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Ipsos/SPF 2026 : Dans le Cantal, la précarité énergétique au sommet
Siran est un petit bourg viticole du Cantal. Pour s’y rendre, il faut prendre la route de l’ouest depuis Aurillac sur 30 km. C’est là qu’Andréa*, 38 ans, vit avec son fils Tom* dont le regard rigolard est encadré par ses lunettes rondes et des cheveux bruns qui lui descendent sur le front. En été, le lotissement de pavillons HLM est écrasé de chaleur. Andréa reçoit l’équipe du Secours populaire, qui l’accompagne depuis deux ans, dans la pénombre du salon où l’on devine, malgré les volets consciencieusement fermés, une table, un canapé rustique, un meuble TV et des piles de jeux de société et de jouets rangés sur quelques étagères et sous l’escalier en bois qui mène aux chambres.
Avec plus d’un ménage sur trois en précarité énergétique, le Cantal est le département le plus touché d’Auvergne-Rhône-Alpes. En France, ce sont ainsi 3,1 millions de foyers qui souffrent d’une température trop forte ou trop basse dans leur logement ou qui doivent consacrer plus de 8% de leur revenus à se chauffer, se climatiser et pour profiter des autres commodités domestiques. Des ménages qui souvent sont également fragilisés par le prix de l’essence ou des transports. Dans sa synthèse de l’année, l’Observatoire national de la précarité énergétique rapporte qu’un Français sur dix serait dans ce cas.

« Le soleil était vite là aujourd’hui, remarque Andréa en montrant les fenêtres du salon qui est plein sud. On transpire rapidement. Pour rafraichir, il faut attendre la nuit pour ouvrir les fenêtres. Hier soir, il faisait quand même 28° dans les chambres. » Elle vit dans l’une des 4,2 millions de résidences principales dont le diagnostic énergétique F ou G les classe dans la catégories des passoires thermiques. Tout le monde monte voir à l’étage, qui se révèle exigu. Les chambres sont directement sous le toit. Elles n’ont qu’une fenêtre chacune, toutes deux recouvertes d’une couverture de survie métallique.
Parfois, le vent d’hiver souffle si fort qu’on a l’impression qu’il y a un loup dehors.
Andréa, habite Siran, une petite commune du Cantal
Dans la chambre de Tom, un demi-filet d’air sort d’un vieux ventilateur. Il faut avoir la main directement posé sur la grille de protection pour le sentir. A côté de l’appareil, Andréa ouvre la porte des combles. Quelques lambeaux de laine de verre apparaissent alors, retenus par des cartons disjoints qui baillent tant qu’ils peuvent. Elle les a disposés en 2024 à son installation, à la suite de sa rupture d’avec le père de Tom. « Tout le problème vient de là. »
Le problème vient aussi d’une équation impossible à résoudre. Andréa fait des heures de ménages, y compris dans un château des environs. Avec le RSA, il lui reste 750 euros au maximum, une fois les APL et le loyer déduits. Avec cela, elle doit payer 250 euros de carburant et autant d’électricité. « Le premier hiver, j’avais beau allumer tous les radiateurs, j’avais 17° en haut et parfois 12° dans la chambre du petit. » Le toit laisse passer tous les courants d’air. « Parfois, le vent d’hiver souffle si fort, qu’on a l’impression qu’il y a un loup dehors. »
Pire, au printemps 2025, Andréa a reçu une régularisation de 1200 euros. « C’était impossible alors je suis allée voir mon assistante sociale qui a fait appel au Fonds de solidarité pour le logement. » Le FSL a pris en charge la moitié de la somme. Les associations locales, dont le Secours populaire, ajoutent une contribution. Cette année, Andréa a encore eu une régularisation de 800 euros. Cette fois-ci, elle n’a utilisé qu’un seul radiateur à la fois pendant les six mois que dure l’hiver dans le Cantal. « Les gens que nous accompagnons, à Aurillac ou ailleurs, reçoivent de l’aide alimentaire, des vêtements, participent à des sorties, etc. Tout cela allège leur budget et leur permet de mettre de côté quelques euros qui servent à payer les factures », explique Danielle Beltz, une ancienne assistante sociale devenue bénévole au Secours populaire.
Outre la participation au FSL, le Secours populaire a agi dans tous les départements pendant la canicule. Dans le Gard, l’accueil se faisait le matin pour éviter les grandes chaleurs. A Paris, les bénévoles distribuaient du thé glacé et de l’eau durant des maraudes, plus nombreuses, en profitant pour faire le lien avec les secours en cas de besoin. Pour pallier l’augmentation du prix de l’essence, des chèques-carburant sont attribués, par exemple au comité de Nay, à 20 km de Pau. Les bénévoles y ont aussi mis en place du covoiturage pour rendre les libres-services alimentaires plus accessibles. Dans le Cantal, une antenne mobile se rend non loin de Siran.
Andréa doit encore payer un reliquat de 50 euros par mois et se prive pour cela de tout. « Les gens les plus en détresse arbitrent entre les urgences : l’électricité, l’eau, la nourriture, les enfants », observe Monette Tournadre, une ancienne secrétaire générale de la fédération du Cantal qui continue d’assurer les permanences d’accueil. Avec les hausses de prix de l’énergie, plus d’un million de ménages sont confrontés à des impayés chaque année. Pour le moment, le bailleur d’Andréa refuse de réaliser les travaux d’isolation. « Dans deux ans, je n’aurais même plus droit au FSL. »
*Les prénoms ont été modifiés
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