"Moins 22 euros de reste à vivre par jour, c'est compliqué"

Alors que l’été s’achève et que les enfants ont repris le chemin de l’école depuis une semaine, cette rentrée est bien difficile pour les familles aidées par le SPF. Dettes, chômage, craintes pour l’avenir sont les mots qui reviennent dans toutes les conversations.

En Seine-Saint-Denis à Pantin, les bénévoles accueillent plusieurs fois par semaine des personnes toujours victimes du Covid et sans ressources.
Christophe Da Silva

Ce samedi 5 septembre, la situation sanitaire encore fragile qui sévit en Île-de-France a conduit le SPF de Pantin, en Seine-Saint-Denis, à effectuer la distribution alimentaire et de fournitures scolaires sur deux sites différents. Les règles sanitaires imposent également que les familles attendent à l’extérieur pendant que l’équipe de bénévoles prépare les colis. A droite les personnes ayant déjà un dossier au SPF, à gauche celles qui s’inscrivent pour la première fois. Pour Natalia, originaire d’Ukraine et professeure de violon, venir ici est vital : « Depuis mars, je n’ai plus de travail.  Femme de ménage dans des hôtels, je me suis retrouvée sans activité, les hôtels ayant fermé. Les quelques cours de musique que je donnais se sont aussi arrêtés. Aujourd’hui, je suis dans la même situation qu’il y a trois mois. Sans l’aide du comité, je ne sais pas comment je feraisJe suis inquiète pour l’avenir. »

Des vacances qui rendent plus fort

 

Malgré ses craintes, elle garde le sourire, notamment lorsqu’elle nous raconte sa semaine de vacances à l’Île-d’Oléron avec ses deux fils. Un séjour organisé par le SPF et rythmé par des balades à la plage, de bons repas et un tour en bateau autour de Fort Boyard. Des souvenirs qui lui donnent de la force pour affronter cette rentrée qu’elle appréhende, en particulier pour ses enfants. Aujourd’hui, en plus de l’aide alimentaire qui est apportée aux familles, une distribution de fournitures scolaires est organisée salle Jacques Brel, deux rues plus loin. Mamita et Karine, deux bénévoles chargées d’accueillir les enfants et leurs parents, récupèrent les listes pour réaliser les sacs. Une aide précieuse pour les familles, qui sont soulagées que leurs enfants aient pu reprendre le chemin de l’école. Même si les derniers mois ont été compliqués pour tous, ce retour à une vie quasi normale était attendu. Certes, comme nous l’explique Madame Ait Mama, « c’est dur de revenir à la vie d’avant. Pendant le confinement, mon fils Ylies qui n’avait pas d’ordinateur n’a pas beaucoup travaillé. Et puis, tous les deux dans l’appartement, il fallait s’occuper. Moi qui ne l’autorise pas à faire de jeux sur son téléphone, j’ai bien été obligée de laisser faire... » Avec 450 euros de RSA pour vivre, elle nous avoue compter tous les jours ce qui lui reste pour finir le mois. Une pression presque permanente qui l’angoisse énormément. En instance de divorce, elle ne se projette qu’au lendemain ; plus loin est impossible pour elle.

Inquiétudes des parents

 

Un retour à la vie d’avant qui ne sera plus comme avant, c’est ce qui revient beaucoup dans les discussions avec les familles.Tout ce qui n’a pas été fait à l’école est un sujet dont les parents parlent beaucoup même si des remises à niveau sont proposées dans les collèges et dans les écoles primaires du département de la Seine-Saint-Denis. Dashi et Mané, toutes deux collégiennes en 4ème, ne semblent pas inquiètes. « On va retrouver tous nos amis et reprendre une vie normale. Le seul problème de cette rentrée pour nous, c’est de porter le masque toute la journée. Cela donne chaud et on entend pas toujours ce que disent les profs ». Rieuses, elles ont la légèreté et l’insouciance des adolescents. En partant, elles sont encouragées par Mamita qui leur souhaite une bonne année scolaire et qui insiste sur l’importance de « bien travailler à l’école pour avoir un bon métier. » Cette aide matérielle est le fruit de collectes dans les magasins en fin d’été, ainsi que de dons de particuliers. Elle est essentielle pour les familles, notamment pour celles qui ne perçoivent pas l’allocation de rentrée scolaire.

C’est toujours la galère

 

Durant tout le confinement, les bénévoles du comité de Pantin ont répondu présents et aidé 274 familles. Aujourd’hui, ils sont toujours là et continuent à apporter un soutien aux familles, d’autant plus que la situation est loin de s’améliorer pour elles. « Avant le confinement, nous aidions entre 90 et 120 familles. Pendant la crise, 274 de plus. Et en ce moment, environ 180. Nous aidons des personnes qui n’avaient pas besoin du SPF mais dont la vie a soudainement basculé et qui sont encore en grande difficulté. Le déconfinement n’a pas tout réglé », précise Marylène Clair, trésorière du comité.Ce matin-là, une femme est venue demander de l’aide au SPF. Menacée d’expulsion car sans revenus, elle a plusieurs loyers de retard. Une aide financière exceptionnelle lui sera donnée. Etudiées aux cas pas cas, certaines situations nécessitent parfois une aide pécuniaire, « surtout lorsque l’on sent que la personne est sur le point de voir sa vie basculer. Notre rôle est d’intervenir pour éviter les drames », précise Marylène. Pour Samuel, jeune homme de 36 ans ayant perdu son emploi dans la restauration le lendemain du confinement, c’est grâce au SPF qu’il ne s’est pas retrouvé à la rue. Après 22 ans dans ce secteur, il se retrouve avec 3 000 euros de dettes et un revenu qui a baissé de moitié. Ayant tout fait pour garder son logement, il n’avait plus de quoi se nourrir et c’est sur les conseils d’une assistante sociale qu’il a frappé à la porte du comité. « Je n’avais jamais eu besoin de me faire aider mais, avec cette crise, il fallait bien faire des choix. Payer mon loyer ou manger. Je n’ai pas hésité longtemps. Actuellement, je travaille comme aide à domicile auprès de personnes handicapées. J’ai 3 000 euros de dettes ; ma mère, que j’aidais avant, vient de m’envoyer 100 euros pour le mois. »

« J’ai 3 000 euros de dettes »

 

Malgré ces problèmes, Samuel sait rester positif, voire même un peu philosophe. Comme il le dit lui-même, cette crise et cette galère, c’est peut-être un mal pour un bien. Aujourd’hui il s’interroge sur son avenir professionnel : « Je n’ai plus envie de travailler dans la restauration. Je pense suivre une formation pour aider les jeunes. Je vais me rapprocher de ma conseillère Pôle emploi et demander à faire une formation. » Comme Samuel, ils sont nombreux à avoir perdu leur emploi avec cette crise. Les ravages du chômage ont laissé beaucoup de personnes sur le bord de la route. Avec un taux de 22,6 % enregistré avant l’été, le chômage a détruit la vie de millions de personnes. Et même si les mesures d’accompagnement du chômage partiel sont prolongées, la vie de milliers de familles soutenues par l’association n’est pas près de s’améliorer. D’autant plus qu’en Seine-Saint-Denis, cette crise s’ajoute à une crise déjà existante, comme l’explique Annick Tamet, secrétaire générale adjointe à la fédération. « Notre département est un des plus pauvres de France. Les chiffres sont édifiants : le niveau de vie médian est de 17 310 euros et reste le plus faible de France métropolitaine. C’est 9 780 euros de moins que le département voisin des Hauts-de-Seine. Ici, les familles sont pauvres et nous concentrons beaucoup de problématiques liées à la pauvreté ». Dans ce département, 27,9 % des personnes vivent sous le seuil de pauvreté - un chiffre deux fois supérieur à la moyenne nationale (14,1%). Une réalité que connaissent bien les bénévoles de Pantin, qui depuis toujours, sont aux côtés des plus fragiles. Mais face à l'augmentation du nombre de personnes qui s'inscrivent  toutes les semaines, l'inquiétude grandit car, aujourd'hui, les activités permettant de collecter n'ont pas encore repris. Seul point positif, « les bénévoles qui nous ont rejoint pendant le confinement sont presque tous restés, et cela nous aide à faire face », souligne Marylène.

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