Séisme en Turquie : les projets engagés sont achevés
Trois ans après le séisme de février 2023, une quatrième mission du Secours populaire est retournée, du 11 au 17 janvier, dans les régions sinistrées de Kahramanmaraş, Osmaniye et Hatay. De retour en France, l’équipe témoigne de la bonne réalisation des programmes engagés avec le partenaire local, Nartane.
Revoir pour la quatrième fois la région sinistrée, trois ans après la catastrophe de février 2023, c’est être frappé dès la sortie de l’aéroport par un contraste saisissant. S’il reste encore des tonnes de gravats à dégager, les ruines ont fait place à des quartiers entiers érigés en un temps record. Des dizaines de milliers de logements sont sortis de terre, de manière impressionnante, mais les infrastructures, elles, peinent à suivre : les transports en commun sont encore rares et à Kahramanmaraş les habitants « barbotent » dans la boue dès que la pluie tombe.
Françoise Vis, trésorière nationale du Secours populaire, a fait partie de l’équipe qui s’est rendue sur place en janvier dernier. Elle avait dirigé la première mission, menée au cours du mois qui a suivi la catastrophe, conjointement avec les partenaires turcs et libanais. De retour en France, Françoise Vis rappelle l’objet de la mission la plus récente : « Le but était bien sûr d’évaluer auprès de la population l’impact des réalisations menées sur le terrain par notre partenaire local Nartane, avec notre soutien. »
Réhabilitation des groupes scolaires
Sur place, alors que des forêts de grues s’affairent dans les quartiers neufs des « villes champignons », le Secours populaire et son partenaire Nartane se sont concentrés sur les écoles à réhabiliter. En effet, l’effort a porté principalement sur les bibliothèques scolaires car elles sont encore rares dans la région et les livres adaptés aux enfants coûtent cher. Dans un établissement d’un quartier populaire d’Osmaniye, l’intervention du Secours populaire et de Nartane s’est traduite par la reconstruction de sanitaires ; mais aussi par l’installation du chauffage et de la climatisation pour faire face aux amplitudes thermiques de la région et assurer le confort nécessaire aux élèves.




La bibliothèque scolaire a également été refaite, offrant aux enfants un espace de calme et de savoir auquel ont été adjoints des jeux, indispensables à l’équilibre physique et mental. La salle permet aussi aux enfants de pratiquer la musique ou des activités musicales, « notamment avec des percussions », indique leur professeur Burak Aykan. Environ 300 élèves s’y relaient. La plupart sont des enfants de familles déplacées après le séisme.
La bibliothèque propose aussi des jouets éducatifs et un espace de jeu. «Avec cette bibliothèque, on peut mieux étudier et on peut aussi jouer, raconte Hailima, une fillette rousse, portant un petit serre-tête blanc orné d’un pompon. Maintenant, on est beaucoup plus heureuses. » Aylin est tout aussi enthousiaste : « La bibliothèque me permet de m’organiser, de m’exprimer librement et de me projeter vers l’avenir. » Des témoignages qui font chaud au cœur de Lise Toussaint, secrétaire générale de la fédération de Dordogne : « Quand on voit ça, on se dit que la vie a vraiment repris », observe-t-elle de retour de mission.
Les travaux ont aussi été soutenus dans une petite commune à 15 km de la grande ville d’Osmaniye. « Derrière les vitres de l’école, la vue sur les montagnes enneigées était d’une grande beauté », se rappelle Lise Toussaint. Ici, le Secours populaire a apporté les premiers livres et le matériel informatique de la bibliothèque scolaire. « Sans elle, il nous serait très difficile d’accéder à tous ces livres. Cela nous aide beaucoup à faire nos devoirs », confie Meriem, une pré-adolescente assise sagement à sa place.
« Pour nos recherches, nous avons aussi accès à Internet. On n’a pas internet à la maison et les cybercafés sont à Osmaniye. C’est impossible de s’y rendre quand on est une enfant », explique Aycha. Dans la région, les adultes vivant dans les petites communes autour de la métropole n’ont pas souvent la possibilité de se rendre dans cette grande ville, par manque de transport ou d’argent. Les enfants doivent en plus être accompagnés. Pas facile de payer l’équivalent de 4 dollars par personne quand les habitants gagnent en moyenne l’équivalent de 300 à 400 dollars par mois.
Changement de décor à Hatay
Pour se rendre dans la troisième école, la mission du Secours populaire a dû quitter la plaine et monter dans les montagnes pour rejoindre la ville d’Hatay. Là, le décor n’est pas le seul à changer. La pauvreté y est plus visible, les cicatrices du séisme plus profondes. Contrairement aux « villes champignons » de la plaine et à leurs immeubles neufs, à Hatay, « le long de la route, les maisons sont restées debout mais les fissures sont très visibles », rapporte Lise Toussaint.

Il y a aussi encore des campements pour héberger les familles déplacées. Depuis le 6 février 2023, la vie d’Haldun, un réfugié syrien venu avec sa famille, « a été bouleversée une fois de plus », raconte-t-il. Trois ans après les tremblements de terre, Haldun et sa famille vivent toujours dans un conteneur. Comme les familles turques les plus pauvres, Haldun et ses proches sont contraints de vivre au jour le jour.
Dans l’école locale, l’émotion est palpable quand les adultes évoquent les élèves qui n’ont pas survécu au séisme. Le Secours populaire y a financé une bibliothèque et des sanitaires non mixtes. « C’était une demande des professeurs qui avaient remarqué, avant le séisme, que les filles n’utilisaient pas les anciens sanitaires mixtes », explique Françoise Vis.
Les enfants viennent aussi sur leur temps extrascolaire à la bibliothèque. « On vient ensemble pour lire et faire des activités. On passe des moments agréables alors on est plus heureuses », souligne Sarah, au sourire malicieux. « Bien que ce soit une école primaire, des enfants de tous âges viennent en profiter , ce qui rend l’endroit encore plus vivant », explique Ahmet Gunes, leur professeur, qui aime décrire dans le détail tout l’intérêt pédagogique du lieu.
Recréer le lien communautaire
Reconstruire, c’est aussi reconstruire les liens entre les humains et donc favoriser des lieux où les gens peuvent se rencontrer et échanger. À Osmaniye, la délégation a visité des centres de formation pour les femmes. Les voisines y cuisinent collectivement, y fabriquent des sacs et les femmes y suivent des cours du soir. « L’amélioration des conditions de vie locales passe par le renforcement des structures de formation et de production artisanale », résume Françoise Vis.

Pour l’avenir, la réflexion du Secours populaire et de Nartane s’oriente vers les centres communautaires et le numérique. Dans les montagnes, l’accès à internet est inexistant. « Il n’y a ni accès à internet dans les montagnes, ni ordinateur. La fracture numérique existe aussi là-bas », alerte Lise. Le Secours populaire et son partenaire Nartane projettent de mettre à disposition des ordinateurs et des connexions pour briser l’isolement des jeunes.
Quand elles font le bilan de la mission, Françoise Vis et Lise Toussaint décrivent un accueil « très, très, très chaleureux ». « La manière dont les gens racontent la reconstruction, partageant leur bonheur de voir tout ça. Les enfants connaissaient tous le Secours populaire », récapitule Lise Toussaint, la tête encore pleine de toutes ces émotions. « C’est la première fois que j’ai mesuré l’impact du Secours populaire à l’étranger », relate celle qui vient de conclure sa deuxième mission à l’international.
A Hatay, Maryam, Ines, Assam, Ganim et Asmi étaient réunis avec leur professeur pour témoigner. Ils souhaitent tous que les bénévoles du Secours populaire leur rendent à nouveau visite. « Que des gens qui vivent aussi loin soient sensibles à ce qu’ils vivent leur fait beaucoup de bien », analyse Samar Aslan, une jeune responsable de Nartane, qui fait aussi office d’interprète. « Dans cette région, les enfants ont l’habitude d’entendre beaucoup de langues, car il y a beaucoup de groupes culturels différents, Turcs, Arméniens, Kurdes, Arabes et d’autres encore. Nous vivons tous en paix », tient à souligner Gulshan Saghlam, pierre angulaire de Nartane.
Un avenir rendu possible
L’équipe du Secours populaire est rentrée en France avec un petit film réalisé par les élèves. Lise Toussaint est revenue avec des dizaines de photos qui sont autant d’illustrations de ce qu’a apporté chaque don : un radiateur qui chauffe une classe à Hatay, un livre entre les mains d’un enfant à Osmaniye, des jeux pendant un instant, les enfants oublient les traumatismes du passé.
