L’Espoir fait rire
Il y a trois mois, grâce à un partenariat avec les éditions Glénat, a paru le livre "L’Espoir fait rire", recueil de dessins créés et offerts par 25 dessinatrices et dessinateurs de presse. Entre ironie mordante et humour tendre, ils s’attachent aux valeurs défendues par le Secours populaire : la lutte contre les injustices et l’appel à se mobiliser pour la solidarité. Ce projet généreux rappelle aussi que le combat des bénévoles du Secours populaire s’effectue dans la joie.
Sa drôle d’idée, Camille Besse n’en revient toujours pas qu’elle se soit concrétisée. Et pourtant, depuis novembre 2025, L’Espoir fait rire – 136 dessins en couleurs recueillis en un élégant livre au format carré et au prix doux – est bel et bien disponible en librairie. Cette dessinatrice de presse, bénévole à la fédération du Secours populaire de Paris, a embarqué dans l’aventure vingt-cinq de ses collègues. Comme elle, ils ont offert des dessins épousant le combat contre la misère et l’appel à la solidarité du Secours populaire, ce « jeune homme de 80 ans qui a fait un pacte avec l’humanité », tel que l’envisage Zabou Breitman dans sa belle postface à l’ouvrage.
« Dans un monde où les inégalités se creusent et où la pauvreté frappe toujours plus fort, s’engager devient un acte nécessaire », prolonge la réalisatrice et comédienne. Pavé dans la mare, cahier de doléances, boîte à surprise, carte de vœux, coffre à trésors : ce livre est tout cela à la fois, mais il est avant tout un acte fort d’engagement. « Faire appel aux caricaturistes pour donner un coup de main aux associations humanitaires et solidaires est une tradition qui se doit d’être perpétuée », témoigne Catherine Meurisse, auteure du dessin de couverture. Sur celui-ci, l’illustratrice éclaire : « Je suis partie du célèbre (et beau) logo de l’association créé par Grapus il y a plus de quarante ans, la main ailée. Dans ce symbole, la main est tendue vers autrui. Mais lorsque l’on voit les chiffres de la pauvreté en perpétuelle hausse, on a envie que cette main tendue soit un peu plus… ferme ! », s’amuse l’artiste.
On ne peut pas rester spectateurs quand des enfants grandissent sans vacances, quand des familles peinent à se nourrir correctement, quand des vies s’effilochent dans l’ombre (…). Le Secours populaire agit là où la précarité fait taire les sourires.
Extrait de la préface de L’Espoir fait rire
Derrière le rire que suscite la magistrale gifle portée au personnage de la misère affleurent le combat quotidien et la détermination des bénévoles de l’association, leur résistance contre la fatalité et l’indifférence. Le dessin de presse permet cela : attirer l’œil et délivrer un message direct et percutant, compréhensible en un regard. La colombe de la paix, fatiguée, allongée sur le divan d’un psy. Des enfants qui, en guise de cadeau de Noël, se font offrir une ceinture. Un ascenseur bloqué au rez-de-chaussée. Un parasol qui dépasse d’une fenêtre d’immeuble en plein été. Un collier de nouilles sans nouilles. Autant d’images qui saisissent, amusent et enclenchent, dans les profondeurs du lecteur, le précieux mécanisme de l’éveil et de l’indignation, le miraculeux moteur de la solidarité.

« Le rire est fédérateur, songe Camille Besse. Tu peux embarquer les gens, même ceux qui ne sont pas d’accord avec toi, si tu les fais rire. Tu peux faire passer des messages puissants sous couvert d’humour. Si tu arrives avec un discours culpabilisant ou moralisateur, tu risques de créer de l’ennui, voire du rejet. » Chacun des dessins s’arrime à un sujet d’actualité, une des facettes de cette pauvreté que le Secours populaire combat pied à pied : la précarité énergétique, les inégalités liées au changement climatique, l’inflation galopante, la difficulté à se nourrir, l’impossibilité d’offrir à ses enfants quelques jours de vacances, le drame des exilés.
L’humour est une arme efficace : il donne du cœur au ventre pour lutter contre la pauvreté. Une seule image peut réveiller les consciences et faire se lever un espoir.
Pascal Gros, dessinateur de presse
C’est cette actualité qui « fait étincelle », selon Pascal Gros, l’un des dessinateurs embarqués par Camille Besse. « Je suis d’abord mu par une colère, l’envie de prendre la parole et de me battre “médiatiquement” contre une injustice », souligne-t-il. C’est une opération alchimique qui est à l’œuvre : la transformation d’une colère, solitaire et impuissante, en une joie : celle de se regrouper et se mobiliser pour changer les choses. Un dessin recèle bien des atouts : s’il dénonce de manière universelle, déjoue l’indifférence et aide à prendre du recul, il est aussi un formidable catalyseur. « L’humour est une arme efficace : il donne du cœur au ventre pour lutter contre la pauvreté. Une seule image peut réveiller les consciences, créer un entrain et faire se lever un espoir », résume le dessinateur.
Dans chaque dessin, je mets toujours de la tendresse ; je ressens de l’empathie pour les plus fragiles. J’essaie de prendre la parole pour celles et ceux qui ne l’ont pas.
Camille Besse, dessinatrice de presse, initiatrice de L’Espoir fait rire

« Nous voulions qu’il y ait de l’espoir dès le titre, rebondit Camille Besse. La situation sociale, économique, environnementale est abominable, avec des inégalités criantes ; il suffit de sortir de chez soi pour voir des gens dormir dehors. L’espoir, c’est de diffuser le plus possible les valeurs de solidarité, de partage, de vivre ensemble. » Ces valeurs promues par le Secours populaire – la sincérité, le respect de la dignité et l’empathie – nourrissent le processus de création de la dessinatrice. A la lecture du livre, on se dit que ce sont les mêmes préoccupations qui ont guidé le travail des différents contributeurs. « Mes dessins me ressemblent », analyse-t-elle. Quand elle les réalise, elle est animée par une double préoccupation : le « souci de l’intelligence du lecteur » et l’intégrité des victimes de l’injustice. « Je veille à ne jamais paraître condescendante ; je ne voudrais pour rien au monde que quelqu’un qui souffre de la faim se sente humilié par mon dessin. »
« Dans chaque dessin, je mets toujours de la tendresse ; je ressens de l’empathie pour les plus fragiles, c’est cela qui m’anime : venger celui qui n’a pas d’armes. J’ai la chance de faire ce métier incroyable qui me donne la parole – aussi, j’essaie de la prendre pour celles et ceux qui ne l’ont pas. Tu peux faire des dessins durs ; si, au fond de toi, tu as de la tendresse pour les personnes que tu défends, alors elle rejaillira. » Que Camille Besse en soit assurée : la tendresse est partout. Ainsi que l’espoir, bien sûr.

L’Espoir fait rire. Éditions Glénat, 150 pages, 12,50 €.
L’intégralité́ des bénéfices sera reversée à la fédération de Paris du Secours populaire français.
Avec les dessins de : Aurel, Babouse, Besse, Bouzard, Cambon, Chappatte, Cristina, Faujour, Gros, JY, Lacombe, Lara, LB, Lécroart, Malingrey, Meurisse, Nardi, Pakman, Pancho, Ramses, Sié, Soph’, Soulcié, Vera Makina.