La cafétéria des sans-abris [Archivé]

Confinés dans un hôtel réquisitionné de Beaucouzé en périphérie d’Angers, 120 sans-abri, dont 22 enfants, se nourrissent grâce à un élan de solidarité réinventé autour du Secours populaire.

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Beaucouzé le 16 avril. Autour du SPF une cafétéria d'un genre un peu particulier s'est montée en urgence pour des sans abris confinés sur le parking d'un hôtel.
Josselin Clair/Courrier de l'Ouest

 

Jason prend son rôle très à cœur. Cahier à la main, masque sur le visage, le jeune homme est le garant des bonnes manières, des gestes barrières. Le maître d’hôtel. Calme, posé, il fluidifie la file des clients particuliers de ce self-service qui l’est tout autant sur le parking de l’hôtel Formule 1 de Beaucouzé. La quatre-voies Paris-Nantes pour seul horizon. Pas franchement un lieu de villégiature, même en temps normal. Réquisitionné par la Préfecture, l’hôtel du groupe Accor héberge cent vingt sans-abri dont vingt-deux enfants par mesure sanitaire depuis la fin mars. De tous âges – le plus jeune a quatre mois – et de toutes nationalités. Jason, 19 ans, est l’un d’entre eux. Angevin, il vit à la rue à la suite d’une histoire de famille. « C’est l’Arche de Noé, on sent un vrai élan de solidarité »​, dit Olivier, un autre sans-domicile-fixe. A ses côtés, Agnès, 48 ans, fait une pause cigarette en attendant son tour pour déjeuner. Originaire de Saint-Nazaire, elle est sans-abri depuis décembre. Et elle avoue que ce confinement forcé l’a changée. En bien ! « Maintenant, j’ai des copines géorgiennes et gabonaises. Avant, j’étais peut-être un peu raciste ? Cette période nous fait grandir. On fait tous des efforts les uns pour les autres. Il y a une vraie solidarité dans cette galère »​, explique Agnès alors que Jason lui annonce que son repas est disponible. Des carottes râpées avec des médaillons de surimi en entrée, une cuisse de canard confite avec de la sauce madère et des pommes de terre grenailles et une tarte aux pommes maison concoctés dans les cuisines de la CCI par Franck Coulot et Jean-Marie Morand, chefs du restaurant de l’association solidaire Resto-Troc, à Belle-Beille et par Christophe Maussion, chef chez Restoria. Autour d’Ana, une sans-abri géorgienne qui fait un peu le lien entre toute la communauté, des bénévoles de l’association COAAM de Beaucouzé font le service.

Un food truck solidaire le dimanche

C’est le Secours Populaire qui a mis tout cet élan de solidarité en musique. « Le Formule 1, c’est juste un hôtel sans cuisine. On a imaginé ce projet autour des acteurs de la solidarité que nous sommes. Le Secours populaire est habitué à récolter des denrées, mais on n’a ni chef, ni cuisine. Resto Troc a deux chefs mais plus de cuisines qui sont en travaux, COAAM fait du lien et la CCI a prêté ses cuisines »​, confie Stéphane Lepage, le secrétaire départemental du Secours populaire de Maine-et-Loire. La centaine de sans-abri du Formule 1 de Beaucouzé déjeune ainsi depuis le 30 mars. En faisant d’abord la queue comme à la cafétéria avant de manger confiné dans les chambres, précautions sanitaires obligent. Le ménage est géré par les résidents eux-mêmes sous la houlette de l’indispensable Ana. La jeune femme de 35 ans était maîtresse d’école dans son pays.Toujours grâce aux denrées collectées par le Secours populaire via ses circuits habituels, le repas du dimanche midi est assuré gracieusement par le food truck Cuisine FM – pour fait maison – de François Bariteau. « C’est l’effet boule de neige de la solidarité. On réinvente avec les moyens de chacun et les sans-abri sont également acteurs de cet élan »​, se réjouit Stéphane Lepage.

 

François Lacroix/Courrier de l'Ouest

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