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Après les incendies, le renouveau

Mis à jour le par Olivier Vilain
Sandrine et Francisco font le tour de la casot, la cabane de chasse où l'apicultrice stockait son matériel ©Jean-Marie Rayapen/SPF

Les feux de l’été ont ravagé plusieurs communes autour de Perpignan. Une quarantaine de sinistrés sont aidés par le Secours populaire qui remplace une partie de leurs outils. Artisans, agriculteurs et travailleurs précaires ont ainsi pu reprendre leur activité professionnelle.

L’ampleur des incendies en Gironde et dans le Var, qui ont fait rage jusqu’à la mi-août, a fait oublier que la saison des feux de forêts a débuté début juillet, dans les Pyrénées-Orientales, à 30 km de Perpignan. En train de trier les restes des véhicules partis en fumée dans ses garages et son atelier, Léon, un jeune homme roux, portant une salopette en jean et un t-shirt orange, n’est pas près de l’oublier. « Vous voyez là, la rangée de barils plein de petites pièces en fer, de plomb, de cuivre. Depuis deux mois, je mange en les revendant aux ferrailleurs. C’est devenu mon principal revenu. » C’est du dépannage car il faut 12 tonnes de fer pour percevoir 1000 euros. Habituellement, le jeune garagiste répare des moissonneuses, des motoculteurs et des voitures de collection dont les épaves noircies parsèment son lopin de terre.

Pour arriver jusque chez lui, Francisco et Janine, deux bénévoles du Secours populaire venus de Perpignan, ont dû sinuer dans la forêt, traverser deux ou trois cours d’eau, à sec après cinq vagues de canicule, et dépasser quelques maisons éparses. « La construction sans permis est une spécialité du coin depuis toujours. Des gens totalement oubliés des dispositifs publics », relate Francisco, au volant de la fourgonnette avec laquelle il a déjà livré des panneaux solaires à certains sinistrés. « Sans raccordement au réseau d’eau et à l’électricité, la seule énergie disponible est celle du soleil. »

Une odeur de cendres, de métal noircis et d’huile

Juste avant d’arriver chez Léon, le véhicule a encore dû contourner un grand arbre au pied duquel avaient été déposées cinq bonbonnes de gaz au revêtement écaillé et boursoufflé. On est chez Léon. Les arbres ont laissé place à une grande prairie où reposent la caisse calcinée d’un cabriolet Ford A produit à Detroit il y a un siècle, et les squelettes d’une Porsche et d’une Maserati. « Des voitures de collection qui ne peuvent pas être assurées contre les incendies », déplore le jeune garagiste.

Léon fait la visite. Dans le fond, la maison en pierre blanche, à laquelle une annexe a été construite en parpaing, a échappé aux flammes alors que sur les pentes qui la surplombent, les arbres ont des troncs noirs de suie et les feuilles, quand il en reste, brunes pour beaucoup. Devant la bâtisse, le jeune homme de 28 ans, tout en muscle, avait installé en guise de garages deux conteneurs métalliques comme on en voit sur les navires marchands, désormais remplis de cendres et de morceaux de métal noircis, et une serre pour son travail d’atelier. Cette dernière a été rapidement réparée. Les nombreux outils y baignent à nouveau, à l’intérieur, dans une odeur d’huile et d’essence. Au milieu de ces bâtiments de fortune, un arbre se dresse encore. L’écorce totalement noire et les feuilles rabougries ne donnent aucun signe de vie. « Placé entre deux brasiers, il a vraiment eu chaud, ça me désole. »

Janine fixe avec Léon (à dt) et sa mère, Christine (à gch), la liste de matériels que le Secours populaire va livrer ©Jean-Marie Rayapen/SPF

Léon a laissé la radio de l’atelier en marche pendant qu’il guidait Francisco et Janine de l’autre côté de la clairière, derrière un monticule de terre, pour montrer « le cimetière des éléphants » : les restes de 12 véhicules, dont la plus grande collection de tracteurs, de bétonnières et de tractopelles que les bénévoles n’aient jamais vus. Ils sont venus jusqu’ici pour constater les dégâts et établir la liste des équipements à remplacer. Le but : permettre à Léon de reprendre son activité au plus vite. « On est sur place, on constate que la liste qu’il nous a envoyée correspond à ses besoins et on voit bien l’ampleur des dégâts, y compris sur sa fosse septique qui a fondu », relève Francisco, en aparté. Sans s’étendre sur la situation, Léon explique qu’il est contraint depuis deux mois de prendre du papier toilette et de s’éloigner dans la garrigue.

Comme pour Léon, une quarantaine de sinistrés sont aidés par le Secours populaire. Artisans, agriculteurs, travailleurs précaires, les incendies ont détruit ou rendu inutilisables leurs outils, mettant leur activité professionnelle à l’arrêt. En moyenne, la fédération des Pyrénées-Orientales a financé entre 3000 et 5000 euros d’équipements par foyer. « Il nous a semblé judicieux d’intervenir de cette manière parce que ce sont des éléments onéreux mal couverts par les dispositifs d’aide ou d’indemnisation existants », souligne Sandrine Da Silva, secrétaire générale du Secours populaire dans les Pyrénées-Orientales.

Le Secours populaire acheminait de l’aide à Vinça

Les bénévoles ont fait un gros travail de recensement des besoins. Parmi les élus locaux, seul le maire de Vinça les a aidés dans cette tâche. Ailleurs, c’est Maxime, un jeune trentenaire, qui a guidé les bénévoles vers les sinistrés. « J’habite à Rodès, non loin de Prades. Le feu est venu deux fois sur la commune et plus de vingt maisons ont fini en cendres. » Sur le moment, il a lutté contre les flammes mais a dû évacuer, comme 10 000 personnes de la région, malgré les routes coupées. « A un moment, les incendies dévoraient tout le tour d’horizon et ça allait très vite, c’était dangereux. » Plus tard, à la salle polyvalente de Vinça où le Secours populaire acheminait des denrées alimentaires et de l’eau auprès des sinistrés et des pompiers, il a entendu que les bénévoles cherchaient à identifier les sinistrés. Maxime s’est proposé. « Il connait tout le monde. Il savait qui habitait au bout de telle ou telle rue et nous a permis de faire un porte-à-porte où nous n’avons oublié personne », témoigne Sandrine Da Silva.

La maison de Maxime n’a pas brûlé, mais il ne reste plus rien du champ de chênes truffiers de son oncle, sur lequel il travaillait. Le système d’irrigation et les réserves de bois de chauffe ne sont plus qu’un souvenir. « Ma voiture aussi a brûlé. C’était une vieille Citroën Saxo de plus de 20 ans, mais quand même, elle me permettait de transporter plein de trucs, c’était pratique. » Après une longue réflexion, lui et son oncle vont recommencer. Maxime a juste demandé une fendeuse à bois au Secours populaire pour reconstituer le stock pour l’hiver. Pour le reste, il pense qu’il arrivera à se débrouiller. Très réfléchi, cet ancien étudiant en anthropologie s’exprime avec aisance et une pointe de malice. Il compte surtout reprendre la recherche d’emploi qu’il a entreprise depuis quelques mois. « J’aimerais bien devenir garde forestier ou quelque chose comme ça. »

Habitant Rodès, Maxime s’est proposé pour aider le Secours populaire à recenser les sinistrés de sa commune ©Jean-Marie Rayapen/SPF

Francisco et Janine arrivent à Vinça et cherchent Sandrine, qui s’est lancée dans l’apiculture, très récemment. Les bénévoles déposent une cuve de 1000 litres, un barnum et une table pliable pour pouvoir nettoyer ses ruches. La femme de 52 ans, originaire du nord de la France a toujours fait face aux défis que lui présentait la vie. Elle a fait quantité de métiers, qui l’ont amenée à la Réunion. « Ça, avec ma compagne Carole, on ne rechigne pas la tâche. Nos activités, c’est beaucoup de travail et on ne prend pas beaucoup, mais vraiment pas beaucoup, de vacances », dit-elle, l’air très volontaire, mais quand on lui demande quel impact ont eu les feux sur son activité, elle fond en larmes plusieurs fois, avant de se reprendre.

Ses essaims et ses sept premières ruches sont sains et saufs. Elle les avait disposés à la fin du printemps beaucoup plus près du littoral, sur le terrain d’un ami, car la garrigue autour de chez elle est infestée de frelons asiatiques. Mais, elle avait entreposé tout son matériel derrière Vinça dans les collines près du second étang de retenue d’eau où les groupes de promeneurs et de cyclistes passent régulièrement. C’est là dans une cabane que les Catalans appellent ‘casot’ (prononcez ‘casotte’), qu’elle avait stocké une quinzaine de ruches de rechange, des produits de lavage, la combinaison, l’enfumoir et le matériel que vient de remplacer le Secours populaire. « Il faut toujours des ruches d’avance parce que les cadres sont régulièrement infestés par la fausse teigne. Dans ce cas, il faut pouvoir mettre les abeilles dans une nouvelle ruche et désinfecter l’ancienne. Donc j’avais acheté pas mal de ruches d’avance, y compris dans l’optique d’agrandir mon cheptel. » 

Les revenus ? C’est très variable

L’apiculture est une activité que Sandrine souhaite développer pour augmenter ses revenus qui tournent autour de 1200 euros. « J’étais dans le commerce automobile à Perpignan. Ça m’a abîmé la santé, j’ai perdu plus de 20 kg. Mon corps a dit stop et après un tel burn-out j’ai vraiment du mal à retravailler pour des gens en fait. » Depuis, elle travaille à la cantine dans le périscolaire, s’y ajoutent des heures de ménage chez un particulier et un peu de maraîchage. « C’est très variable, en fonction des périodes de l’année. Au total, ce n’est pas mirobolant. Quand je fais les courses, il faut compter. » Elle ne va pas pour autant chercher de l’aide alimentaire au Secours populaire. « Après, s’il le fallait, il n’y aurait pas de soucis, les gens y sont vraiment accueillants, ils sont généreux, ils ont bon cœur ». Elle se souvient aussi qu’enfant elle est partie en famille de vacances et ça avait été le bonheur.

Comme pour Léon et Maxime, Sandrine peut reprendre son activité avec le coup de pouce du Secours populaire. La quarantaine de sinistrés se retrouveront certainement pour un grand repas organisé par le Secours populaire. Léon hésite à couper l’arbre situé entre ses deux garages et son atelier. « Je retarde le moment, j’espère toujours qu’il va repartir. Sur les collines, les arbres ont morflé mais les feuilles vertes poussent déjà. »

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