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Epidémie d’Ebola en RDC : le FDAPID mène le combat de la sensibilisation
Le retour de l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) s’accompagne d’une résurgence des fausses informations autour de la maladie virale. Dans l'est du pays, le FDAPID, partenaire du Secours populaire, s'efforce de sensibiliser les populations des zones touchées aux pratiques sanitaires adaptées et tente de déconstruire les préjugés. Un combat de longue haleine essentiel pour endiguer l’épidémie.
Depuis Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, Nestor Muhima sillonne les zones touchées par l’épidémie d’Ebola, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Il n’est pas soignant. Mais à son échelle, il tente lui aussi de sauver des vies. Cet ancien enseignant travaille aujourd’hui comme animateur communautaire, au sein du FDAPID (Foyer de développement pour l’autopromotion des personnes indigentes ou en détresse), partenaire du Secours populaire. Sa mission : sensibiliser les populations sur les modes de transmission, les symptômes et les attitudes préventives pour combattre la propagation d’Ebola.
Plusieurs fois par semaine, Nestor Muhima se rend sur les marchés, dans les écoles et organise des « causeries communautaires », sortes de rencontres informelles, rassemblant parfois plus d’une cinquantaine de personnes. Parmi les questions fréquemment posées : est-ce qu’Ebola existe vraiment ? Pourquoi les patients meurent à l’hôpital ? Pourquoi nous interdit-on de toucher les corps de nos défunts ? « On ne fait pas un cours magistral. Notre travail, c’est de les laisser s’exprimer, de leur répondre avec des faits et avec respect, sans les juger », explique l’animateur du FDAPID.
Où en est l’épidémie d’Ebola en RDC ?
La RDC connaît sa dix-septième épidémie d’Ebola et la plus meurtrière de son histoire. Selon les autorités, début octobre, 8 300 cas ont été recensés, dont plus de 4 000 décès. « Le virus est facilement transmissible », avertit Vicar Batundi, coordinateur du FDAPID, « il se transmet par les liquides corporels, de la mère à l’enfant, du mari à l’épouse, du patient au soignant, du cadavre d’une victime à un parent en deuil. » Cette maladie, qui provoque une fièvre hémorragique, présente un taux de létalité moyen près de 50 %.
Jusqu’à présent, aucun vaccin n’a démontré son efficacité contre la souche Bundibugyo, responsable de cette épidémie. La riposte – le terme officiel qui désigne les actions de mobilisation sanitaire – repose avant tout sur le dépistage, l’isolement des malades et le suivi des cas contacts.
La RDC fait face à une crise multiforme. Dès maintenant, il faut mettre en place des mesures durables et anticipatives, sans attendre la prochaine vague de l’épidémie.
Vicar Batundi, coordinateur de l’association FDAPID
La province de l’Ituri, dans l’est du pays, où les premiers cas ont été identifiés, reste l’épicentre. Mais l’épidémie, officiellement déclarée mi-mai, se propage à « une vitesse surprenante », alerte Vicar Batundi. Désormais, sept provinces dont le Nord-Kivu sont concernées, principalement dans l’est et le nord de ce vaste pays d’Afrique centrale. Les raisons, selon lui : « la résurgence de fausses informations qui nient l’existence même du virus ; le refus ou le retard dans le recours aux soins de santé ; le manque de moyens pour l’achat de dispositifs de prévention et de protection contre Ebola pour les groupes vulnérables. »
Désinformation, défiance : quels obstacles à la lutte contre Ebola ?
Outre le manque de moyens dont disposent les soignants congolais, le retour du virus Ebola s’accompagne d’une extrême méfiance de la population vis-à-vis de la riposte. Le FDAPID observe sur les réseaux sociaux une résurgence des fausses informations autour de la maladie.

Cette hostilité envers les équipes de santé, Nestor Muhima la ressent aussi lorsqu’il intervient sur le terrain : « Parfois, on se fait insulter ou chasser du village. Ils nous disent qu’on est venus pour leur mentir, qu’Ebola est une invention des blancs. » Pour autant, l’animateur du FDAPID ne baisse pas les bras. « On revient jusqu’à nouer un lien de confiance avec les habitants. Quand une communauté finit par nous accepter, c’est une grande victoire », soutient-il.
Dans certains villages ruraux, bien que fortement touchés par le virus, les pratiques funéraires traditionnelles, favorisant la propagation du virus, perdurent. Ne surtout pas toucher les corps, ne pas les laisser exposés, rappellent constamment les équipes de l’association. « Les mesures sanitaires sont perçues comme une profanation par certaines familles qui veulent enterrer leurs proches », regrette Nestor Muhima qui insiste sur la nécessité de dialoguer avec les chefs coutumiers et leaders religieux. « Sans eux, on ne peut pas faire passer le message de l’importance des gestes barrières et des enterrements sécurisés. »
Il arrive que des personnes contaminées se cachent ou « s’évadent » des centres de soins. Par peur d’être stigmatisés, d’être rejetés ou de mourir à l’hôpital. Là encore, les équipes du FDAPID insistent auprès de la population sur l’importance de se présenter dans une structure médicale rapidement.
Comment le FDAPID contribue à freiner l’épidémie ?
Reconnaître les symptômes d’Ebola, rappeler les gestes barrières, informer sur les conséquences de la maladie : ces messages, Vicar Batundi comme Nestor Muhima les répètent quotidiennement sur les réseaux sociaux, les radios communautaires et à la télévision. Et, lorsque les populations plus isolées n’ont pas accès à ces canaux de communication, « on se déplace sur le terrain pour parler de vive-voix avec les communautés ».
C’est pourquoi le FDAPID renforce son projet d’« appui à la mobilisation et à l’engagement communautaire » contre le virus Ebola. Pendant plusieurs mois, le partenaire du Secours populaire entend former et outiller une centaine de leaders communautaires, dans le Nord-Kivu et le Haut-Uele, afin qu’ils informent les habitants sur les symptômes et les sensibilisent aux pratiques sanitaires adaptées, au sein même de leur village. « J’insiste sur la nécessité d’impliquer les communautés », soutient Vicar Batundi. « Sur le volet sensibilisation et éducation, la riposte ne peut pas être efficace si les communautés ne se l’approprient pas. »
L’association congolaise entend doter en priorité les « populations vulnérables », telles que les autochtones pygmées, les personnes en situation de handicap, les femmes ou les enfants, de dispositifs de prévention : lave-mains, masques, désinfectant, etc. « Vous avez beau mener des campagnes de sensibilisation, si les personnes n’ont pas les moyens de se procurer du matériel de protection, ça ne fonctionnera pas », explique le coordinateur du FDAPID.

A quelles autres crises l’épidémie s’ajoute-t-elle dans cette région ?
L’épidémie en cours d’Ebola touche la région la plus instable du pays où des groupes armés s’y affrontent depuis 30 ans. Le mouvement du M23, soutenu par le Rwanda, contrôle désormais de nombreux territoires du Nord et du Sud-Kivu. Les combats avec l’armée congolaise et ses alliés y sont fréquents.
« La RDC fait face à une crise multiforme », assure Vicar Batundi. A l’insécurité grandissante s’ajoute la paralysie des activités économiques à l’est au nord du pays. Pour prévenir la propagation du virus, peu d’aéroports fonctionnent, les frontières avec l’Ouganda et le Rwanda sont fermées. « La population est de plus en plus asphyxiée : elle ne peut pas se ravitailler normalement en produits de première nécessité et en denrées alimentaires. Ça devrait préoccuper tout le monde. »
Alors que la RDC fait face à sa dix-septième épidémie, le FDAPID, par la voix de son porte-parole, appelle à tirer des leçons de la gestion de la crise sanitaire : « Dès maintenant, il faut mettre en place des mesures durables et anticipatives, sans attendre la prochaine vague de l’épidémie. »