À Madagascar, la solidarité s’organise après le cyclone à Tamatave
À Madagascar, dans la nuit du 11 au 12 février, la ville de Tamatave, deuxième ville du pays, a été durement frappée par le cyclone Gezani, entraînant une cinquantaine de décès, des centaines de blessés, et laissant des dizaines de milliers d’habitants sans toit. La ville, qui était majoritairement construite en bois et en tôle, a été détruite à 80 %. Nombreux sont ceux qui ont perdu leur habitation, mais également leur petit commerce qui faisait vivre le ménage, les plongeant ainsi dans une difficulté extrême, sans ressources financières pour reconstruire et subvenir aux besoins essentiels de leurs familles. Sur place le Comité de solidarité de Madagascar (CSM-Fifa), partenaire du Secours populaire, s’est rapidement mobilisé pour organiser l’aide et le soutien aux sinistrés. Reportage.
Dès le lendemain du passage du cyclone, le CSM-Fifa s’est mobilisé pour collecter des dons en solidarité avec les sinistrés de Tamatave. Partenaire historique du Secours populaire à Madagascar, l’association a également reçu 50 000 euros pour soutenir ses actions de solidarité de la part de l’association. Grâce aux collectes, à la mobilisation de ses volontaires et à la solidarité du Secours populaire, le CSM-Fifa mène depuis le début du mois de mars des distributions alimentaires ainsi qu’un projet de reconstruction d’une école à Tamatave. « Actuellement, nous préparons des colis à distribuer demain à Andronomadio, un quartier très pauvre de la ville. Chaque paquet contient 10 kg de riz, du sucre, des haricots, de l’huile, des pâtes, du Sûr’Eau et du savon », explique Nasiantsoa, bénévole à la section jeune du CSM-Fifa à Tananarive.
Les distributions ont commencé le 7 mars dans différents quartiers de la ville. Au total, 1 600 colis conséquents seront distribués aux familles identifiées comme les plus en difficulté par les équipes du CSM-Fifa. Les distributions ciblent uniquement les “quartiers bas” de Tamatave, comme les quartiers du “Dépôt” ou de “La Verrerie”. Ce sont des quartiers en périphérie, construits sur des zones marécageuses. Les habitations y sont minuscules, faites de tôles et de bois. Les habitants de ces quartiers vivent de petits boulots : lessiveuses, livreurs (en charrette), gardiens de nuit, vendeurs de rue, ou encore gestionnaires de microcommerces.
Les opérations de distribution ne sont pas aisées. D’une part, il faut éviter les tensions entre ceux qui reçoivent et ceux qui ne reçoivent pas, alors que la majorité des habitants est en grande difficulté. D’autre part, de nombreux quartiers étaient encore inondés début mars. Parfois, les équipes avancent avec de l’eau jusqu’à la taille pour faire du porte-à-porte et identifier les familles les plus vulnérables qui seront aidées par les distributions. « Ils sont heureux de recevoir ce colis, c’est un sacré coup de main pour ces familles qui ont tout perdu lors du cyclone », raconte Yannick, bénévole à la section de Tamatave.
Quand on parle avec les habitants, beaucoup se plaignent de n’avoir rien reçu depuis le cyclone. Certains expliquent avoir pu avoir 1 ou 2 kg de riz, après des heures d’attente. Une aide internationale assez conséquente a été annoncée, mais sur le terrain, elle semble mettre du temps à se matérialiser.
Pourtant, les besoins sont immenses. Si la vie a repris un cours un peu plus normal dans le centre-ville (commerces, hôtels et restaurants ouverts, fonctionnant sur générateur, familles et groupes d’amis buvant bière et jus de coco glacé en bord de plage…), la situation est très différente lorsqu’on s’enfonce dans les quartiers bas, loin des grands axes. Par endroits, les habitations sont encore complètement à terre, se résumant à des tas de tôle et de bois, indissociable des autres montagnes de débris qui couvrent les grands axes et peinent à être évacués. Ici, les habitants n’ont pas les moyens d’acheter les quelques tôles, clous et planches nécessaires pour redresser leurs minuscules habitations. Leur priorité est d’acheter le riz nécessaire à l’alimentation.
C’est dans La Verrerie, encore en grande partie inondée (les canaux d’évacuation des eaux de pluies étant obstrués par les débris) que le CSM-Fifa a décidé d’aider une école associative en reconstruisant en dur trois salles de classe.

« Dans cette école, qui s’appelle Miangaly et qui scolarise 280 enfants, les élèves n’ont plus rien depuis le passage du cyclone et, comme vous le voyez, ils sont en classe dans des tentes de fortune mises à disposition par les services de l’État. C’est pour cela que nous avons décidé de reconstruire ici trois salles de classe afin que les élèves reprennent le cours dans de meilleures conditions d’ici deux à trois mois », explique le Dr Andrionmentsoa Randrianalison, président du CSM-Fifa. « Nous avons été touchés par le cyclone et l’école a été détruite à 100 %. Une équipe du CSM-Fifa est venue constater les dégâts et a proposé son aide, ce qui était totalement inattendu pour nous. L’école de Miangaly soutient la communauté. 20 % des élèves y sont scolarisés gratuitement faute de moyens de la part des parents. Nous essayons de faire de notre mieux pour l’entraide et pour la solidarité », témoigne Hajanirina, directrice bénévole de Miangaly.
Sur ce chantier, ce sont une quinzaine de volontaires venant de la section de Tamatave, mais aussi de Tananarive, et des volontaires du quartier qui s’affairent. La saison des pluies se poursuit et le chantier est entouré par l’eau des inondations. Pourtant, pour surmonter les difficultés, l’énergie et les idées ne manquent pas parmi l’équipe de construction. En deux semaines, malgré l’eau qui a envahi les fouilles, les fondations et les murs ont été posés. Début avril, les trois salles de classe seront fonctionnelles, et il ne restera à l’équipe qu’à réaliser les finitions. « Les conditions de travail sont très difficiles, il y a de l’eau partout autour du chantier, mais cela n’empêche pas l’équipe d’avancer. Ils sont très motivés », souligne le Dr Lolo, président du CSM-Fifa. Les équipes du CSM-Fifa vont poursuivre les opérations jusqu’à début avril, et la section de Tamatave réfléchit déjà à la mise en place d’un projet de solidarité pour continuer à soutenir les personnes en grande difficulté. La solidarité et l’aide apportées par le CSM-Fifa ne sont certes qu’une petite brique face à l’immensité des besoins qui existent à Tamatave dans les domaines de l’alimentation, de l’éducation, de la santé, de l’hygiène ou encore du travail décent, mais elles démontrent la capacité des associations locales à apporter, elles aussi, une réponse à l’urgence, dès lors qu’elles en ont les moyens.
Reportage réalisé par Alexis Alexis Werestchack