Le Havre : confinés, on n'arrête pas la solidarité !

Le Secours populaire, depuis la crise sanitaire et le premier confinement imposé au printemps 2020, a bouleversé ses pratiques pour que puisse se poursuivre la solidarité. Fin octobre, pour tenter d’endiguer la pandémie de coronavirus, le gouvernement décrète un nouveau confinement. Au comité du Havre, les bénévoles poursuivent une pratique solidaire qui se conjugue avec sécurité sanitaire.

Au comité du Havre, derrière les vitres et les masques, l'accueil demeure chaleureux.
Florence Brochoire

Il est 10h00, ce jeudi 5 novembre 2020, quand le camion jaune, aux flancs ornés de la main ailée du Secours populaire, se gare sur le parking de l’ancien collège dont le rez-de-chaussée est occupé par le comité du Havre du SPF. Par cette belle matinée d’hiver, le quartier de Caucriauville est désert : depuis 6 jours, la France est à nouveau confinée. Deux bénévoles descendent du camion et en commencent le déchargement. Comme chaque matin, ils reviennent de la « ramasse » : les supermarchés alentour offrent au Secours populaire des produits frais qui ne peuvent plus être mis en rayons, leur date de péremption approchant. Pains de mie, salades, pommes de terre et poulets emplissent les cagettes colorées qui sont pesées avant d’être acheminées au libre-service alimentaire. 

Ces produits, très appréciés des familles, améliorent les colis alimentaires constitués des produits du FEAD - le Fonds européen d’aide aux plus démunis, qui permet aux associations qui pratiquent la solidarité alimentaire d’être dotées toute l’année en produits de base. Tout ce qui ne sera pas consommé dans la semaine sera offert aux foyers du quartier ou apporté au domicile des familles les plus démunies. Rien n’est perdu, tout est offert - c’est plus crucial que jamais quand près d’un million de personnes ont basculé dans la pauvreté et que le SPF accuse, depuis le premier confinement, une hausse de 45% des demandes d’aide alimentaire

Le Havre : confinés, on n'arrête pas la solidarité !

Au retour de la ramasse, les produits sont pesés avant d'être proposés aux familles. ©Florence Brochoire

Nous devons tous nous protéger !

Les produits ramassés sont disposés sur les rayonnages. Mais les familles, qui sont attendues toute la journée, n’arpenteront pas les allées claires et les rayons accueillants du libre-service pour constituer elles-mêmes leur colis en fonction de leurs besoins et leurs appétences. Depuis que la pandémie a bouleversé nos vies et que celles-ci sont régies par le protocole sanitaire, l’aide alimentaire est organisée au comité du Havre sous forme de distributions. Afin de respecter les règles de distanciation physique, les familles sont invitées à venir sur rendez-vous, une après l’autre. Des colis déjà constitués sont remis à chaque famille, en fonction de leur composition, avec toujours, néanmoins, des petits plus : les produits ramassés viennent garnir les paniers. « Auparavant, c’était un libre-service alimentaire ; aujourd’hui, c’est plutôt un drive ! », résume avec humour Dominique Louf, bénévole au comité. 

« Avec le confinement et les règles sanitaires, on renonce aux principes du libre-service car on ne laisse plus le choix aux personnes du jour de leur venue et de la constitution de leur colis, témoigne Makhlouf Ikene, coordinateur du comité. Mais les familles sont contentes, elles repartent avec un panier équilibré, garni de produits frais. Elles comprennent bien que nous devons tous nous protéger ! » Il en va, pour toutes les aides déployées au comité du Havre, ainsi : les bénévoles s’adaptent tout en préservant l’attachement de l’association à une solidarité généraliste et respectueuse de la dignité. Mokhtaria Benamer, une des bénévoles qui remet aux familles leurs colis tout en les orientant si besoin vers les permanences d’accueil ou les médecins du SPF, confie ces mots définitifs : « Aujourd’hui, à la distribution alimentaire, j’ai donné de l’amour et de l’espoir. L’important, c’est que toutes ces personnes repartent du Secours populaire avec le sourire et sans honte. » 

Les sourires des bénévoles se devinent sous les masques 

L’annonce du reconfinement, si elle a fait craindre aux bénévoles une nouvelle recrudescence de la pauvreté, n’a cependant pas modifié leurs pratiques. Depuis le mois de mars, le comité est en ordre de marche pour qu’en ces temps de crise sanitaire, la solidarité puisse continuer coûte que coûte. Le premier accueil se déroule par téléphone, les permanences d’accueil se font plus rares, la boutique de vêtements est réservée aux seules personnes accueillies afin de parer aux urgences et observe un sens strict de circulation, comme dans tout magasin lambda. Les flèches indiquant le sens de circulation recouvrent tous les sols du comité mais, sitôt qu’on lèvera les yeux, c’est sur les sourires des bénévoles, que l’on devine derrière les masques et dans la lueur des yeux, qu’on s’attardera. 

Le reconfinement décrété le 30 octobre a certes bouleversé une activité : celle de l’antenne étudiante du comité du Havre, installée dans un local mis à disposition par l’IUT. « A l’annonce du confinement, et donc de la fermeture des universités, on a tout rapatrié ici au comité, en urgence :  le matériel informatique, notre imprimante et tous les dossiers ! Nous n’avons pas eu le temps de tout emporter, on a dû laisser notre stock de lait à l’IUT ! », témoigne Thierry Romain, l’un des dix bénévoles de l’antenne. Aussi, les distributions alimentaires à l’attention des étudiants démunis se tiennent-elles à présent au comité. Mercredi 4 novembre s’est déroulée la première d’entre elles, pour une soixantaine des 260 étudiants aidés par l’antenne. « L’essentiel de mes courses m’est fourni par le Secours populaire. Ainsi, je peux consacrer mon petit budget à mes autres dépenses. C’est une très grande aide ! », résume Kaoutar, étudiante à l’UFR Sciences et techniques.

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Les distances de sécurité sont observées lors de l'aide alimentaire qui s'effectue sur rendez-vous. ©Florence Brochoire

De beaux souvenirs pour mieux affronter les difficultés

Il a bien fallu, au comité du Havre, se résoudre à suspendre certaines activités, telles l’accès aux loisirs et à la culture ou les ateliers cuisine et couture, ou à en réduire l’ampleur, comme c’est le cas pour les actions éducatives. L’équipe qui assure l’accompagnement scolaire est passée de sept à trois bénévoles et le protocole d’une des deux écoles concernées par l’activité ne permet pas sa poursuite. Qu’importe : l’accompagnement continue, deux jours par semaine et au plus près des élèves les plus en difficulté, comme au sein de l’école Louise Michel qui accueille beaucoup d’enfants de familles migrantes résidant au foyer de l’AFFD (Association Femmes et Familles en Détresse). C’est justement dans les locaux de l’AFFD que les cours de F.L.E. se poursuivent. Là-aussi, il a fallu revoir l’activité à la baisse et, de 45 apprenants en temps normal, on est passé à dix. Accompagnement scolaire comme enseignement du français aux étrangers sont des temps éducatifs en même temps que des temps de socialisation irremplaçables pour les publics qui en bénéficient.

Dominique Louf se remémore, sourire aux lèvres, une sortie à Fécamp qui demeure pour tous les apprenants en F.L.E. un grand souvenir. Il détaille : « Cette sortie est encore dans toutes les mémoires ! Nous avons visité le musée de la pêcherie, nous sommes promenés au bord de la mer. Nous avons même dégusté des huîtres à la criée : pour beaucoup des participants c’était la première fois qu’ils en mangeaient et je dois avouer que tous n’ont pas aimé ! Nous avons beaucoup ri ce jour-là, beaucoup partagé. » En cette période de confinement, où les sorties sont interdites et les échanges limités, ce sont des souvenirs qui comptent et donnent du courage pour affronter l’avenir. Les départs en vacances (200 personnes ont pu en bénéficier cet été grâce au comité du Havre), les journées d’évasion ou de découvertes, les activités bien-être : tous ces efforts déployés entre les deux confinements par les bénévoles ont à coup sûr mieux armé les familles à endurer ce nouveau temps d’isolement et de précarité accrue. 

Les cadeaux du Secours populaire sous le sapin 

Sur beaucoup de lèvres et dans de nombreuses pensées affleure Noël. Pour l’équipe des bénévoles, le mois de décembre concentre de nombreuses initiatives de collecte, tels les paquets cadeaux, qui permettent à l’association de financer l’achat de jouets et de produits festifs pour les familles. Mais le confinement rend impossibles ces initiatives, en même temps que les temps traditionnels de solidarité que sont les spectacles ou autres séances de cinéma de Noël. L’inquiétude est partagée par les familles ; Ahlam, mère de trois enfants, confie : « Nous n’avons aucun revenu, car nous n’avons pas de papiers. Mon mari fait des petits boulots de maçonnerie, de peinture ou de plomberie mais depuis le confinement, tout s’est arrêté. Sans le Secours populaire, nous ne pourrions pas vivre. Les enfants commencent à poser des questions au sujet de Noël. L’année dernière, je me suis déguisée en Père Noël et j’ai mis les cadeaux du Secours populaire sous le sapin ! Les enfants étaient émerveillés ! Cette année encore, si le Secours populaire ne nous aide pas, nous ne pourrons pas offrir de cadeaux aux enfants... »

« Nous sommes déterminés à ce que Noël n’oublie personne, alors nous sommes en train d’initier de nombreuses démarches auprès de comités d’entreprise et de magasins », assure Monique Mary, secrétaire générale du comité. Mireille, bénévole, surenchérit : « Aujourd’hui, j’ai appelé des clubs sportifs, des comités d’entreprise, des supermarchés, des magasins de jouets et leur ai demandé s’ils avaient des jouets à nous offrir ! ». Avant de repartir, Ahlam dit, dans un souffle : « Le Secours populaire a toujours été là dans les moments difficiles. Aujourd’hui, avec le confinement, c’est plus dur que jamais et les bénévoles sont encore là… Ils ne nous ont pas abandonnés ! »


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On a tout réorganisé pour que soient respectées les distances sanitaires. On reçoit les personnes sur rendez-vous. Mais bien sûr, on continue de recevoir en urgence toutes les personnes en souffrance. En toute circonstance, il faut rester humain avant tout, à l’écoute. 

Makhlouf Ikene, coordinateur des solidarités au comité du Havre

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 Donner de l’espoir et le sourire, ne serait-ce que pour un instant, cela demeure indispensable, a fortiori durant cette période de confinement. Les personnes en détresse ont plus que jamais besoin de chaleur et de respect. En nous protégeant, nous pouvons demeurer ce que nous sommes : des êtres humains. On n’arrête pas la solidarité – jamais ! 

Mokhtaria Benamer, bénévole à l’aide alimentaire

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Nous avons tenu à maintenir l’accompagnement scolaire coûte que coûte, pour que les enfants aient le sentiment que la vie continue – et parce que pour certains d’entre eux, qui ne peuvent pas être aidés à la maison, c’est crucial. 

Françoise Duchemin, coordinatrice de l’accompagnement scolaire

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Les cours de Français Langue Étrangère suscitent un grand engouement de la part des participants : assiduité, volontarisme. Ils donnent un objectif à chacun, un rythme à la semaine. 

Dominique Louf, coordinateur des cours de F.L.E.

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Les étudiants que nous aidons viennent de tout le campus. Ce sont des étudiants isolés, sans soutien de leur famille. Certains n’ont pas d’abonnement internet, pas de couverture médicale ou éprouvent de grandes difficultés pour faire valoir leurs droits. Il est fondamental que nous soyons présents pour les aider. 

Thierry Romain, bénévole à l’antenne étudiante

 

 

 

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