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Incendies : la solidarité s’inscrit dans la durée

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Dans les villages sinistrés, comme ici au Porge, les équipes du Secours populaire vont à la rencontre des personnes dont les vies ont été bouleversées par les incendies. ©Stéphane Duprat / SPF
Dans les villages sinistrés, comme ici au Porge, les équipes du Secours populaire vont à la rencontre des personnes dont les vies ont été bouleversées par les incendies. ©Stéphane Duprat / SPF

Landes, Gironde, Var… Les incendies qui ont ravagé plusieurs départements français en juillet sont d’une ampleur et d’une intensité inédites, détruisant forêts, cultures, habitations, lieux de travail, quartiers entiers, occasionnant des pertes sans précédents. L’engagement solidaire du Secours populaire est à la mesure du cataclysme. Témoignages de bénévoles en Gironde.

Un article d’Isabelle Avran.

Ce lundi 3 août, les dernières personnes évacuées pour échapper aux incendies qui ont ravagé plusieurs départements français en cette fin juillet, la Gironde, les Landes ou le Var peuvent enfin retourner chez elles. Ou dans ce qu’il reste de leurs quartiers dévastés et de leurs maisons. Tandis que les pompiers continuent de tout faire pour contenir les reprises de feu dans le Var et en Gironde et ont été appelés aussi dans l’Aude, après les Pyrénées Orientales, la Corse ou la forêt de Fontainebleau, les bénévoles du Secours populaire organisent quant à eux l’indispensable solidarité avec les personnes sinistrées et rouvrent dès que c’est possible les locaux des comités et antennes qui avaient parfois dû, eux aussi, être évacués.

Une catastrophe d’une ampleur inédite

Si les chiffres attestent de l’ampleur inédite des incendies qui ont frappé la France comme d’autres pays notamment en Europe, ils ne disent rien des vies dévastées pour des familles entières. Ces chiffres confirment de tragiques records historiques. Près de 100.000 hectares brûlés, bien plus qu’en 2022 (59 000 ha) et 2003 (environ 73 000 ha), touchant aussi la faune de plein fouet. En quelque jours, 220.000 personnes évacuées. Plusieurs décès parmi les pompiers et des centaines atteints par les émanations. Mais pour nombre de familles, des pans de vie entiers sont partis en fumée. Au Porge, la ville la plus sinistrée de Gironde, plusieurs quartiers sont en cendres. Quelque 180 maisons ont disparu dans les flammes. Pour leurs habitants, ce sont bien sûr des logements, des meubles, des années de travail dont il ne reste que ruines. Mais ce sont aussi les albums photos, les posters accrochés aux murs d’une chambre, les souvenirs, et même les paysages qu’ils ne retrouveront plus. D’autres ont perdu leurs outils de travail, détruits tout ou partie, comme nombre d’agriculteurs qui ont passé des jours à tenter d’aider les pompiers, ou comme certains pêcheurs qui ont permis à des voisins de fuir les feux en bateaux, ou encore des artisans et petits commerçants…

La catastrophe est humaine, écologique, économique. Les flammes ont avalé des entreprises. D’autres ont fermé temporairement. Des dizaines de milliers de salariés n’ont pu se rendre sur leurs lieux de travail. Le tourisme est particulièrement touché. Des festivals ont dû être annulés. Parmi les plus vulnérables : les travailleurs et travailleuses précaires comme les aides ménagères et les saisonniers, du tourisme, de l’agriculture, de la viticulture, dont beaucoup ont dû quitter les régions sinistrées. Celles et ceux dont le contrat de travail avait déjà débuté devraient bénéficier de l’activité partielle. Mais pas celles et ceux qui devaient commencer à travailler plus tard. Certains vivaient dans des caravanes ou des habitations pas ou mal assurées. Les besoins s’avèrent immenses. Et pour le Secours populaire, la solidarité s’exerce à leur mesure.

Une solidarité dans l’urgence et sur le long terme

Elle s’est d’abord manifestée et continue de s’exprimer par la réponse massive à l’appel national aux dons pour les sinistrés, témoignant du vaste élan de solidarité qui traverse le pays. Elle se pratique aussi sur le terrain au plus près des besoins des personnes victimes des flammes, accueillies dans les centres d’hébergement ou de retour chez elles. Alain et Marie, tous deux habitants et bénévoles au Secours populaire du Porge, racontent cet engagement de tous les instants. Comme tous les habitants du Porge, ils ont dû évacuer la ville deux semaines plus tôt. Si leur logement a été épargné, ils ont pu voir le feu s’emparer d’un autre lotissement à une centaine de mètres de chez eux. Leur tentative de retour une première fois s’est heurtée aux fumées irrespirables. Ils ont alors pu trouver refuge plus au nord chez leur fille à Pian Médoc, avant de rentrer, de prendre contact avec la cellule de crise et le maire de leur commune et de répondre à certains besoins des pompiers et volontaires – par exemple en leur achetant des barres chocolatées. Ils ont aussi nourri les poules et autres animaux restés sur place et placé un peu partout des gamelles d’eau.

Ce lundi après-midi, la population de la ville découvre l’ampleur du cataclysme. Certains habitants, bien que traumatisés, veulent rester, quitte à loger en mobile homes. D’autres au contraire craignent que le feu reprenne. Deux quartiers restent inaccessibles du fait de la présence d’obus que le feu a révélés et sur lesquels s’activent les démineurs. Alain et Marie espèrent rouvrir, avec une dizaine d’autres bénévoles s’ils sont disponibles, les locaux de l’antenne du Secours populaire du Porge. Là, comme dans les maisons encore debout ou même sur les œufs ou sur les légumes, la suie s’infiltre partout. De certaines vieilles habitations s’échappent aussi des lambeaux de fibres d’amiante. Et la fumée continue d’envahir l’air. Il faudra prévoir les masques, vivement conseillés, pour tous ceux qui rentrent.

C’est une aide matérielle ainsi qu’un accompagnement administratif que proposent les bénévoles du Secours populaire. Mais avant tout, c’est une présence chaleureuse, un soutien moral, comme ici, à Saint-Médard-en-Jalles.©Stéphane Duprat / SPF

Parmi leurs premières initiatives : prendre des nouvelles des quelque 130 personnes déjà accompagnées par le Secours populaire, non seulement du Porge, mais aussi des sept ou huit villes voisines telles Liège ou Lacanau. Habituellement, l’antenne du Porge concentre ses efforts sur une aide alimentaire apportée chaque lundi aux familles qui en ont besoin, à des saisonniers en attente de leur première paie, et distribuée aussi à domicile le soir chez celles et ceux qui ne peuvent se déplacer, laissant au comité de Saint-Médard-en-Jalles le soin d’organiser d’autres activités, comme l’accès à des activités culturelles ou de vacances ou encore des cours de français… Cette fois, les besoins, qu’il s’agira de recenser plus précisément, s’avèrent déjà plus divers, plus importants, concernent beaucoup plus de familles. Ils s’inscrivent dans l’urgence mais aussi dans la durée car reconstruire, pas seulement matériellement mais aussi pour permettre un retour au travail ou à l’école, des projets, une perspective, cela prend beaucoup de temps. 

Le comité de Saint-Médard-en-Jalles a lui aussi repris ses activités dès que la population a pu revenir dans la commune, impulsées par Josette et Annie avec une quinzaine d’autres animateurs et animatrices bénévoles. Toute la fédération, bénévoles et salariés, est mobilisée. Permanences d’accueil et distributions s’organisent. Julien et Illyas, venus de l’Association nationale en camion pour aider à recenser les besoins et à y répondre, racontent un engagement sur de nombreux terrains. Le solidaribus de la fédération a ainsi permis de recevoir les personnes qui le souhaitaient en toute confidentialité. Pour beaucoup qui sont à l’euro près, les difficultés matérielles s’accumulent. Certains, qui ne fréquentent pas le Secours populaire habituellement, ou bien qui n’ont pas besoin d’une aide alimentaire, sont aujourd’hui dans le rouge et ont sérieusement besoin d’aide. S’organise aussi une aide juridique, par exemple pour remplir au mieux les déclarations aux assurances, ou en termes de soutien psychologique. Ce que font aussi certaines mairies, avec des élus et des fonctionnaires souvent très engagés. Mais les moyens manquent, et les CCAS sont eux aussi parfois démunis.

Le Secours populaire apporte une aide adaptée aux besoins exprimés sur le terrain, telle la fourniture en outils, afin d’accompagner le travail de déblayage et de reconstruction. ©Stéphane Duprat / SPF

Si les dons de vêtements se sont accumulés au point de dépasser les besoins et les capacités de tri et de stockage, d’autres demandes ont été formulées. Au Porge, par exemple, pourront être acheminés des barnums mais aussi des caisses à outils, de l’électroportatif, des meuleuses… et de quoi réparer plusieurs outils de travail, du matériel de déblaiement, ou encore de la lessive et des produits de nettoyage. Des fédérations, telle la Dordogne, contribuent à tout ce travail comme bases arrière logistiques. En contact avec la préfecture, les bénévoles du département ont pu aussi répondre à des demandes spécifiques, comme la prise en charge de taxi pour le retour chez elle d’une personne évacuée et sans moyen de locomotion. D’autres contacts s’organisent et apparaissent très utiles, comme avec la MSA (Mutualité Sociale Agricole, le régime de protection sociale des professionnels et des salariés du monde agricole) le secteur agricole ayant été particulièrement affecté par les incendies.

Comme l’explique Denis, secrétaire général de la fédération, il s’agit à la fois de répondre aux urgences et aux besoins qui s’inscrivent dans le temps plus long. Parmi les urgences, il a fallu malgré les difficultés répondre aux besoins immédiats des personnes qui avaient été évacuées dans les centres d’hébergement, bien au-delà de l’alimentaire qui était assuré ; il s’agit aussi de prendre des nouvelles des personnes accompagnées, des bénévoles dont certains ont aussi tout perdu, des donateurs, d’écouter, de recenser les demandes qui s’expriment mais aussi les besoins qui se font plus discrets : ceux de personnes qui vivaient en Cada (Centre d’accueil pour demandeurs d’asile), ceux de salariés saisonniers dans des serres ou les vignes…

Sur le moyen terme, à l’ordre du jour aussi pour les prochaines semaines : des collectes pour aider les familles qui auront besoin d’acquérir des fournitures scolaires, voire des ordinateurs pour les enfants, collégiens, lycéens, étudiants… car la plupart ont été brûlés. Mais aussi l’organisation de moments de répit. Une journée des oubliés des vacances qui devait avoir lieu le 23 août dans un centre aujourd’hui au milieu d’une zone sinistrée sera remplacée par une autre qui pourrait avoir lieu le 27 août. En projet : Agen, mais aussi le parc aquatique sur le bassin d’Arcachon, pour une journée à laquelle le Secours populaire inviterait largement, non seulement les personnes du département, mais aussi des habitants de Biscarosse ou d’ailleurs dans les Landes. Car la solidarité c’est aussi ça. Et c’est aussi permettre de retrouver, individuellement et tous ensemble, ce qui fait vivre l’espoir.

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