Atelier cuisine : les recettes d'un bonheur simple

« Quand je viens ici, c’est comme si je me retrouvais en famille, ça me fait du bien, ça me change les idées », indique Amina, qui élève seule sa fille de 8 ans depuis son divorce. « Je suis tombée malade après la perte de mes parents, il faut que je sorte, que je vois du monde. » Elle est assise autour d’une grande table dressée dans la grande salle du centre social de la Caisse d’allocations familiales de la cité Pierre Faur, un quartier populaire de Foix (Ariège).

L'atelier cuisine de Foix (Ariège) fonctionne depuis plus de dix ans, diffusant des recettes équilibrées à petits prix.
Yoann Léguistin

Elle est entourée de Maria, Dolly, Alain, Audrey… Une quinzaine de convives déguste un Mafé, un plat typique du Sénégal, dont la recette a été amenée par Mariana. Avant le réconfort, il y a eu l’effort : arrivée à 9 heures du matin, toute l’équipe s’est mise à éplucher, émincer, tailler, chauffer, revenir les ingrédients, sous l’œil avisé de Mariana. Dans l’Ariège, le Secours populaire anime cet atelier cuisine depuis plus de dix ans. « Chaque mois, nous découvrons la recette d’une des participantes », remarque Aurélie Laffont, salariée du Secours populaire et responsable de cet atelier.

Un lieu de rencontres, depuis dix ans

« Nous avions besoin d’un outil pour permettre aux personnes aidées de cuisiner les denrées que nous leur fournissons au libre-service, dans un but pratique et santé à la fois. Cette réunion mensuelle répond aussi à un objectif de convivialité qui nous est souvent exprimé », détaille Aurélie Laffont. D’un point de vue technique, les participants apprennent à réaliser des repas équilibrés pour un petit budget. Une initiative soutenue par la Caisse d’allocations familiales (CAF) et l’Agence régionale de santé.

Collé aux pieds des Pyrénées, l’Ariège est un département très rural. « Nous constatons une augmentation de 25 % des demandes d’aides auprès du Secours populaire. En particulier de la part des retraités et des jeunes femmes qui élèvent seules leurs enfants », explique Bruno Mata, son secrétaire général dans l’Ariège.

Les participants, surtout des femmes, ont créé des liens lors de la réalisation des recettes, dans une ambiance conviviale et bienvaillante.

Les participants, surtout des femmes, ont créé des liens lors de la réalisation des recettes, dans une ambiance conviviale et bienvaillante.

Ce sont plutôt des femmes qui viennent, souvent d’origine étrangère et en général peu diplômées – Kadi, une jeune femme vive, coquette et venue de Côte-d’Ivoire ne sait ni lire ni écrire faute d’avoir été scolarisée alors qu’Amaria était au contraire professeur d’arabe en Algérie. Pour plusieurs, l’accès à l’emploi est compliqué par un problème de santé – psychique pour certaines, de diabète pour d’autres, etc. – ou parce qu’elles s’occupent d’un enfant porteur de handicap ou parce qu’il est très difficile d’élever seule des enfants tout en travaillant, comme femme de ménage par exemple, compte tenu de l’état du marché de l’emploi et des limites des structures publiques de garde.

Une bouffée d'oxygène bienvenue

Leur quotidien n’est pas facile. Hafou, née à Mayotte, a des journées bien remplies : elle élève ses trois enfants en étant aide à domicile et doit investir beaucoup d’énergie pour secouer son bailleur social qui laisse sa famille dans un logement mal chauffé, mal isolé. « Avec le froid et l’humidité, les moisissures se développent alors qu’un de mes enfants est asthmatique, nous sommes emmitouflés dans des plaids. Je n’arrête pas d’appeler pour que ça change. » Alors l’atelier cuisine, c’est comme une bouffée d’oxygène. « Ici, on ne pense plus à nos problèmes. » Elle s’y est fait des amies. « On fait des sorties, des promenades en montagnes avec l’équipe de l’atelier. Sinon, on se revoit entre voisines, on s’invite, alors qu’avant on se croisait dans le quartier sans se parler », explique Hafou, tout sourire. Les liens sociaux sont également bons pour la santé.

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