Copain du Monde
À Madagascar, un premier Village Copain du Monde
Du 16 au 27 août 2026, Madagascar accueille pour la première fois un Village Copain du Monde. Près de 70 enfants et adolescents âgés de 10 à 17 ans sont réunis. Certains sont venus de Clermont-Ferrand, de Mayotte et de la Réunion. Ils ont tous vécu un séjour éducatif, culturel et solidaire.
Reportage par Alexis Werestchack
À quelques kilomètres d’Antananarivo, dans le centre d’accueil pour séjour collectif Fofikri, les langues se mélangent. On passe du français au malgache, avec parfois quelques moments d’incompréhension qui déclenchent de grands éclats de rire. Certains jeunes sont de Madagascar, d’autres viennent des îles voisines de Mayotte et de la Réunion, d’autres encore sont venus de Clermont-Ferrand. Pendant près de deux semaines, ils vont apprendre à se connaître, découvrir leurs différences et leurs similitudes, mais surtout expérimenter et faire vivre ensemble la solidarité.
Du 16 au 27 août 2026, Madagascar accueille pour la première fois un Village Copain du Monde. Près de 70 enfants et adolescents âgés de 10 à 17 ans se sont réunis pour vivre un séjour d’activités éducatives, culturelles, environnementales et solidaires. Ils sont issus du Fifanampiana Malagasy d’Antananarivo (CSM-FIFA), d’Aina Madagascar, du Secours populaire du Puy-de-Dôme, ainsi que des associations K-pab6t de La Réunion et d’Horizon de Mayotte.
Une grande première
Pour le Fifanampiana Malagasy, partenaire du Secours populaire français depuis plusieurs décennies, et qui accompagne des enfants et des familles en grande difficulté dans différentes régions du pays, ce premier Village représente une nouvelle étape.
« Le Fifanampiana Malagasy est un partenaire proche du Secours populaire depuis longtemps. Nous organisons déjà des Journées des oubliés des vacances, mais cette fois-ci, nous avons décidé de faire un Village Copain du Monde car, depuis janvier 2026, nous avons créé un club Copain du Monde. Nous sommes très heureux d’accueillir les jeunes et les animateurs des autres territoires : il y a énormément d’échanges et de cohésion », explique Setra Rezafi, membre du CSM-FIFA et directeur sur ce Village.
Le Village s’inscrit dans une dynamique plus large : celle de faire grandir le mouvement Copain du Monde dans l’océan Indien et de favoriser les rencontres entre les jeunes de la région.
Pour Jean-Yves, d’Aina Madagascar, cette diversité est l’une des principales richesses du projet : « Cette première édition est une porte ouverte pour nos jeunes, une belle occasion de vivre la solidarité et de faire des partages culturels. C’est avec nos différences que l’on peut avancer. Avec Madagascar, Mayotte, La Réunion et Clermont-Ferrand réunis, les jeunes malgaches qui ne sont jamais sortis de leur pays peuvent faire de très belles rencontres. »

À la rencontre des lémuriens
La protection de l’environnement constitue le fil rouge de ces douze jours. C’est un sujet qui tient particulièrement à cœur à de nombreux Copains du Monde, en France comme ailleurs. Ce thème prend une dimension importante à Madagascar, où la biodiversité exceptionnelle est menacée par le changement climatique, mais aussi par certaines pratiques locales comme le tavy (l’agriculture sur brûlis) ou la production de charbon de bois, qui conduisent à la destruction de plusieurs dizaines de milliers d’hectares de forêts chaque année.
Pour mieux comprendre ces enjeux, les jeunes se sont rendus à Lemurs’ Park. Dans ce parc engagé dans la préservation des lémuriens, ils ont découvert plusieurs espèces emblématiques de Madagascar. Cette visite a également été l’occasion pour les copains du monde d’en apprendre plus sur les menaces qui pèsent sur les lémuriens, notamment la destruction de leur habitat du fait des activités humaines.
Pour la majorité des jeunes malgaches, cette rencontre avec les lémuriens était aussi une première, leurs habitats naturels se situant dans des régions de plus en plus isolées, loin de la capitale. « On a rencontré des lémuriens, ils sont très mignons ! J’ai appris qu’ils vivent en famille, avec leur mère et leur père, et que lorsqu’ils grandissent, ils peuvent partir pour former un nouveau groupe », raconte Safitsoa, 15 ans, collégienne à l’école du CSM-FIFA.
Marikha, 15 ans, Copain du Monde du Puy-de-Dôme depuis trois ans, retient également les enseignements de la visite : « On a appris qu’il y avait plusieurs espèces de lémuriens, que leur société était matriarcale et que certaines espèces étaient en voie d’extinction. » Cette journée fait écho aux autres activités environnementales organisées durant le Village. Ateliers autour du recyclage, marche verte et ciné-débat permettent de réfléchir à la préservation de la nature et aux moyens qu’ont les jeunes pour agir individuellement et collectivement.
Devenir acteurs de la solidarité
Autre moment emblématique du Village : une journée organisée auprès de l’association Akamasoa du Père Pedro, qui accompagne depuis de nombreuses années des familles confrontées à une très grande précarité à Antananarivo. Pendant cette journée, les jeunes ne sont pas uniquement venus pour observer, ils ont compris qu’ils étaient eux-mêmes acteurs directs de la solidarité.
Toute la journée, les Copains du Monde ont animé des activités pour divertir les enfants des familles accompagnées à Akamasoa et ont également réalisé ensemble une fresque porteuse de messages d’entraide. La veille, les jeunes avaient aussi préparé des goûters et écrit de petits messages destinés aux enfants d’Akamasoa. « J’en ai mis plein : “Crois en toi”, “Aie confiance en toi”, “Surtout, n’abandonne pas”, “Poursuis tes rêves” », explique Marikha.
Pour Tiana, 17 ans, membre de la section des jeunes du Fifanampiana Malagasy, cette journée de solidarité doit en amener d’autres : « Aujourd’hui, on est à Akamasoa pour aider, notamment en faisant de la peinture sur les infrastructures. On joue aussi avec les petits qui vivent ici et on va distribuer des gâteaux et des bonbons aux enfants. Je pense que les jeunes devraient faire davantage d’actions sociales comme celle-ci. La solidarité est vraiment très importante, surtout parce que Madagascar traverse beaucoup de difficultés. »
Pour Assita, 14 ans, Copain du Monde à Clermont-Ferrand depuis trois ans, c’est la solidarité envers les enfants qui est le plus important : « Ce que j’aime surtout mettre en place, c’est quelque chose pour les enfants, que ce soient des jeux ou des distributions. »

Apprendre à vivre ensemble
Pendant près de deux semaines, les jeunes vivent ensemble. Ils partagent les chambres, les repas, les trajets, les jeux et les soirées. Pour communiquer, il faut quelquefois quelques gestes ou l’aide d’un camarade pour parvenir à se comprendre.
« Ça se passe super bien. On arrive à se comprendre même si on ne parle pas la même langue. Ils sont très gentils », raconte encore Assita, de Clermont-Ferrand. On apprend quelques mots dans la langue de l’autre. On échange sur la musique, les plats que l’on aime ou la manière dont on vit chez soi.
Pour Tiana, de Madagascar, ces échanges permettent aussi de découvrir des ressemblances inattendues : « J’aime beaucoup parce qu’il y a plein de cultures différentes et j’aime parler avec les autres de leur culture. Par exemple, avec les Mahorais, on s’est rendu compte qu’on avait presque la même langue et certains plats en commun. Et, j’aime beaucoup les Clermontois parce qu’ils sont très drôles ! »
Des amitiés commencent également à se créer. Safitsoapartage ainsi sa chambre avec Lily, une jeune réunionnaise rencontrée pendant le Village : «J’ai rencontré beaucoup de personnes, c’est merveilleux. Je me suis fait une amie qui vient de La Réunion, on est dans la même chambre. Elle est merveilleuse, elle est très gentille. »
A travers l’océan Indien
Aujourd’hui à Madagascar, puis à Mayotte en octobre prochain, une dynamique régionale se construit entre le Secours populaire et ses partenaires de l’océan Indien. L’objectif est de multiplier les rencontres et de permettre à toujours davantage de jeunes de s’engager.
À Madagascar aussi, le Fifanampiana Malagasy souhaite désormais inscrire Copain du Monde dans la durée. « Madagascar a besoin d’accueillir de nouveaux Copains du Monde dans les années à venir et nous sommes prêts à les recevoir. L’objectif, à terme, c’est que Copain du Monde puisse être présent partout à Madagascar », conclut Setra, le directeur du Village.