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Vacances
Séminaire populaire : le droit aux vacances, un droit au bonheur
Le Secours populaire a consacré son 44e séminaire populaire aux enjeux de l’accès aux vacances, 90 ans après la loi généralisant les congés payés. La parenthèse que les vacances dessinent constitue un moment où l'on peut être pleinement soi et où l’on puise la force pour continuer d'espérer.
Vendredi 12 juin, le Secours populaire tenait un séminaire populaire pour célébrer les 90 ans de la loi du Front populaire ouvrant les congés payés aux ouvriers et aux employés. L’événement avait lieu à l’Espace périphérique à la Villette, à Paris. L’idée défendue est simple : « Les vacances ne sont pas un luxe. Elles participent pleinement à la dignité humaine. Elles font partie de ces droits essentiels qui permettent à chacune et à chacun de se sentir pleinement membre de la société », comme l’a indiqué en ouverture Malika Tabti, directrice des Relations publiques de l’association.
A cette occasion, le Secours populaire a dévoilé un sondage exclusif sur le rapport qu’entretiennent les Français avec congés payés et plus largement avec les vacances. On y mesure à quel point le bonheur d’un temps de repos et de découverte revenant régulièrement a transformé la société française, puisque la loi du 12 juin 1936, passée durant une vague de grèves sans précédent, est celle à laquelle 65 % des Français sont le plus attachés, relève le sondage Ipsos / Secours populaire. Celle de la création de l’assurance-maladie enregistre un score plus élevé.
« 65% des Français disent y être attachés, c’est très significatif »
C’est ce que retient la première intervenante du séminaire populaire, Michelle Demessine, présidente de l’UNAT, qui regroupe une cinquantaine d’acteurs du tourisme social et solidaire : « C’est la première fois que ce chiffre apparaît : les personnes interrogées mettent en tête des grandes conquêtes sociale la Sécurité sociale en numéro un et tout de suite après les congés payés – 65% des Français disent y être attachés, c’est quand même très significatif. La mise en place de ces deux conquêtes sociales se déroule à la Libération, car c’est dans le cadre du programme du Conseil national de la Résistance que la question des vacances est vraiment prise en compte comme une future politique publique. »

Célébrer les 90 ans de la loi des congés payés, c’est souligner que la société française a fait un choix fort. « Celui de reconnaître que le repos, le temps libre, la possibilité de partir, de s’évader ne devait pas être réservées à quelques-uns, mais constituer un droit pour tous », comme l’a rappelé Pierre Lemarchand, directeur des Publications du Secours populaire, qui animait la rencontre.
Ces moments qui sortent du quotidien, qui ouvrent de nouveaux horizons, apportent un bonheur qui se diffuse dans les autres temps de la vie. C’était le sens du témoignage et de l’analyse du comédien, auteur, doubleur et vidéaste Jhon Rachid, qui est parti, enfant, pendant des années passer des vacances chez une famille de bénévoles du Secours populaire : « Chez mes parents, les vacances, il n’en était pas question, car ma famille était très pauvre. Grâce au Secours populaire, j’ai découvert la vie de la ferme en Haute-Loire, chez une famille de bénévoles qui m’a accueilli de mes 6 ans à mes 14 ans. Ça m’a ouvert sur un autre monde, à la nature, aux animaux. J’avais un vélo là-bas qui m’attendait et que je retrouvais à chaque séjour, je trouvais ça vraiment formidable. Ce sont mes plus beaux souvenirs de vacances. »
Des générations de bénévoles se démènent depuis 90 ans
Dès 1936, les bénévoles du Secours populaire – qui ne porte pas encore son nom d’aujourd’hui – font vivre des instants de bonheur aux petits Espagnols ayant fui les persécutions du régime franquiste et aux petits juifs d’Europe centrale forcés à l’exil. Les départs en vacances ont repris dès 1944. Mais, malgré les efforts des bénévoles, près d’un enfant sur trois ne connaît pas les joies du départ. En 1979, le Secours populaire lance les Journées des oubliés des vacances (JOV) et, l’année suivante, les bénévoles mettent en place les départs en famille.






En 2025, ce sont 221 000 personnes qui ont connu les joies des vacances avec l’aide du Secours populaire, notamment lors de la Journée de Ouf, du 20 août, comme l’a rappelé Émilie Schaf, membre du Bureau national du Secours populaire, chargée des vacances : « Etan est un petit de 9 ans qui ne peut pas ou qui n’a pas l’occasion de partir en vacances. L’année dernière, lors de la Journée des oubliés des vacances, il est parti très tôt du Calvados. En arrivant à la tour Eiffel, il a entendu que la Patrouille de France allait survoler le Champ-de-Mars. Il me demande : « Mais normalement, elle ne passe pas que pour le débarquement ou pour le 14 juillet ? » Je lui réponds, aujourd’hui c’est pour tous les enfants réunis ici. La patrouille est là pour toi. Il me regarde et me dit ‘‘Waouh, ça veut dire que j’existe !’’ » Un témoignage qui dit beaucoup de choses en peu de mots.
Des millions de personnes ne partent toujours pas
Comme Ethan, 90 ans après les avancées du Front populaire, des millions de personnes en France ne partent toujours pas. Des familles renoncent, des parents font des choix difficiles entre payer les factures et offrir quelques jours de répit à leurs enfants. Des jeunes restent chez eux, faute de moyens. Des personnes isolées traversent l’été dans la solitude.
Les freins sont nombreux. Le coût des transports, celui de l’hébergement, la précarité de l’emploi, mais aussi parfois le sentiment que partir en vacances n’est pas pour soi. « Partir demande des ressources financières mais aussi des connaissances pratiques pour s’organiser et un réseau amical ou familial afin de se projeter dans ce temps libéré où chacun peut choisir ses contraintes, son lieu de villégiature et les gens avec qui le passer », signale la dernière intervenante, Laure Pourcin, docteur en psychologie et responsable du pôle étude de l’association Vacances Ouvertes.
Si la question des vacances résonne avec d’autres grands enjeux – le niveau des salaires, l’investissement public dans l’hébergement ou la répartition des richesses –, elle influe directement sur le bien-être et sur la dignité individuelle et collective.