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« On est forts tous ensemble » : à La Rochelle, les jeunes du Secours populaire préparent la solidarité de demain

Mis à jour le par Madeleine Le Page
Photo collective du Festival des solidarités de la jeunesse
Ils n'étaient pas moins de 250 jeunes venus de France ainsi qu'une cinquantaine de représentants de partenaires internationaux, à se réunir à La Rochelle, du 23 au 25 octobre 2026, pour des moments d'échanges, de collecte et de fête. ©Jean-Marie Rayapen / SPF

Du 23 au 25 octobre, 250 jeunes engagés, dont une cinquantaine de représentants d’associations partenaires ultramarins et du monde, se sont retrouvés à La Rochelle pour le Festival des solidarités de la jeunesse. Entre réflexions sur le bénévolat, échanges de pratiques et battle d’aura, ils partagent la même envie : agir ensemble pour un monde plus solidaire.

« Je vous avoue prendre le micro, c’est un peu ma phobie », confie Anass dans un rire nerveux, face à une trentaine de participants. Porté par les applaudissements, le jeune homme de 28 ans se laisse prendre au jeu de la présentation des travaux de groupe. Le thème de cet atelier : comment investir les lieux d’étude, de l’école primaire à l’université ? Une question centrale parmi celles débattues par les 250 jeunes venus de toute la France, territoires ultramarins et du monde pour participer au Festival des solidarités de la jeunesse à La Rochelle, du 23 au 25 octobre 2026.

Pour ce diplômé en ingénierie mécanique, le Secours populaire a tout intérêt à être actif sur les campus. C’est avant tout un moyen de recruter de nouveaux bénévoles. « Il va falloir assurer la relève. Les anciens ne seront pas toujours là », rappelle-t-il. Un défi qui prend une résonance particulière dans son antenne de Troyes, où ils ne sont que trois à porter la voix de la jeunesse.

Partage d’idées et d’expériences

Anass a rejoint la Fédération de l’Aube il y a seulement quelques semaines. Attiré par les valeurs du Secours populaire, il est bien décidé à « rendre ce qu’on [lui] a donné ». Lorsqu’il a posé ses valises dans l’est de la France pour y faire ses études, ce jeune Marocain s’est rapidement retrouvé seul, isolé, jusqu’à ce qu’une association lui tende la main. « Le premier défi, c’est de se faire des amis, de construire un réseau solidaire sur lequel compter. Puis, il y a les difficultés alimentaires et financières », explique-t-il. A l’université aussi, les repères manquent. « Quand on arrive à la fac, on n’a pas les codes. J’aurais aimé qu’on me guide, que des anciens étudiants me montrent comment ça marche. »

Ça m’est déjà arrivé de sauter des repas. La pauvreté est réelle. Il y a des étudiants vraiment dans le rouge.

Anass, bénévole de la fédération de l’Aube

Se rapprocher des BDE (bureaux des étudiants), s’associer avec le Crous, demander des locaux à la faculté pour y faire des distributions alimentaires, collecter grâce à des concours d’éloquence, mettre en place des cours du soir, organiser des séjours vacances pour les étudiants qui n’ont pas les moyens de partir. Dans la salle, les idées fusent, mais lorsqu’il s’agit de la méthode pour les mettre en œuvre, tout le monde n’a pas la même approche. « Comment vous présentez le Secours populaire ? Qui vous contactez en premier ? Par quel moyen ? Qu’est-ce qu’on fait quand on se prend un mur ? », demande Juliette, 21 ans et bénévole de la fédération du Rhône depuis plus de huit ans. « Il n’y a pas vraiment de recette magique. C’est un partage d’expériences. Rien que d’en parler entre nous, ça nous apporte énormément. »

Au total, pas moins de sept ateliers ont rythmé ces échanges. L’occasion pour les jeunes bénévoles d’imaginer des pistes concrètes pour faire évoluer leurs actions. Certains proposent de confier davantage de responsabilités aux nouveaux arrivants pour les aider à prendre confiance en eux ; d’autres imaginent la création d’un jeu vidéo pour organiser des collectes de fonds ; sans oublier l’importance des partenariats avec des entreprises ou des missions locales afin de favoriser l’accès à l’emploi des jeunes qui en sont éloignés.

« Les liens qu’on crée au Secours populaire sont précieux »

« On l’a vu ces dernières semaines. On le voit encore aujourd’hui au Festival des solidarités. C’est la jeunesse qui nous ouvre la voie pour faire en sorte que le monde tourne autrement », affirme Camille Vega, secrétaire national du Secours populaire, à la tribune de la séance plénière. Dans l’obscurité de l’auditorium comme lors des travaux de groupe, les références aux mobilisations de la jeunesse font écho aux préoccupations des participants.

J’ai été en situation de précarité et j’ai été accueillie avec grand respect dans le Lot. Je suis très reconnaissante. Alors pourquoi pas aider à mon tour ?

Sabah, bénévole de la fédération du Lot

Parmi les jeunes rencontrés, tous sont conscients que la pauvreté progresse, y compris au sein de leur génération confrontée au chômage, au mal-logement ou à la crise du pouvoir d’achat. Les 18-29 ans représentent ainsi 13% des personnes soutenues par le Secours populaire. Et, faute de moyens suffisants, près d’un jeune Français sur deux (48 %) déclare rencontrer des difficultés à se procurer une alimentation saine et équilibrée. Ce quotidien fait de privations, Anass l’a bien connu lorsqu’il était étudiant : « Ça m’est déjà arrivé de sauter des repas. La pauvreté est réelle. Il y a des étudiants vraiment dans le rouge. »

Venue de Toulouse, Cyrine, 21 ans, retrouve ces mêmes inquiétudes chez les jeunes qu’elle rencontre au sein de la fédération de Haute-Garonne. Certains redoutent de ne pas pouvoir se loger ou se nourrir, d’autres peinent à accéder aux soins. « On ne parle pas assez de la santé mentale », reconnait la jeune femme. Elle voit dans les groupes jeunes et intergénérationnels du Secours populaire un soutien moral énorme. « Les liens sociaux qu’on y crée sont précieux pour ceux qui vivent des heures pas possibles à l’école ou qui angoissent pour leur avenir. »

« Faire confiance à la jeunesse, c’est aussi avoir confiance dans le futur »

Casquette bleu turquoise floquée du logo du Secours populaire, marinière glissée dans le pantalon, Sabah va à la rencontre des passants, le sourire aux lèvres et le tronc de collecte à la main. Pour les convaincre, nul besoin de longs discours, « juste un euro symbolique pour avoir un impact dans la vie des autres. » A 19 ans, c’est son premier Festival des solidarités mais aussi sa première collecte dans la rue. « J’ai pas les mots. C’est très cool », confie-t-elle, enthousiaste. Nouvelle bénévole de la fédération du Lot, cette jeune femme réfugiée kurdo-syrienne a fui la guerre menée par Daesh en 2014, avec sa famille. Après plusieurs années passées dans les camps en Turquie, elle a demandé l’asile en France où elle étudie aujourd’hui le droit. « J’ai été en situation de précarité et j’ai été accueillie avec grand respect dans le Lot. Je suis très reconnaissante. Alors pourquoi pas aider à mon tour ? »

Dans les rues de La Rochelle, l’enthousiasme se propage au fil de la collecte. A chaque pièce récoltée, les applaudissements fusent. Rayan, 16 ans, bénévole de la fédération des Bouches-du-Rhône depuis bientôt quatre ans, se réjouit de cette énergie collective. « C’est important de se rassembler, de voir qu’on n’est pas seuls, qu’on est forts tous ensemble », s’exclame-t-il. Les fonds collectés contribueront aux projets internationaux portés par la fédération de Charente-Maritime qui accueille le Festival des solidarités de la jeunesse. Dans le cortège, de nombreux partenaires étrangers témoignent de la dimension internationale de l’action du Secours populaire et viennent partager leurs expériences de terrain.

Venue du Mexique pour représenter son association, Muuch Kambal, Itzel Amairani défend une conviction : faire confiance aux jeunes et leur donner toute leur place. Au sein de sa coopérative agricole, elle s’attache à écouter les nouvelles générations et à les impliquer dans les décisions. « J’en suis l’exemple », souligne-t-elle. « Cela m’a permis d’être ici pour représenter l’association. Faire confiance à la jeunesse, c’est aussi avoir confiance dans le futur. »

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