40 ans de solidarité avec le Chili

Dès le coup d'Etat du 11 septembre 1973, le Secours populaire a tissé des liens de fraternité indéfectibles avec le peuple chilien.

L'Anjou appareille du Havre, le 18 décembre 1975, pour Valparaiso.

« Des milliers de personnes arrêtées, déportées, fusillées ; une terreur horrible et bestiale qui bafoue, dans un bain de sang, les lois les plus élémentaires de l’humanité », écrivait La Défense, mensuel du Secours populaire, en octobre 1973. Le 11 septembre, la junte dirigée par le général Pinochet, avait pris le pouvoir, sur le cadavre du président Salvador Allende, mort armes à la main. La répression s’abattait alors sur tout ce que le pays comptait d’intelligence et d’esprit de libération sociale et humaine.

Aussitôt, le Secours populaire se mobilisait, afin que « s’expriment la solidarité morale et matérielle, vite et avec force », envers tous les démocrates et émigrés politiques chiliens. Appel aux donateurs, collectes dans les usines, dans la rue, les universités se multiplient, marquant l’attachement des ouvriers, intellectuels ou étudiants de France à la démocratie et aux valeurs d’entraide et de respect de la vie. Si le produit des collectes est surtout destiné aux victimes politiques du Chili et leurs familles, il est également employé à secourir les exilés politiques en France : logement, aide vestimentaire et financière, accompagnement dans la recherche d’un emploi, en relation avec d’autres associations.

De là, naît l’idée d’armer « un bateau pour le Noël des enfants du Chili ». L’Anjou appareille du Havre, le 18 décembre 1975. Il fait escale dans 17 pays o`u il recueille des dons, avec l’aide du comité extérieur de la Centrale unique des travailleurs chiliens (CUTC). Le bâtiment mouille à Valparaiso le 27 janvier 1976, chargé de 800 m3 de denrées pour des enfants dont 70 % sont sous-alimentés ; la cargaison, fournie pour moitié par le SPF, est distribuée par Caritas Chili. Ont été privilégiés les vivres -lait en poudre, légumes secs, pâtes, conserves-, plus les vêtements et le matériel scolaire. Le soutien, tant moral -le SPF dénonce les crimes de la dictature- que matériel se poursuit. En 1977, à l’initiative du SPF, des artistes (1), sous le parrainage de l’acteur Michel Piccoli, produisirent un disque, sans but lucratif, Chant pour les enfants du Chili. Chaque vente représente huit repas de cantine populaire. L’opération financera plus d’un million de repas pour les écoliers. A cette date, le SPF a déjà fait parvenir aux familles de victimes, en produits alimentaires et marchandises diverses, une aide d’une valeur de six millions de francs, équivalant aujourd’hui à 4,5 millions d’euros en pouvoir d’achat. La solidarité s’étendra bien au-del`a dans les comités du SPF avec des soirées de gala, des spectacles dans les collèges et lycées, la vente de produits artisanaux du Chili, comme les « arpilleras », tapisseries tissées par les femmes des cantines populaires ou les colliers fabriqués par les prisonniers et acheminés avec l’aide du clergé local.

Afin que la souvenir de la tragédie vécue par le peuple chilien ne s’efface pas, le SPF fera don, en novembre 2011, au Musée de la mémoire et des droits de l’Homme de Santiago, de ses archives relatives `a son activité durant la dictature d’Augusto Pinochet, sous forme d’originaux et de reproductions conservés dans son centre de documentation (2).

(1) Georges Brassens, Julien Clerc, Jean Ferrat, Juliette Gréco, Maxime Le Forestier, Colette Magny, Yves Montand, Mouloudji, Georges Moustaki, Serge Reggiani, Francesca Soleville, Anne Sylvestre
(2) http://www.museodelamemoria.cl

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