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Journée des oubliés des vacances : à la découverte de la grotte de Trabuc

Mis à jour le par Olivier Vilain
Dans la grotte de Trabuc
Les vacanciers d'un jour vont garder longtemps en mémoire le monde étrange et onirique de la grotte de Trabuc ©JM Rayapen / SPF

C’est à une Journée des oubliés des vacances (JOV) placée sous le signe de la sensibilisation à l’environnement que le Secours populaire du Gard a invité 150 enfants et adolescents.

Loin dans la grotte de Trabuc, située dans le parc national des Cévennes, des dizaines d’enfants écoutent le guide leur expliquer le cycle de l’eau. Cette eau qui dépose le calcaire pour former une forêt de sculptures qui fascinent les enfants invités par le Secours populaire du Gard.

Le groupe est entré, sans s’en rendre compte immédiatement, dans un monde où l’eau a joué le rôle génial du Facteur Cheval ou dans un tableau étrange de Max Ernst. Les roches empruntent, en effet, au monde végétal et animal avec d’immenses stalactites qui dessinent trois méduses géantes accrochées sur une paroi aussi haute qu’une cathédrale, au-dessus du lac souterrain dont l’œil cristallin fixe les promeneurs 30 mètres en contrebas.

Dans un immense tableau de Max Ernst

La salle de la cascade précède celle aux 100 000 soldats : il s’agit d’un phénomène unique au monde, des milliers de sapins lilliputiens de calcaire montent la garde comme les statues de la tombe de l’empereur Xin. A cet endroit, « le sol est divisé en carrés par des monticules qui font penser à la Muraille de Chine en miniature et les carrés qu’ils dessinent ressemblent à des rizières », raconte le guide. Ce dernier est enchanté car, tout au long des 200 mètres de dénivelé, les petits lui posent beaucoup de questions sur la formation de ce monde étrange où la température de 14° contraste agréablement avec les 35° de la cinquième vague de canicule à l’extérieur.

C’est à une Journée des oubliés des vacances (JOV) placée sous le signe de la sensibilisation à l’environnement que le Secours populaire du Gard a invité 150 enfants et adolescents. Comme chaque année depuis un demi-siècle, le Secours populaire organise cette JOV à la fin du mois d’août pour les enfants qui ont été privés de vacances depuis la fin de l’école. Un peu partout, des milliers de petits ont goûté aux joies de la mer, comme à Deauville.

En entrant dans la salle « du bain de minuit », les enfants ont le souffle coupé devant les énormes ‘méduses’ fixées à la parois ©JM Rayapen / SPF

Les vacances sont encore un domaine où règnent de fortes inégalités. Au début de l’été, l’inquiétude était forte car, ces dernières années, 40 % des Français n’ont pas quitté leur domicile pendant leurs congés, même sans aucun choc d’inflation. Or, depuis février dernier, les prix de l’énergie se sont envolés, risquant de provoquer un record de non-départs. Les catégories populaires sont les plus exposées, avec 38 % déclarant au début de l’été ne pas prévoir de partir, selon le sondage Ipsos / Secours populaire publié en juin dernier.

Les freins sont nombreux. Le coût des transports, celui de l’hébergement, la précarité de l’emploi, mais aussi parfois le sentiment que partir en vacances n’est pas pour soi. « Partir demande des ressources financières mais aussi des connaissances pratiques pour s’organiser et un réseau amical ou familial afin de se projeter dans ce temps libéré (…) », expliquait ainsi Laure Pourcin, responsable du pôle Etudes de l’association Vacances Ouvertes, lors de la publication de ce sondage.

Les gens sont plus restés chez eux cet été

Ce matin, la culture est à l’honneur. « Nos JOV allient toujours la culture aux loisirs, relève Fabienne Lauron, secrétaire générale du Secours populaire dans le Gard. On profite de cette journée pour leur faire découvrir des choses. Ça leur donnera peut-être envie de continuer, par eux-mêmes ou avec nous, à nourrir cette curiosité. »

Cet été, à Nîmes, les bénévoles ont été surpris par l’affluence aux libres-services alimentaires. « Le nombre de personnes qui sont venues est beaucoup plus élevé que les années précédentes », note Luisa Benbouzid, directrice au Secours populaire du Gard. « Les gens sont moins partis, en particulier dans les deux quartiers les plus populaires où le taux de chômage est énorme », précise Fabienne.

L’accrobranche donne l’occasion de dépasser sa peur, de petites difficultés et de s’entraider ©JM Rayapen / SPF

Plus tôt, dès 7h15, les 150 enfants et les bénévoles avaient rendez-vous à la gare routière de Nîmes. Les parents étaient à l’heure. Les enfants pleins d’entrain. Cap sur la vallée des Camisards, une fois les cars remplis. Pendant que les cars grimpaient environ une heure, les vacanciers d’un jour ont pu contempler les villages agrippés le long du parc national des Cévennes, avant que n’apparaisse l’entrée de la grotte. En chemin vers l’air libre, Aniya monte patiemment les nombreuses marches taillées dans la roche. Dans la pénombre, l’adolescente souriante de 15 ans confie à sa copine qu’elle commence à avoir faim. « Pourtant, j’ai bien mangé ce matin. Comme d’habitude, j’ai mangé les céréales que nous donne le Secours populaire. »

Jouweria est grande pour ses 11 ans. La peau mate, elle pose un regard amusé sur ce qui l’entoure. « Une journée comme ça fait du bien car maintenant je connais de nouveaux endroits. » Les vacances, c’est avant tout pour elle un séjour en famille, avec son père plombier et sa mère femme au foyer, dans les Pyrénées quand elle était plus petite. Depuis le début de l’été, elle n’est partie que quelques jours chez sa mamie, qui vit à 50 km, près de Montpellier. Sa sœur de 13 ans, qui porte un maillot de l’équipe de foot du Maroc, elle n’est pas partie du tout. « A part une journée à Marseille, avec ma tante. »

Jouer dans les arbres et dans l’eau

Dans le premier car, l’ambiance est au beau fixe. « Alors, vous êtes contents ? », lance au micro Hélène, l’une des bénévoles, avant de redonner des informations sur le déroulé de la journée. « Ouiiiiiiii ! », lui répondent en chœur les enfants. Seconde étape de la journée : Aqua Forest, un parc de loisirs nature. Là, ils retrouvent d’autres cars dont les enfants se sont rendus à Dinopédia, un parc proposant aux visiteurs de découvrir les traces des dinosaures qui ont vécu sur les Grandes Causses. Mais avant de s’amuser à l’accrobranche ou de plonger dans l’eau, le soleil est à son zénith et c’est la pause déjeuner. Au menu, que du bio, sans viande. Les légumes sont privilégiés, à la surprise de beaucoup d’enfants.

Ils ont repris suffisamment de forces pour passer les deux heures suivantes dans la forêt à passer d’un parcours d’accrobranche à l’autre. Les enfants écoutent attentivement les consignes, passent les harnais qui semblent immenses sur les plus petits. Tout le groupe s’élance. Pour beaucoup, évoluer à plusieurs mètres du sol, parmi les branchages, est une première. Amira et Ibtihel, 20 ans toutes deux, s’élancent avec les enfants. Fraîchement venues d’Algérie pour étudier à l’université d’Aix-en-Provence, elles ont décidé d’être bénévoles pour la journée. « Mon cousin est bénévole au Secours populaire de Nîmes, déjà, et j’aime m’impliquer dans la vie autour de moi », rigole Ibtihel, très grande, qui a attaché ses longs cheveux « pour avoir moins chaud ». « Nous étions déjà bénévoles à Oran. Nous participions à des randonnées avec des personnes âgées », ajoute Amira, qui, ressemble beaucoup à son amie, sauf qu’elle a laissé libres ses cheveux bouclés.

Après l’accrobranche, tout le monde se met en maillot pour aller dans le bassin, dont l’eau est filtrée par une zone végétalisée ©JM Rayapen / SPF

Harnais encore passé, Sofia a dépassé toutes les petites difficultés qui font le sel d’un parcours d’accrobranche. A 15 ans, elle fait partie des plus âgés. La petite Ukrainienne vit en France depuis quelques années. « Cette année, on est allés à Nice chez des amis de mes parents pendant quatre jours. C’était bien. » « Ma famille et moi, on aime beaucoup la nature. J’essaie de faire comprendre autour de moi les dangers du réchauffement climatique », souligne la jeune fille qui parle déjà anglais et français en plus de ses deux langues maternelles. « Il a fait vraiment très chaud cet été et tout le monde en a souffert. Ce qui m’attriste le plus est que ce réchauffement du climat est à cause de l’activité humaine. »

Après l’accrobranche et le goûter, tout le monde se met en maillot de bain. Les enfants vont par petits groupes dans le bassin, dont la propreté est assurée non pas par le traditionnel chlore mais un circuit qui fait passer petit à petit l’eau du bassin à travers le filtre d’une zone végétalisée. Clou du dispositif, les six toboggans de glisse, dont trois avec tremplin. Les maîtres-nageurs ont fait des groupes de niveaux pour une séance d’amusement en toute sécurité. Les enfants portent tous des casques, de mini-gilets de sauvetage orange ou vert et un bodyboard pour glisser jusqu’au milieu du bassin.

Des rires, des photos et des souvenirs

Revenant d’un premier plongeon, la petite Saadat remonte sur le bord du bassin, de grosses gouttes dégoulinant de ses cheveux. Sa famille s’est réfugiée en France après avoir quitté son Afghanistan natal et avoir passé quelques années en Iran. Parlant la langue de Molière sans difficulté mais en prenant soin de choisir ses mots, elle ne réfléchit pas longtemps quand une bénévole lui demande ce qu’elle a préféré aujourd’hui. « Ce matin, le parc des dinosaures. Il y en avait plein, j’ai découvert comment ils sont morts et surtout leurs œufs qui étaient très grands. » En effet, ils étaient environ de sa taille.

« C’est une journée particulière pour les enfants, souligne encore Fabienne. Ils sont sans leurs parents et c’est aussi une journée où ils auront pratiqué tout un tas d’activités, parce que parfois quand leur famille arrive à partir quelques jours, souvent il n’y a pas l’argent pour faire grand-chose. » A ce moment, Aniya dévale la pente d’un toboggan, glisse sur le tremplin qui l’expédie dans les airs. Mais son élan s’arrête soudainement et la jeune fille retombe dans l’eau un mètre plus bas, en faisant un superbe plat. Revenue sur le bord, elle rigole : « Ça réveille ! » Elle se retourne vers un garçon qui sort lui aussi de l’eau : « Medhi, t’as vu mon plat ? » « Ton plat des ténèbres ? Ahahahah, oui ! » Les deux retournent vers les toboggans.

Qu’est-ce que c’est que des vacances ? Des rires d’enfants. Ceux d’Aniya, de Sofia, de Saadat. Des photos jaunies. Des souvenirs qui font naître de grands frissons, longtemps après.