Don’actions : « La solidarité à l’échelle d’une commune, c’est l’âme d’une ville »
Sous un ciel bas percé par les premiers rayons du soleil, Geneviève, Houria et Mohand, bénévoles aguerris du comité de Pantin, installent ce samedi 28 février leur stand Don’actions sur le marché municipal. Rires, complicité et bonne humeur rythment déjà la préparation matinale de leur étal situé au cœur de ce marché forain de plein air, qui se tient place de l’Église tous les samedis de 9 à 13 h 30.
Reportage de Laurent Lefèvre
« C’est un petit stand, mais on est content d’être là », glisse Houria, la cheffe d’orchestre de l’équipe restauration collecte. Dans sa chasuble bleue rehaussée d’un pin’s rose de Pac-Man, elle s’active pour caser sur l’étal exigu les gâteaux maison confectionnés par les bénévoles, la balance pour la pesée du panier garni constitué de dons des détaillants du marché, le thermos de café et le le matériel du Don’actions : un vrai jeu de Tetris en version 3 D. Prêté à titre gracieux par la ville, ce stand modeste jouxte celui du primeur solidaire. « Agriculture bio, raisonnée et solidaire à côté du Secours populaire, c’est raccord », relève le vendeur de fruits et légumes, « Abdel, le primeur solidaire de Pantin », qui attend les premiers chalands.
Des commerçants solidaires
« Venez peser le panier garni ! », lance Geneviève à l’attention d’une poignée d’exposants du marché, qui se prêtent au jeu, en contrepartie d’un ticket Don’actions de deux euros, de l’estimation du poids du panier garni. Parmi eux, Redouane, le fromager, est un habitué du Don’actions. « On peut avoir un indice ou utiliser la balance ? plaisante Yohann, le charcutier. Je viens de peser mes échines : c’est plus lourd que le panier », tranche l’homme, qui connaît le Secours mais participe pour la première fois au Don’actions.
« Tu as mis combien ? », l’interroge Jordan, le primeur, accompagné de Sabri, qui l’aide sur son stand de fruits et légumes bio. « Six kilos : cela se voit qu’il ne va pas à la salle ! », se moque Jordan, « l’artiste du marché » qui assure l’ambiance. « Merci beaucoup les gars ! Envoyez du monde : il y a du rire au Secours populaire », s’exclame Geneviève, alors que Jordan, surnommé par tous « Jordy », rejoint son stand en courant pour servir une cliente qui patiente : « Madame, je suis là : j’étais en train de jouer ! »
Des renforts bienvenus et des surprises
L’achat d’un ticket Don’actions donne droit à trois tirages : « Celui du comité le 8 mars, organisé en parallèle à un loto traditionnel, celui de la fédération de Seine Saint-Denis le 25 mars et celui du national, le 27 mars, dernier jour de la campagne de collecte nationale du Don’actions », précise Geneviève, bénévole à la fédération et au comité de Pantin depuis 1995, dont elle supervise les événements. Chaque ticket permet de peser le panier garni qui est attribué à la fin du marché à la personne qui a trouvé son poids.
Comme Gaëtan, jeune retraité de la RATP engagé dans le comité depuis novembre 2025 qui a acheminé le matériel sur le marché, la plupart de bénévoles de Pantin sont mobilisés ce matin pour assurer une distribution alimentaire.

Vers 9 heures, deux Pantinoises de 15 et 17 ans apportent leur gâteau et participent à la distribution de flyers. Un peu plus tard, Samira et Mina rejoignent l’équipe qui finit de s’installer. « J’ai apporté des gâteaux », lance Samira, bénévole depuis quinze ans au comité. Malgré un vent frais qui refroidit l’atmosphère, l’ambiance est au beau fixe sur le stand où l’on chante pour se réchauffer : « Je veux du soleil, je veux du soleil dans ma maison ! »
« Vous avez besoin d’aide en septembre », interroge, sans descendre de son vélo, Jean-Luc, un ancien commerçant du marché, venu prendre un café et discuté sur le stand. D’autres bénévoles, Maryline, « une habituée du Don’actions », Carole de Pantin solidaire, une association partenaire du comité, passent à l’improviste et prennent un ticket Don’actions. Vers 11 h 30, une petite dizaine de comédiens du théâtre des Loges de Pantin, qui arpentent le marché pour alerter sur les menaces de destruction qui pèsent sur leur lieu, s’arrêtent sur le stand pour la pause-café : une entrée remarquée en habit et chapeau haut de forme.
Un stand alléchant
Les muffins au chocolat, au citron, les crêpes et les flans faits maison de Samira éveillent des idées gourmandes, comme chez ces deux jeunes touristes japonaises déambulant sur le marché, qui goûtent pour la première fois un flan : « C’est délicieux : merci ! »
« Au départ, j’ai été attiré par les pâtisseries et le café. Comme l’accueil est chaleureux, on m’a proposé de participer [au jeu du panier garni] et j’aime beaucoup jouer. De fil en aiguille, je repars avec un gâteau au chocolat, un café et de la bonne humeur : cela fait toujours du bien les échanges conviviaux », confie Rémi, Pantinois de longue date, qui découvre le Don’actions et le comité.
« C’est moins lourd que ma fille [de 10 mois] : on doit être à sept kilos 354, commente Daphnée en pesant le panier garni après avoir acheté un ticket Don’actions. Cela contribue au tissu social de la ville. C’est sympa de [pouvoir gagner des lots], mais, honnêtement, je n’irai pas aux tirages. Je connais un peu le Secours et si on peut faire un petit geste, contribuer, on le fait ! »
« Le marché, un lieu stratégique »
« La solidarité à l’échelle d’une commune, c’est l’âme d’une ville, renchérit Zora, une Pantinoise qui a pris un ticket et une part de flan pour son fils. Je soutiens le Secours depuis des années : quand une ville est solidaire, cela crée des relations interpersonnelles formidables. »
En ce samedi de vacances et de ramadan, le marché affiche une fréquentation plus calme. Néanmoins, la vingtaine de commerçants présents, des habitués, et les clients moins nombreux qu’à l’ordinaire se sont montrés généreux. « Le principal, c’est que l’on nous voit et notre stand a attiré du monde, souligne Geneviève. Le marché est vraiment un lieu stratégique d’autant qu’avec les élections municipales, tous les groupes politiques se sont arrêtés sur notre stand. Des initiatives comme le Don’actions permettent de nous faire connaître, notamment auprès de futures bénévoles. Plus nous sommes nombreux, plus nous pouvons mener d’actions. Et en multipliant les projets, le comité se renforce : c’est cette dynamique qu’il faut entretenir. »