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Foire aux livres d’Auxerre : 20 ans d’évasion

Mis à jour le par Madeleine Le Page
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Depuis 20 ans, la foire aux livres du Secours populaire d'Auxerre se tient dans l'abbaye Saint-Germain. Les fonds collectés financent en partie les séjours vacances des familles, accompagnées par la fédération, qui ne partent pas. © Pascal Montary

Au cœur de l’abbaye Saint-Germain d’Auxerre, la foire aux livres du Secours populaire est un rendez-vous incontournable pour les amateurs de vieux bouquins. Les fonds collectés servent à offrir des vacances aux enfants Icaunais qui ne partent pas. Reportée à cause de la canicule, cette 20e édition, minutieusement préparée par des bénévoles passionnés, a attiré un nombre record de visiteurs.

Têtes penchées sur les étals, Elisabeth et Daniel y ajoutent les derniers arrivages de livres de poche. « Ça, ce sont des policiers. Ils n’ont rien à faire avec les romans généralistes », remarque ce dernier, s’empressant de remettre les ouvrages de Marc Behm à leur place.  

Curieux, Dominique jette un coup d’œil dehors. Une cinquantaine de personnes font le pied de grue devant la porte, cabas à roulettes et sacs de course en main. Pin’s du Secours populaire accroché à sa veste en jean, cette cheville ouvrière de l’évènement salue les nombreux habitués, amateurs de vieux bouquins. « Bonjour tout le monde et bienvenue à la foire aux livres », entonne-t-il alors que la foule s’engouffre dans le cloître.  

Une vingtième édition bousculée 

Ce samedi 26 septembre, sous les arcades du cloître de l’abbaye Saint-Germain, des dizaines de tables exposent des ouvrages d’occasion en tout genre et à petits prix. Un euro le livre de poche, deux le broché. Il s’agit de la 20e édition de la foire aux livres d’Auxerre. D’ordinaire l’évènement a lieu tous les ans en juin. C’était sans compter la canicule qui a sévi cet été, forçant les organisateurs à reporter les festivités.  

A ce contretemps, se sont ajoutés des travaux à l’arrière de l’abbaye. Impossible d’acheminer tous les ouvrages à bon port. « C’est une édition un peu bousculée. On présente moitié moins de livres que d’habitude. On était un peu déçu », explique Dominique, l’air dépité. Pour autant, des cartons chargés à bloc remplissent les couloirs du cloître qui fourmillent de visiteurs à la recherche de la perle rare ou simplement de leur prochaine lecture.  

Annick est venue de Sens avec ses deux filles, Agathe et Hermione. « Une virée annuelle en famille », s’amuse cette retraitée. Elle sort de sa poche une liste de recueils de poésie des années 50 et 70 qu’elle aimerait dénicher. Chacune a son chariot, « ils finiront remplis, c’est certain. On essaie de ne pas dépasser 200 euros de livres. Mais on sait que l’argent va au Secours populaire et donc pour la bonne cause, on compte encore moins. »  

En un weekend, près de 8 000 euros sont récoltés. Une somme importante pour la fédération de l’Yonne puisqu’elle participe largement au financement des séjours vacances pour les enfants Icaunais qui ne partent pas.  Cette année, huit familles ont profité des joies du camping pendant une semaine.  Une quarantaine d’enfants sont partis dans le Jura, dans un parc aquatique pour la Journée des oubliés des vacances. Sans oublier, le traditionnel spectacle de Noël regroupant plus de 150 enfants.  

« Le livre permet de quitter son quotidien »

« Ça, on ne l’a pas », s’écrie Louis-Armand, 7 ans, casquette vissée sur la tête, « je lis beaucoup, surtout quand ça me passionne et puis, ça donne une seconde vie aux livres, déclare-t-il fièrement. « Ça permet surtout de renouveler notre stock pour pas trop cher », ajoute Jérôme, son père dont les bras débordent de BD sur les samouraïs, les châteaux forts et le chat potté. «Le neuf, ça a un coût. Ici, on achète dix bouquins pour dix euros. Dans un magasin culturel classique, on en aurait pour au moins une cinquantaine d’euros. »  

Alors que le prix du livre neuf augmente, ils sont nombreux à se tourner vers l’occasion. Sans aucun doute, pour Maryse, également bénévole de la fédération de l’Yonne, cette foire aux livres favorise l’accès à la culture. Il y a 20 ans, c’est elle qui lançait la première édition. « Notre action permet aux gens de rencontrer des livres qu’ils n’auraient peut-être pas lus. Le livre permet de quitter son quotidien. Et, pour les gens qu’on rencontre, ça peut être important. Ça permet de s’évader. »La fédération de l’Yonne organise aussi des sorties cinéma, des balades en bateau ou encore à la Cité médiévale de Provins. Des activités cultuelles choisies avec les familles concernées.  

Sous les arcades du cloître 

L’évasion est aussi propice dans cette abbaye construite au 5e siècle. Depuis le cloître, quelques chineurs de livres s’aventurent dans l’église pour admirer ses vitraux et poursuivent jusque dans la pénombre de la crypte où repose le tombeau du saint Germain. « A chaque fois qu’on vient ici, on s’y promène, c’est un endroit très calme. On apprend toujours quelque chose sur l’histoire du lieu », murmure Tiphanie pour ne pas briser le silence qui y règne.  

Transformé en hôpital civil et militaire sous Napoléon, le site est classé monument historique au début des années 70 et abrite aujourd’hui le musée d’Art et d’Histoire d’Auxerre. « C’est un lieu culturel où le livre à toute sa place. On est heureux de les accueillir ici », assure Elodie Pavec, responsable de l‘abbaye. En plus de proposer gracieusement le cloître pour que s’y tienne la foire, l’équipe de l’abbaye achemine les livres depuis l’entrepôt du Secours populaire et met à disposition les tables en bois. Une aide précieuse pour les bénévoles d’Auxerre qui s’affairent, eux, toute l’année au tri minutieux des ouvrages donnés à la fédération de l’Yonne.  

Le minutieux travail d’une équipe de passionnés 

« Ça ne s’arrête jamais. On n’a plus besoin de demander aux gens de nous déposer des livres, ils les apportent directement », assure Daniel, le spécialiste des polars de l’équipe de bénévoles. Tous sont passionnés par la littérature. Même l’hiver, emmitouflés dans leur manteau, ils sont trois, parfois quatre, à se retrouver tous les jeudis après-midi dans l’entrepôt pour les trier. « Les premiers critères, c’est l’état et la propreté. Puis, on les classe par thème et par auteur. Et enfin, on fait attention aux livres qu’on garde.» Dominique se souvient d’un don en particulier, « tout un carton d’ouvrages de Robert Brasillach » l’écrivain collaborationniste et antisémite d’extrême droite, « ça n’a pas sa place à la foire du Secours populaire », soutient le septuagénaire, « alors on les a vendus à un brocanteur ».  

Au fil de la matinée, Elisabeth enchaîne les allers-retours dans la réserve avec toujours un carton de livres dans les bras. « Je réapprovisionne, il y a trop de lecteurs dans l’Yonne, rigole-t-elle. Ça me fait chaud au cœur qu’il y ait autant d’engouement pour la lecture. Ce sont souvent les romans régionalistes qui partent facilement. Des auteurs comme l’Auvergnat Jean Anglade ou le Corrézien Christian Signol. » Deux fois par semaine, cette jeune retraitée tient la petite librairie solidaire de la fédération de l’Yonne, dans les locaux rue de Paris : «j’essaie de proposer des livres jeunesse pour quelques centimes aux familles accompagnées par le Secours populaire. »  

A la caisse, jusqu’à l’heure du déjeuner, la cadence ne faiblit pas. « On n’a même pas eu le temps de faire une pause depuis l’ouverture mais c’est bon signe », s’exclame Evelyne, radieuse. Les visiteurs affluent avec des piles de livres dans les bras, des sourires s’échangent et les mercis fusent. Soulagé, Dominique affiche aussi son plus grand sourire : « Quand on voit le monde présent et qu’ils ont tous l’air contents, ça donne envie de continuer. » La fréquentation a même battu des records cette année, culminant à près de 1 300 visiteurs à la fin du weekend. La foire aux livres du Secours populaire Auxerre semble avoir encore de belles années devant elle.