Sous le signe de la fraternité européenne

Dans une Europe où de plus en plus de voix attisent les peurs et appellent au repli, le Secours populaire français, à travers sa campagne de vacances, a pour ambition de faire du continent européen un espace de solidarité. La rencontre, cet été, entre jeunes venus de tous horizons porte la promesse d’un avenir où les citoyens auront à cœur de construire des ponts plutôt que d’ériger des murs.

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Deux enfants sur la plage de Cabourg, le 26 août 2016.
Irène Nam

Persistance de la crise économique, accroissement des inégalités, fins de mois difficiles, état d’urgence permanent, épisodes de terreur aveugle… Le Vieux Continent va mal. L’atmosphère y est devenue d’autant plus menaçante que les discours de haine se développent contre les réfugiés, les immigrés ou encore les pauvres. Le physicien anglais Isaac Newton (1643-1727) déplorait déjà à son époque que « les hommes élèvent trop de murs et ne construisent pas assez de ponts ». Des propos qui malheureusement ont aujourd’hui une résonance particulière.

Rayon de soleil

Sur cet arrière-fond des plus sombres, la campagne de vacances du Secours populaire français se présente comme un rayon de soleil. Elle débutera le 24 mai par un séjour pour plusieurs centaines de personnes dans les Landes, près du lac du Vieux-Boucau, avec l’aide de l’Agence nationale des chèques-vacances et de l’agence Touristra Vacances. Cette année, l’ambition est de répondre à cette tentation du repli en organisant des rencontres entre jeunes Européens et semer ainsi des graines de solidarité par-delà les frontières.

Le Secours populaire accueille ainsi, cet été, des centaines de jeunes Grecs, Espagnols, Biélorusses, etc., qui passeront plusieurs semaines dans l’Hexagone. Réciproquement, ses partenaires européens invitent autant d’enfants à venir les rejoindre de l’autre côté des Pyrénées, des Alpes, voire du Rhin ou de la Meuse.

 

Ouverture d’esprit

« Les bienfaits des vacances sont connus, documentés. De plus, dans ce contexte, les enfants et les jeunes vont rencontrer des cultures différentes : une façon de favoriser l’ouverture d’esprit chez ces citoyens de demain. C’est une démarche d’éducation populaire qui contre les appels au repli sur soi et au racisme », explique Dominique Desarthe, membre du Bureau national du SPF et chargée des vacances.

En passant les frontières, chacun peut approfondir sa propre histoire et découvrir celle des autres ; ce dialogue est indispensable pour envisager, au niveau collectif, un avenir de paix, de non-violence et d’égalisation des conditions.

Le travail des bénévoles pour favoriser l’accès aux vacances répond à des besoins fondamentaux. « Être privé de cette mobilité, de cette expérience, c’est être exclu de ce qui est devenu une norme structurant la société », explique Pierre Périer, sociologue et professeur en sciences de l’éducation à l’université Rennes II (voir Parole d’expert). Malgré les aides financières au départ – apportées par les mairies, les comités d’entreprise et d’autres institutions –, plus de 40 % des Français n’ont pas quitté leur domicile l’année dernière, selon l’Observatoire des familles qui note aussi dans une étude publiée l’été dernier que, parmi les personnes privées de vacances, neuf sur dix ne pouvaient pas partir pour des raisons financières.

Rien d’étonnant, dans ces conditions, que 60 % des personnes dont les revenus sont inférieurs à 1 200 euros par mois soient restées chez elles durant leurs vacances, selon la dernière étude du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie. Si rien n’est fait, cette population ne connaîtra pas, cette année encore, les joies des départs en train, en avion ou en voiture, ni celles du dépaysement et de la découverte de nouveaux horizons.

La mère de Gaëtan est dans ce cas. Elle élève ses trois enfants à Rouen avec des revenus modestes. Aidée par le SPF, elle confie ses enfants aux bénévoles pour les vacances. À 8 ans, le plus jeune de ses garçons, Gaëtan, est déjà parti deux fois à Papendrecht, une petite ville entourée de canaux, posée sur un tapis de verdure à quelques kilomètres du port de Rotterdam, dans le nord des Pays-Bas. Il a séjourné chez Peter et Janneke, tous deux bénévoles à l’association Europa Kinderhulp, partenaire de longue date du SPF.

Retrouver « papi et mamie de vacances »

Depuis une vingtaine d’années, ce couple de quinquagénaires a ouvert les portes de sa maison typiquement flamande – avec son assise étroite et ses murs de briques rose foncé – à des dizaines d’enfants comme Gaëtan. Au printemps dernier, celui-ci a rendu visite à « son papi et sa mamie de vacances » pendant un week-end.

À son arrivée, il s’est jeté dans leurs bras, avec un sourire malicieux. Sa valise à peine posée, le garçon a rapidement fait le tour du salon, chaleureux, pour s’asseoir entre la table basse et la baie vitrée qui donne sur un petit jardin, comme s’il était parti la veille. Après avoir joué, il est venu sur le canapé en cuir, entre Peter et Janneke, pour parcourir les deux albums de photos réalisées lors des précédents séjours de Gaëtan.

Convergence 354, Gaëtan

Convergence 354, Gaëtan dans sa famille d'accueil.

Des images défilent : la visite au zoo, la descente d’un toboggan géant, une promenade sur une digue entourée de moulins… « Tu sais, j’ai écrit un maximum de renseignements sous les photos pour que tu puisses savoir à quoi tout cela correspond quand tu seras plus grand », confie Peter dans un français parfait. Cet instituteur a écouté des chansons françaises durant la semaine précédant la venue de son petit invité « pour être au niveau car c’est une langue que je n’ai pas l’occasion de pratiquer le reste de l’année ». Il a aussi retrouvé les chansons préférées de Gaëtan, qui pense déjà à sa prochaine visite : « J’ai hâte de revenir cet été. »

Familles de vacances aux Pays-Bas et en Suisse

Comme lui, 90 enfants seront invités aux Pays-Bas, dont la moitié vivra des retrouvailles comme Gaëtan, Peter et Janneke. Pour la première fois, ils prendront le train pour s’y rendre, grâce à un partenariat avec Thalys, qui assure la desserte entre Paris et Rotterdam. De même, entre 150 et 200 enfants se rendront en Suisse, où ils passeront jusqu’à trois semaines dans des familles de bénévoles de l’association Kovive, partenaire du SPF depuis les années 1960.

La première fois, nous devons toujours convaincre les parents. Ils veulent savoir si les adultes parleront français, d’autant que les enfants sont jeunes et ont besoin d’attention. Nous les rassurons et, au final, les petits reviennent enchantés. Ils se sont fait de nouveaux copains et se sont épanouis, raconte Marc Lumat, bénévole chargé des vacances au SPF de l’Orne.

Dans le Pas-de-Calais, ce sont les familles de vacances du SPF qui accueillent des petits Biélorusses, depuis la catastrophe de Tchernobyl en 1991. Leur santé est fragile et leurs conditions de vie sont difficiles. Certains n’ont même pas l’eau chaude chez eux. Une centaine viendra de Mogilev et de Minsk par roulement, en juillet et en août.

« Ils ont entre 7 et 12 ans pour leur premier séjour et peuvent revenir jusqu’à 18 ans quand le courant passe avec les familles qui les accueillent », précise Brigitte Mismacque, chargée des vacances au SPF du Pas-de-Calais. L’un des temps forts sera leur participation à la Journée des oubliés des vacances, fin août. Ils y retrouveront des centaines de petits Européens invités à venir passer plusieurs semaines dans l’un des villages Copain du monde pour le 25anniversaire du mouvement d’enfants du SPF. Ce ne sont pas des centres de vacances ordinaires mais des séjours d’éducation populaire. Tout en étant sensibilisés à leurs droits, les enfants expérimentent des actions concrètes de solidarité dans un cadre festif.

 

 

Villages copain du monde

Les villages Copain du monde ont été inaugurés – avec l’aide des Éclaireuses et Éclaireurs de France – en 2005 à Gravelines, sur la Côte d’opale, entre Calais et Dunkerque. Depuis, l’initiative s’est diffusée dans tout l’Hexagone et même à l’étranger. Pour la première fois, des copains du monde seront invités en Allemagne, par Volksolidarität, le partenaire du SPF. De même, Solidarité populaire, partenaire grec du SPF, réalisera la seconde édition de ses villages Copain du monde. Il a déjà lancé plus d’une centaine d’invitations.

Après avoir permis à cinq enfants de partir en 2016, les bénévoles du Haut-Rhin s’apprêtent à tripler le nombre de participants. Au programme : visite de l’Acropole à Athènes et du temple de Poséidon face à la mer Égée, découverte de la gastronomie et de la vie en collectivité… « Ils vont apprécier la mythologie. Cela parle énormément à leur imaginaire. Certains vont apprendre à nager et s’entraîner à écrire un peu tous les jours en réalisant des carnets de bord », relève Amandine, membre de la commission monde du SPF du Haut-Rhin.

Les vacances à l’étranger favorisent l’estime de soi, le développement de compétences et la sociabilité. C’est souvent un premier pas vers l’autonomie, analyse Élodie Brisset, chargée d’études chez Vacances ouvertes.

Une expérience qui donnera à ces enfants le goût de partir en vacances lorsqu’ils seront adolescents et adultes. C’est ce que recherche le SPF du Tarn-et-Garonne, qui organise un projet innovant pour les adolescents. « Cet été, plus de 25 jeunes iront en Espagne, dans deux villes frappées par la crise économique et que nous aidons depuis cinq ans », note Gilbert Vidal, le secrétaire général de la fédération. Un premier groupe participera à des fouilles archéologiques romaines à Consuegra, près de Tolède. Un second ira à la Maison de la nature de Madridejos pour découvrir l’écosystème méditerranéen, avec observation des oiseaux migrateurs et randonnées dans les montagnes. « À chaque fois, ils seront en contact avec de jeunes Espagnols, signale Gilbert Vidal. Une démarche salutaire pour favoriser l’ouverture d’esprit. »

 

 

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