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Sri-Lanka: reconstruire et aider les enfants après le cyclone Ditwah

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Fin novembre, le Cyclone Ditwah frappait le Sri Lanka provoquant de terribles inondations. Le bilan humain et matériel est très lourd, de nombreuses infrastructures et habitations détruites, plus de 150 morts et 800 0000 déplacés. Immédiatement, le Secours populaire s’est mobilisé auprès de son partenaire local Sarvodaya et a dépêché une mission sur place mi-janvier. Reportage.

« A l’aide, sauvez-nous ! » : dans la petite ville de Gampola, noyée sous les eaux, montent les cris de détresse des habitants. La nuit est tombée, en ce 27 novembre 2025. Depuis quatre jours, le cyclone Ditwah déverse des pluies diluviennes sur le Sri Lanka. Gampola, dans le centre de l’île, au bord de la rivière Mahaweli, est brutalement submergée. « Nous n’avions plus d’éclairage, les communications étaient coupées. Nous n’avons pas tout de suite compris l’ampleur du désastre. Nous ne pouvions pas l’imaginer », raconte le « vénérable » Handungamuwe Punya Sava Thero, un moine qui dirige le temple bouddhiste de la ville. « Dans un village proche, 41 personnes sont mortes. J’ai vu les habitants sortir les corps de la boue, à mains nues. »Le district de Kandy, à trois heures de route de la capitale économique, Colombo, a été durement touché. Il compte environ un tiers des 638 morts et 175 disparus recensés dans cette petite île de l’océan Indien. Le cyclone a frappé la totalité du pays, affectant 2,3 millions de personnes, soit environ un habitant sur dix. Au milieu du chaos, la solidarité s’est vite organisée autour des temples bouddhistes, des églises, des mosquées, transformés en centres d’accueil. « Des milliers de personnes avaient abandonné leurs maisons sans rien pouvoir emporter », raconte Kheety Mahagedara, le responsable de Sarvodaya à Kandy. Cette association nationale, crée il y a 60 ans et présente dans 15 000 villages, a mobilisé ses 200 bénévoles de Kandy pour distribuer bouteilles d’eau, nourriture, produits d’hygiène aux milliers de déplacés. Sarvodaya est le partenaire du Secours populaire, dont une mission* a visité l’île à la mi-janvier.

« A chaque pluie maintenant, les gens ont un frisson de peur »

Deux mois après le passage de Ditwah, l’activité a repris. Tuk-tuks, camions, cars bariolés circulent dans les rues animées, aux échoppes remplies. Mais le traumatisme reste profond. « A chaque pluie maintenant, les gens ont un frisson de peur », raconte Adrian Rogers, un bénévole de Sarvodaya. Les dégâts restent partout visibles : maisons abandonnées au bord de la rivière, où l’eau en se retirant a laissé des monceaux de branchages, flancs de montagne à la terre ocre effondrés, amas de pierres au bord des routes.À Patthitalawa, dans des monts à la végétation luxuriante, un glissement de terrain a emporté trois maisons, tuant deux personnes, avant de venir dévaster un bâtiment scolaire, désormais vide et silencieux. Le tableau noir est encore maculé de boue. Le bâtiment devra être reconstruit, plus en hauteur sur la pente où s’étagent les plantations de thé. « Permettre aux enfants de retourner à l’école, c’est une priorité », raconte M. Mahagedara. Au total, 140 établissements scolaires ont été touchés dans le district de Kandy. Sarvodaya a commencé à distribuer des kits scolaires (sacs à dos, cahiers, crayons, chaussures, etc.) à 200 enfants, un des volets d’un programme financé par le Secours populaire. Nombre d’enfants ont été traumatisés.

Certains ont vu un proche périr. Tharani, une fillette de 12 ans, a perdu son père, un paysan, son frère et sa sœur ensevelis par un glissement de terrain. Sa mère est toujours à l’hôpital, grièvement blessée aux membres quand des voisins l’ont extraite d’une gangue de boue et de branches. Tharani fait partie d’un groupe de 20 enfants ayant perdu un parent qui vont recevoir une aide alimentaire pendant trois mois : riz, lait, soupe, conserves, savon.

Chargement de kits scolaires financés par le Secours populaire français au siège de l’association Sarvodaya le 15 janvier 2026.© Alain Bommenel

200 puits vont être remis en état

Certaines écoles maternelles n’ont pas encore pu reprendre leurs activités. Au Sri Lanka, elle sont privées et les parents paient les enseignants. « Toutes nos fournitures ont été détruites », raconte Faywin, une des cinq enseignantes de la maternelle « Happy Kids » de Gampola. « Et nous n’avons plus de salaires. » Dans la cour s’entassent tables, chaises, jouets endommagés par les eaux.La relance de l’activité passe aussi par les artisans et petits commerçants, qui ont perdu machines et stocks. Comme Hansika Umandi, une jeune femme de 30 ans qui fait vivre neuf personnes avec sa pâtisserie « Cake away ». Sarvodaya lui a remis deux machines à gâteaux pour repartir.

Une enseignante d’une école maternelle montre un lavabo dont la canalisation a été emportée par les inondations.© Alain Bommenel

À l’écart des centres urbains, une autre priorité se dégage. Des centaines de puits, seules sources d’eau potable, ont été inondés et contaminés, comme dans le canton reculé de Minipe. Il faut les vider, les nettoyer, désinfecter. Sarvodaya prévoit de remettre 200 de ces puits en état dans les prochaines semaines. Des travaux considérables et onéreux, dans ce pays où le salaire mensuel moyen est de 55 000 roupies (environ 170 euros). Quasiment aucune aide internationale n’est arrivée dans ces zones rurales reculées, ou le Secours populaire était la première organisation à se rendre. Dans cette région, l’école du village d’Udawela a elle aussi été inondée. Son directeur, Nayana Kumara Dissamayake, un petit homme énergique, chemise blanche impeccable, a entrepris de planter 2 000 arbres entre son école et la rivière Mahaweli, désormais paisible, qui coule en contrebas. Les parents aident à réparer les dégâts. « L’école est le cœur de notre communauté, explique-t-il. Nous n’allons pas la déplacer, nous allons la protéger. »

* La mission, composée d’Alain Bommenel (Bureau national) et Sébastien Thollot (Secrétariat national) visait à assister Sarvodaya pour le lancement d’un programme post-urgence (éducation, aide aux artisans, remise en état de puits et sanitaires) et à évaluer les besoins pour d’autres projets d’aide.

Reportage réalisé par Alain Bommenel