Des jeunes du SPF au Festival d'Avignon [Archivé]

Du 11 au 22 juillet, 80 jeunes du Secours populaire ont investi le 71e Festival d’Avignon grâce à un partenariat liant le SPF et les Ceméa. Ateliers d’expression, participation aux spectacles, rencontres avec des artistes ont composé le quotidien des festivaliers dans l'une des plus grandes manifestations de théâtre au monde. Reportage aux côtés de cinq adolescents accompagnés par le SPF de Toulouse.

Ovation pour le spectacle de danse Kalakuta Republik du burkinabé Sergé Aimé Coulibaly représenté au Cloître des Célestins que les jeunes ont visité dans l'après-midi avec le régisseur général.
SPF

Avignon, le 21 juillet 2017. Du portail de l’école primaire Frédéric Mistral s’élève, mêlé au chant des cigales, un brouhaha matinal venu de la cour. Il ne s’agit pas d’écoliers, depuis un mois en vacances, mais de jeunes du Secours populaire de Toulouse, de Grenoble et de Tarbes. Hébergés au sein de l’établissement, ils ont depuis quatre jours investi le 71e Festival d’Avignon. Ils comptent parmi les 80 jeunes de 18 à 25 ans qui, du 11 au 22 juillet, se sont succédé dans l’un des cinq Centres de jeunes et de séjours  (CDJSFA) répartis dans le centre-ville. Les voilà donc à Avignon, devenu en juillet immense théâtre à ciel ouvert, pour cinq jours en immersion artistique, grâce à un partenariat liant depuis 2013 le SPF à l’association d’éducation populaire les Ceméa (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active).

Dans la cour ombragée s’affaire Halima, exubérante médiatrice sociale et interculturelle au SPF de Toulouse, qui a accompagné dans la fourgonnette de Martine, bénévole à la retraite, un groupe de cinq adolescents âgés de 16 à 18 ans. Elle raconte :

Ces jeunes viennent de familles aidées par le Secours populaire ; pour certains, leurs mères font partie du groupe de femmes Entr’elles que nous avons créé à la fédération. Nous sommes allés un peu à la pêche pour les trouver, puis les encourager à venir car les freins sont nombreux. Pour eux, tout était découverte et leur réaction a été une belle surprise: ils sont parvenus à se fondre au groupe malgré les difficultés liées à leur situation personnelle, à être partie prenante des activités. Certains vivent dans des conditions très dures, sont hébergés à l’hôtel. Cela ne les empêche pas de se jeter à l’eau. 

Des propos confirmés par Arnaud Pazat, l’un des trois responsables de ce Centre de jeunes et de séjours : « Les huit à neuf animateurs dédiés aux groupes pendant les trois séjours ont constaté que, malgré des origines, des histoires et des parcours différents, ils se sont mêlés avec bonheur, sans la moindre tension. »

Raphaël et Elisa, deux animateurs des Ceméa, annoncent le début des activités. Les jeunes convergent vers le centre de la cour pour une matinée « d’ateliers d’expressions », premier acte d’une journée qui s’annonce intense.

Des ateliers pour « faire ensemble »

Pendant plus de deux heures, comme chaque matin, se déploient les ateliers, tel un ballet finement chorégraphié, où chaque recoin de la cour est investi : construction d’une frise en commun sur les « ressentis » après les activités et émotions de la veille, jeux sur la communication non verbale, création par groupes de tableaux vivants en vue du spectacle de danse auquel ils assisteront le soir même au Cloître des Célestins. Le fil directeur apparaît : les vertus du faire ensemble, l’appropriation en commun de l’espace, l'expression de ses sentiments.

Ils y vont, ils le font ; depuis le début ils se montrent enthousiastes et volontaires,

note Halima qui couve ses ouailles du regard.

 

Le théâtre, une rencontre avec soi et avec les autres

À l’ombre des arbres ou du préau, à la faveur d’apartés volés pendant les ateliers, les jeunes accompagnés par Halima et Martine se confient spontanément en cette avant-dernière journée propice aux bilans. « Hier, nous avons vu une pièce qui s’appelle Mr Mouche. Je n’arrête pas d’y penser. Je n’avais jamais été au théâtre avant », raconte Abdel, 18 ans.  Monsieur Mouche, spectacle burlesque interprété par Thomas Garcia, qui fait partie de la programmation off du festival, continue de faire son chemin dans l’esprit de l’adolescent à qui il plairait bien de suivre les traces de ce monsieur Hulot du théâtre pour « faire rire et donner du plaisir aux gens ».  

Le but n’est pas forcément de les inciter à faire du théâtre mais de faire en sorte que, à travers le théâtre, se passe une rencontre avec eux-mêmes et avec les autres. Ici, ils ont vu des spectacles qui touchent à des questions politiques, liées à la place de l’homme dans la cité. Il y a un écho au sein de ces groupes faits de nationalités, d’origines, d'histoires différentes. 

souligne cependant Sylvie Ecabert, coresponsable du Centre de jeunes et de séjours.

 

Kenza, 17 ans, quant à elle, sait où elle va : « Moi je fais du théâtre depuis quatre ans et j’ai très envie de continuer. Ce que je vis et j'apprends ici m’encourage dans cette voie. »

Les jeunes du SPF au 71e Festival d'Avignon

Photo
Clarisse Clozier

 

 

 

 

 

« Représentez un tableau vivant de la dictature », lance Élisa, l'une des animatrices, aux groupes qui se lient et se délient au fil des différents ateliers. Haïk, 18 ans, et Abdou, 16 ans, contre toute attente, s’approchent parmi les premiers pour interpréter leur tableau :

« Abdou y va ! Ça c’est bon ! », lance Halima à Martine, qui se réjouit de voir le garçon sortir de sa réserve.

Plus tard, Elisa présente le spectacle Kalakuta Republik, du chorégraphe burkinabé Serge Aimé Coulibaly, qu’ils iront voir le soir même au Cloître des Célestins. Les ateliers de la matinée entrent en résonance avec le sujet de cette œuvre consacrée au poète nigérian Fela Kuti engagé contre la corruption et l'autoritarisme. Elle prévient : « On a le droit de penser ce qu’on pense des spectacles. On a le droit de voir ce qu’on voit. » Des propos qui font écho à l’analyse de Vincent Clavaud, administrateur du Centre de jeunes et de séjours du Festival d'Avignon : « On ne s’intéresse pas à une explication descendante de l’œuvre, on s’occupe de ce que le groupe a en commun, des interrogations suscitées par l’œuvre, que les jeunes peuvent ensuite partager à l'occasion des rencontres avec les équipes artistiques. Ce qui nous intéresse, c’est qu’ils vivent une expérience de  festivalier.»

Les jeunes du SPF au 71e Festival d'Avignon

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Clarisse Clozier

 

 

 

 

 

À 22 h, le soir même, voilà ces jeunes justement mêlés dans la foule des festivaliers, dans le Cloître des Célestins découvert en milieu d’après-midi aux côtés du régisseur général qui leur en a révélé les dessous. Le spectacle commence, les danseurs entrent en scène, sous l'œil averti, l’attention aiguisée de ces jeunes fondus dans le public des initiés.

« L’énergie que l’on dépense est récompensée au centuple quand on voit leurs yeux briller, note Sylvie Ecabert. On défend l’idée que la culture, tout le monde l’a en soi et qu’il faut œuvrer pour la valoriser et la partager. Le théâtre est à cet égard un outil merveilleux pour se rencontrer. »

Les jeunes du SPF au 71e Festival d'Avignon

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Clarisse Clozier

 

 

 

 

 

 

Du 11 au 15 juillet 2017, trois séjours successifs ont été organisés au Festival d’Avignon par le Secours populaire, en partenariat avec les Ceméa, pour 80 jeunes venus des fédérations du Tarn, de l’Hérault, de Seine-Saint-Denis, de Corrèze, de Haute-Garonne, de l’Isère, des Hautes-Pyrénées, des Pyrénées-Orientales, du Rhône, de Haute-Saône, de Paris et du Val-de-Marne.

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On ne s’intéresse pas à une explication descendante de l’œuvre, on s’occupe de ce que le groupe a en commun, des interrogations suscitées par l’œuvre. On suscite des rencontres avec les équipes artistiques. Le projet d’éducation par la culture est au cœur du projet politique du Festival. Comment les jeunes rencontrent les œuvres artistiques, comment fabriquer du sens collectivement. Que des jeunes du SpF comptent dans ce groupe, c’est naturel ; ils ont toute légitimité à en être. Ce qui nous intéresse, c’est qu’ils soient là en tant que jeunes qu’ils partagent leur expérience de festivalier, qu’ils aient leur propre parcours en tant que festivalier.
L’éducation par la culture est au cœur du projet politique du Festival. À savoir, faire en sorte que les jeunes rencontrent les œuvres artistiques, les aider à fabriquer du sens collectivement. C'est un horizon que nous espérons ouvrir pour les jeunes du SPF pendant ce festival.

Vincent Clavaud, administrateur du Centre de jeunes et de séjours aux Ceméa, partenaire historique du Festival

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