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Salvador : une coopérative, un futur

Mis à jour le par Olivier Vilain
© Marvin V. Giron Recinos_05
(De gauche à droite) Kasandra Abigail Portillo Alvarado, 28 ans, Karla Gudelia Ramírez, 42 ans, Elsy Yanet Valencia Lozano, 39 ans, et María Fernanda Valladares, 28 ans, productrices de fruits et d'œufs, présentent des produits déshydratés qu'elles ont elles-mêmes préparés et conditionnés à La Shila, Comasagua, au Salvador, le mardi 24 février 2026 © Marvin V. Giron Recinos / SPF

Salvador. Ces trois dernières années, la coopérative Canasta Campesina s’est beaucoup renforcée, avec l’aide continue du Secours populaire. Reliant des paysans avec des consommateurs de la capitale El Salvador, cette coopérative est devenue un outil de transformation des conditions de vie des habitants de la commune rurale de Comasagua, comme l’attestent sa présidente Kasandra Alvarado, ainsi que le reportage du photographe local Marvin Recinos.

La coopérative agricole Canasta Campesina (le panier paysan) a atteint son objectif principal depuis plusieurs années : assurer l’autonomie alimentaire des villageois vivant sur la commune enclavée de Comasagua, perdue dans une zone montagneuse couverte de forêt tropicale, à 80 km de la capitale El Salvador. La coopérative a beaucoup renforcé la communauté villageoise, avec la mise en place des jardins maraîchers et la constitution de petits cheptels, grâce au soutien sans faille apporté par le Secours populaire à la Canasta Campesina depuis sa fondation en 2012. Avant, les récoltes étaient aléatoires, les enfants avaient faim et leurs parents avaient toujours connu le dénuement le plus extrême.

Un appui technique, un apport plus large

« Désormais, 187 familles travaillent au sein de la coopérative. Parmi elles, 40 familles détiennent des parcelles de terre équipées de serres et d’un système d’irrigation leur permettant une production agricole toute l’année », explique Jean-Michel Fouillade, responsable des projets internationaux du Secours populaire au Salvador. Sans ces équipements apportés par la coopérative, le volume des cultures est très restreint dans la région durant la saison sèche qui dure la moitié de l’année, de novembre à avril. Cette transformation passe aussi par l’organisation d’un collectif de travail et par une formation constante de la communauté de travailleurs agricoles à la production biologique.

Waly del Carmen Flores, 52 ans, maraîchère, dans sa serre du hameau de La Dalia, à Comasagua, le 26 février. Elle est membre de la « Canasta Campesina », une coopérative qui promeut l’agriculture biologique et renforce l’économie rurale ©Marvin V. Giron Recinos / SPF

« Avec la coopérative, j’ai pu choisir la vie que je voulais mener et devenir indépendante. » Interrogée sur l’importance du travail de la coopérative au sein de sa communauté paysanne, la réponse de Kasandra fuse. Cette jeune villageoise préside depuis six ans la Canasta Campesina. « Au début, rejoindre la coopérative a été difficile : mon père pensait que c’était une perte de temps », confie-t-elle lors d’un passage en France pour rencontrer les fédérations du Secours populaire qui participent au soutien de la coopérative à Comasagua. Engagée dans les programmes menés par la Canasta Campesina, cette paysanne déterminée de 28 ans ne dépend plus de ses parents pour assurer son quotidien. C’est même elle qui contribue aux besoins de la famille. « Aujourd’hui, je suis indépendante sur le plan économique et avec le travail de la terre, au sein de la coopérative, j’offre une meilleure qualité de vie à mon enfant. »

Une expérience transformatrice

« Intégrer la Canasta est une expérience qui m’a profondément transformée : auparavant, je ne prenais pas la parole en public. Aujourd’hui, je peux parler pendant des heures », reconnaît-elle avec des yeux rieurs. Travailler au sein de la coopérative, contribuer à ses débats, aux décisions et appliquer le programme de production écologique conçu pour rendre la communauté paysanne autosuffisante lui a donné confiance en elle. Une confiance qui, comme elle le confie, lui a permis de prendre du recul face à la violence domestique que lui infligeait son ancien compagnon : « J’ai pu prendre la meilleure décision qui soit pour ma santé et celle de mon enfant » : le quitter, partir, vivre dans sa propre maison. Des mots qu’elle ne prononce pas, peut-être à cause de l’émotion qui s’empare encore d’elle quand cette jeune mère de famille aborde cette partie de sa vie.  

25 février : Iván Anderson López, 27 ans, producteur maraîcher et membre de la « Canasta Campesina », range des oranges qui viennent d’être récoltées dans un véhicule. Il va les livrer à la capitale El Salvador ©Marvin V. Giron Recinos / SPF

Cette femme se sent soutenue par la communauté constituée par la Canasta Campesina. Une énergie et une bienveillance qui continuent de lui donner « de la force et du courage ». Après sa séparation, Kasandra a suivi le programme pour devenir formatrice aux inégalités de genres et pour dispenser des cours d’alphabétisation à destination des femmes. « Je me dois de soutenir d’autres femmes. » Elle leur partage son expérience et mène un travail de prévention auprès des enfants et des jeunes. « C’est ma dette », envers la coopérative, dit-elle.

2800 femmes et enfants concernés

La situation de la Canasta Campesina a beaucoup évolué en une quinzaine d’années. Aujourd’hui, en plus de nourrir les familles paysannes, une partie de la production agricole est commercialisée. Après des années de développement du réseau de distribution, ces ventes couvrent désormais les coûts de production et même ceux de la commercialisation. Les coûts sont toutefois plus élevés que pour une coopérative dont l’objet serait purement commercial : 60 % des dépenses de la coopérative sont consacrées à l’amortissement des équipements agricoles et à des actions sociales destinées à consolider les communautés villageoises. Ces dernières consistent notamment à sensibiliser à l’écologie 2 800 femmes et enfants ou à favoriser leur accès aux droits.

Ana Elizabeth Andrade, 52 ans, pose dans son potager sous serre. Village de Los Cortez, à Comasagua, le mardi 24 février 2026 ©Marvin V. Giron Recinos / SPF

Le renouvellement des équipements est assez rapide en raison notamment du dérèglement climatique. En janvier et février dernier, des vents exceptionnels ont frappé la ferme de Kasandra, détruisant des structures métalliques. Au total, la tornade a détruit partiellement 13 serres, entraînant une perte de production, mais surtout 21 000 dollars de dégâts. Une serre neuve coûte environ 24 000 dollars dans un pays où les paysans gagnent entre 200 et 400 dollars par an. « Il est important de continuer à faire grandir et à diversifier les activités de la coopérative », juge Kasandra. « Tout le travail individuel que nous effectuons vient renforcer le collectif. »

Les dernières réalisations

Ces trois dernières années, la coopérative a mené de nombreux chantiers, confortant l’économie villageoise, diversifiant ses activités, augmentant ses savoirs-faire et ses programmes de formations.
Karla Gudelia Ramírez, 42 ans, et Elsy Yanet Valencia Lozano, 39 ans, placent des fruits dans un déshydrateur solaire à La Shila, Comasagua, le mardi 24 février 2026. La déshydratation permet de conserver les fruits et donc d’élargir le rayon de la commercialisation ©Marvin V. Giron Recinos / SPF
Le 27 février, des ouvriers construisent un nouveau restaurant à Comasagua. Dès le mois de mai, il pourra accueillir 150 personnes afin de diversifier les sources de revenus des villages ©Marvin V. Giron Recinos / SPF
Maria Fernanda Valladares, maraîchère de 28 ans, prépare les paniers paysans à El Conacaste, Comasagua, le 25 février. Oignons verts, laitue, radis et œufs seront vendus à travers le pays ©Marvin V. Giron Recinos / SPF