Ouest. Ces privations peuvent concerner notamment le fait de limiter ses déplacements, dans un contexte de forte hausse du prix des carburants, ou de renoncer à faire des sorties. Mais elles concernent aussi des sujets plus vitaux, avec une hausse de la part de Français ayant déjà sauté un repas alors qu’ils avaient faim (plus d’un répondant sur 4) ou de la part de Français ayant renoncé à se soigner (près d’un sur trois). Là encore, les Français sont plus nombreux que leurs voisins à témoigner de ces situations de privation. »

Pierre Latrille

directeur d’études chez Ipsos

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