En Bretagne, les cours de français c'est du sur mesure !

 

Depuis septembre dernier, tous les dimanches matins, Hélène et Christine accueillent des travailleurs roumains pour leur apprendre le français. Motivés, ils viennent en famille au comité de Châteauneuf-du-Faou.

 

 

Tous les dimanches matins, grâce au SPF une dizaine de travailleurs roumains apprennent le français
Jean-Marie Rayapen

Tout a commencé il y a un peu plus d’un an maintenant. Ce jour-là Christine, la responsable du comité de Châteauneuf-du-Faou, au cœur du Finistère fait l’accueil. Elle reçoit une jeune femme roumaine en grande difficulté. Ne pas avoir compris les documents qu’elle avait reçu avait aggravé sa situation. Comme elle, de nombreux roumains venus travailler dans les abattoirs ne parlent pas français. Très vite, l’ensemble des bénévoles prend conscience de ce problème et comprend que rien ne leur est proposé. Seuls des cours de français pour des retraités anglais sont dispensés à plus de 20 kilomètres. Christine cherche alors des bénévoles prêts à s’investir pour cette cause ainsi que des locaux. En trois semaines des bénévoles répondent et la mairie met des salles de classes à la disposition du SPF fin septembre, les premiers cours ouvrent le mercredi soir. Mais très vite, les « élèves » décrochent. Trop difficile de venir en fin de journée pour apprendre le français. Car, lorsque l’on travaille aux abattoirs on se lève à trois heures du matin, alors le soir à 18 heures c’est difficile de se concentrer sur les subtilités de la langue française. Seule solution, proposer des cours le dimanche, jour de repos pour ces travailleurs. À la surprise des bénévoles, tous les participants ont accepté.

«Ils sont vraiment motivés »

« C’est incroyable de voir leur motivation. Depuis un an, tous les travailleurs ont fait des progrès énormes. Ils sont vraiment motivés. Après des semaines de presque 45 heures dans des conditions extrêmes, ils se rendent disponibles. » explique Christine. Aujourd’hui Mickaëla est un peu en retard car elle vient de faire ses courses pour la semaine. Arrivée en France depuis 3 ans, elle travaille chez Guyader-Gastronomie, une entreprise spécialisée dans la transformation du poisson. Son mari, lui travaille chez Socopa, dans un abattoir. Apprendre le français leur est nécessaire. « Quand on travaille chez Guyader-Gastronomie on fait fumer le saumon dans des locaux où il fait 4 degrés. C’est pourquoi je viens souvent chercher des vêtements chauds et des gants pour me protéger les mains. » raconte-t-elle. Surtout que connaître quelques bases de la langue française est demandé par les employeurs de ce secteur. Il est vrai que la maîtrise des consignes de sécurité est essentielle. Alors pour elle, et la dizaine d’inscrits au cours, se lever le dimanche matin ne pose aucun problème. Georges est venu avec sa femme Ludmila et Natalia leur petite fille de 10 mois. Installée dans sa poussette elle joue pendant que ses parents répondent aux questions d’Hélène sur la conjugaison du verbe « avoir ». Hélène, bénévole et professeur de français essaie à chaque fois de rendre le cours ludique et pratique. Par exemple, Violetta raconte qu’elle a fait un gâteau roumain pour la fête de l’école de sa fille. Alors qu’elle explique que tous les enfants ont aimé son gâteau, Hélène l’interrompt pour qu’elle donne sa recette en français. Bien que butant sur certains mots, elle parvient à faire la liste de tous les ingrédients et à décrire toutes les étapes de la recette.

Revoir ce qui n’a pas été compris dans la semaine

Reprendre des situations de la vie quotidienne fait partie de la pédagogie mise en place par les bénévoles. A cela s’ajoutent des cours de grammaire et de conjugaison classiques. Ovidiou, le mari de Violetta, est très content de pouvoir améliorer son Français, lui qui réfléchit à rester en France. « Mes deux enfants parlent mieux le français que le roumain et préfèrent la mer de Bretagne » dit-il en rigolant. Et même si toute la famille retourne en Roumanie pour les vacances, elle profite de son temps libre pour découvrir la France. La semaine dernière c’était balade à Douarnenez et dégustation de glaces. Dans une autre salle de classe, ce sont deux jeunes lycéennes, Audrey et sa meilleure amie, qui assurent les cours pour les enfants. Pour Rébecca et Andréa, scolarisées à Châteauneuf-du-Faou, et respectivement en CP et CM1, le dimanche est consacré aux révisions. Ce soutien scolaire permet de revoir ce qui n’a pas été compris dans la semaine ou d’approfondir certaines notions. Pour elles, ce qui les motive est simple : « Nous voulions nous rendre utile, alors nous avons proposé nos services au SPF. Christine nous a demandé si nous étions prêtes à aider des enfants non-francophones à faire leurs devoirs et à nous lever un peu tôt le dimanche. Nous n’avons pas hésité. » Alors que l’année scolaire s’achève, aussi bien pour les enfants que pour les parents, le bilan de cette première année est largement positif. Tous ont le sentiment d’avoir progressé et de mieux s’exprimer. Quelques conseils sont donnés par Hélène pour que l’été n’efface pas tout «Il faut regarder la télé en français et profiter au mieux des acquis de vos enfants. Et si vos enfants vous reprennent ce n’est pas grave. Ils font ça pour vous aider. »

 

 

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