Protéger
-
Conflits
Liban : aux côtés des familles déplacées
Le 1er mars 2026, l'escalade de violence qui a embrasé les régions du Proche et du Moyen-Orient ont jeté sur les routes des centaines de milliers de personnes qui fuient leurs foyers. Au Liban, l'association locale DPNA, partenaire du Secours populaire, organise l'accueil des populations déplacées de guerre au sein de l'école d'Abra. Manar, membre de DPNA et Hasan, réfugié, témoignent.

Manar Saad, chargée de communication à DPNA
« Il y a plus de 10 000 personnes déplacées aujourd’hui dans Saïda. Elles ont toutes quitté leurs villages, leurs maisons, après avoir reçu un message d’évacuation de l’armée israélienne, les enjoignant à se déplacer au nord du fleuve Litani. Alors elles ont fui plus au Nord et sont arrivées ici, à Saïda. Certaines familles viennent de Beyrouth mais la plupart de la zone sud, près de la frontière avec Israël, comme Nabatye, Tyr, Marjayoun ou Rmeish. Saïda est aujourd’hui bondée, totalement embouteillée. Des gens vivent dans la rue ou dans leur voiture en attendant d’être orientés vers un lieu d’hébergement, d’autres sont réfugiées chez leur famille, il y a des flux de populations continuels. Les bénévoles de DPNA se portent auprès de toutes ces personnes.
24 centres d’hébergement collectif, dont 16 écoles, ont été ouverts par la municipalité avec l’aide des associations pour accueillir les réfugiés. Les bénévoles de DPNA sont actifs particulièrement dans l’école d’Abra. 500 personnes y vivent. Il y a quelques heures nous n’étions encore que 350. Les personnes arrivent en masse, d’autant plus que ce matin, il y a eu un nouvel ordre d’évacuation pour d’autres villages. Les familles ont roulé 10 heures, parfois 16 heures pour arriver jusque-là : quand nous les accueillons, elles sont épuisées. Elles arrivent sans rien, même pas leurs papiers d’identité, car elles ont dû fuir en quelques minutes.
En tout, ce sont une quarantaine de bénévoles de DPNA qui sont mobilisés pour l’accueil de ces familles déplacées. Une vingtaine est présente sur place, dans l’école, pour accompagner les familles. Ils se chargent de recenser les familles, les répartir dans l’école, aménager les lieux pour les accueillir dignement et recenser leurs besoins : nous voulons leur offrir l’aide la plus adaptée possible : des couches et du lait pour un bébé qui vient d’arriver, de l’eau chaude pour une maman qui a froid… Une autre vingtaine de bénévoles se charge de coordonner l’aide et les commandes de matériel.
Nous fournissons à ces familles de l’eau potable, des couvertures, de la nourriture, des produits d’hygiène et des articles pour les bébés. Mais nos besoins demeurent importants : il nous faut plus de matelas, des oreillers, plus de couvertures car il fait froid la nuit et que les gens sont toujours plus nombreux, des produits d’hygiène adaptés aux bébés, aux enfants, aux femmes, aux personnes âgées… Nous avons un grand besoin en carburant, afin d’alimenter les générateurs électriques et équiper les chambres en lumière.
Nous offrons aussi aux familles une écoute : c’est très important, car elles ont besoin de parler, de mettre des mots sur ce qu’elles traversent.
Nous avons aménagé les salles de classes en chambres collectives, chacune peut accueillir une vingtaine de personnes, c’est-à-dire environ cinq familles. C’est le mois du Ramadan, aussi leur offrons-nous le Suhoor [repas pris à l’aube par les musulmans pendant le jeûne] et le Iftar [repas pris le soir], c’est-à-dire deux repas chaud par jour pour chaque personne. Dans quelques jours, nous allons donner aux familles des matelas. Nous offrons aussi aux familles une écoute : c’est très important, car elles ont besoin de parler, de mettre des mots sur ce qu’elles traversent.
Les personnes que nous accueillons sont partagées entre la colère, la peur et l’angoisse. Ils ont tout quitté et ils ne savent pas combien de temps cela va durer, si elles vont pouvoir rentrer chez elles, devoir rester à Saïda ou partir encore, continuer vers le Nord, vers le Mont-Liban. Nous avons essuyé des frappes hier à Saïda, elles sont tombées près du siège de DPNA. Nos équipes aussi vivent un grand stress. Mais notre mission, c’est de soutenir ces familles et tenter de leur redonner de l’espoir. »

Hasan Jihad Al-Thlayji, réfugié au sein de l’école d’Abra à Saïda
« Avant-hier, comme toutes les autres personnes de mon village Al-Majadel [dans le Sud-Liban, près de la ville de Tyr], nous avons été déplacés. Nous avons reçu l’ordre d’évacuer le village et nous sommes tous partis ; personne n’est resté. Ma femme et moi sommes venus avec la famille de mon oncle ; nous avons pris ma voiture et nous sommes retrouvés sur la route avec toutes les autres familles qui fuyaient.
J’ai passé plus de dix heures sur la route. C’était très chaotique : partout, il y avait des cris, des embouteillages… Ils ont déplacé tout le monde.
J’ai passé plus de dix heures sur la route. C’était très chaotique : partout, il y avait des cris, des embouteillages… Ils ont vraiment déplacé tout le monde. Vers 3 heures du matin, nous avons atteint la ville de Saïda nous sommes rendus dans l’école d’Abra. Bien sûr, après avoir passé 10 heures sur la route, nous étions épuisés. Tout le monde était épuisé. Il y avait des disputes, des personnes qui s’évanouissaient, des personnes qui vomissaient… C’était une situation vraiment dramatique. C’est incroyable, cette impression que cette guerre est venue pour nous briser tous.
Les bénévoles de DPNA nous ont accueillis avec beaucoup de respect et de gentillesse. Ils répondent à tous les besoins de base, par exemple des couvertures et d’autres nécessités. Nous attendons les matelas, qui vont bientôt arriver. Nous avons hâte car les nuits sont très froides. Et pour la nourriture, comme vous le savez, nous jeûnons [en raison du Ramadan] et les repas chauds arrivent à l’heure, au moment de la prière. Que Dieu les aide ; ils font tout ce qu’ils peuvent.
Je me sens mal. Ma douleur est la douleur de tous les autres : la douleur de mon frère, de ma sœur, de mon ami, de mon beau-frère. La même douleur que cet homme de 70 ans, que j’ai vu à l’étage en train de pleurer… C’est notre vie maintenant. Que pouvons-nous faire ? »
Témoignages recueillis le mercredi 4 mars 2026




