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Eau et énergie
Des panneaux solaires rallument l’espoir à Cuba
Face au blocus imposé à l’île caribéenne et à ses conséquences dramatiques dans tous les domaines – santé, éducation, transports, vie quotidienne… –, les animateurs-collecteurs du Secours populaire collectent massivement pour permettre aux partenaires cubains de l’association d’acheter 1000 panneaux photovoltaïques, indispensables pour survivre et espérer. Une mission du Secours populaire s'est rendue à Cuba pour accompagner la pose de ces premiers panneaux solaires.
Cuba, déjà confrontée à une grave crise énergétique, subit depuis la fin janvier 2026 un durcissement des restrictions. Sous l’effet de l’embargo pétrolier qui a épuisé les réserves nationales et du blocus renforcé, l’île est régulièrement plongée dans le noir, avec des coupures fréquentes pouvant durer plus de vingt heures par jour dans certaines provinces. Privé de carburant pour alimenter des centrales thermiques vétustes fonctionnant habituellement au fioul et au diesel importés, le réseau électrique s’effondre, provoquant l’arrêt des pompes à eau dont plus de 80 % dépendent de l’électricité, ainsi que la rupture de la chaîne du froid pour les médicaments et la nourriture. « Étant donné la dépendance des systèmes de santé, d’alimentation et d’approvisionnement en eau aux combustibles fossiles importés, la pénurie actuelle de pétrole met en péril la disponibilité des services essentiels, a souligné Marta Hurtado, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme. L’accès [à ces] biens et services ainsi qu’à un approvisionnement suffisant en carburant et en électricité doit toujours être garanti, car ils sont fondamentaux pour le droit à la vie et la possibilité de jouir de nombreux autres droits. »
Une mobilisation qui porte ses premiers fruits
Pour répondre à cette situation dramatique, le Secours populaire a lancé une campagne de mobilisation et de collecte visant à installer 1 000 panneaux solaires afin de soutenir la population et protéger ces secteurs critiques – santé, éducation et sécurité alimentaire. En mission sur l’île du 21 au 24 juin, ses membres ont mesuré l’urgence d’agir. En concertation avec leurs partenaires locaux, l’Association cubaine de production animale (ACPA) et celle des techniciens agricoles et forestiers (ACTAF), ils ont identifié 14 sites prioritaires et accompagné le montage des premiers kits solaires (batterie, ondulateur et panneaux photovoltaïques) par Solar Caro – cette entreprise cubaine assure la maintenance, avec une garantie pièces et main-d’œuvre pendant dix ans. Les premiers résultats sont déjà visibles : 17 panneaux solaires disposés sur le toit du siège de l’ACPA à La Havane fournissent l’électricité nécessaire à la conservation de données de recherche agronomique cruciales – équiper un laboratoire consacré aux maladies neuro-évolutives figure aussi parmi les priorités. Les prochaines installations cibleront des structures collectives (écoles, hôpitaux, maisons de maternité, de retraite…) et des sites qui garantissent l’autosuffisance alimentaire ou soutiennent les pompes de puisage d’eau.


Une santé publique en péril
L’impact de l’embargo énergétique sur la santé est particulièrement alarmant : selon l’ONU, « les unités de soins intensifs et les services d’urgence sont compromis, tout comme la production, la livraison et le stockage des vaccins, des produits sanguins et [de] médicaments ». Cet embargo fragilise les soins prénataux, néonatals et la condition des futures mères multipliant les grossesses à risque : depuis le début de l’année, quelque 32 000 femmes enceintes n’ont pas eu accès à une échographie. « Les urgences sont assurées avec beaucoup de difficultés, mais actuellement [30 juin] 100 000 patients, dont 12 000 enfants, sont en attente d’une chirurgie indispensable », s’inquiète le professeur Antonio Paz Cordivez de l’hôpital pédiatrique Borrás-Marfan à La Havane. Le problème central est selon lui l’énergie : « Pour les lampes du bloc opératoire, l’eau, les équipements, les incubateurs pour les nouveau-nés… Elle est partout : sans énergie, rien n’est possible. » Il constate une dégradation brutale des indicateurs : en deux ans, la mortalité infantile a plus que doublé, passant de 3,8 à 9 pour 1 000 naissances. « Plus de la moitié des enfants atteints de cancer ne survivent plus, faute d’accès aux traitements et d’énergie pour la radiothérapie ou de conditions adéquates pour la chimiothérapie », alerte-t-il. À cela s’ajoute l’impossibilité d’acheter des dispositifs médicaux essentiels comme les pacemakers ou les matières premières nécessaires à la fabrication de médicaments et de vaccins : quelque 30 000 enfants seront privés de vaccination. Les prochains panneaux photovoltaïques iront en priorité aux hôpitaux, en particulier les services d’urgence pédiatriques – l’hôpital Borrás-Marfan est en cours d’équipement – et les unités de soins intensifs, et aux polycliniques, où les Cubains reçoivent des soins primaires.
Éducation : « l’avenir de toute une génération menacé »
Pour pallier la pénurie de carburant, les écoles du pays ont dû, en février, réduire la journée scolaire à une demi-journée afin d’économiser l’énergie. Les examens d’entrée à l’université pour les lycéens de terminale ont été annulés. Les étudiants ont dû recourir à l’enseignement à distance comme pendant le Covid. Mais avec de longues et fréquentes coupures d’électricité, Internet est quasi inexistant et la plupart des étudiants et des professeurs n’ont pas les moyens de se payer les données pour suivre les cours à distance sur leur téléphone. « L’éducation à Cuba est en danger en raison de la crise énergétique actuelle. Cette situation empêche les enseignants et les élèves de se rendre à l’école, d’apprendre efficacement et de mener une vie sociale normale avec leurs amis, a souligné, le 29 mai, Anne Lemaistre, directrice du bureau régional de l’Unesco à La Havane. C’est l’avenir de toute une génération qui est menacé, avec des conséquences à long terme. Il faut protéger leur avenir pour le bien de tous. » Pour y contribuer, des panneaux solaires vont être installés dans des centres dédiés à l’enfance, afin d’assurer aussi la préparation des repas et le pompage de l’eau. À Camagüey (centre-est), à La Havane et à Pinar del Rio (au sud-ouest de la capitale), des écoles maternelles, des centres de loisirs (le Palais des pionniers), des orphelinats et des écoles spécialisées dans l’accueil d’enfants en situation de handicap (malvoyants, autistes…) devront être équipés.


Vie quotidienne sous tension et risques alimentaire
« L’absence de carburant – quand il y en a, il est à plus de 10 $ le litre – met en péril toute l’activité : impossibilité d’aller travailler, d’avoir la climatisation, de conserver des aliments au frais », ont constaté sur place les membres de la mission du Secours populaire. « Certaines opérations [chirurgicales] se poursuivent avec l’éclairage du smartphone. » À cause des coupures incessantes de courant, la population ne peut plus cuisiner et doit se lever au milieu de la nuit dès que l’électricité est provisoirement rétablie. Dans le secteur alimentaire, les prix flambent car la production a chuté, faute de moyens pour irriguer les cultures, nourrir le bétail… « Ces panneaux apportent une amélioration dans la vie quotidienne », souligne Joëlle Bottalico, secrétaire générale adjointe du Secours populaire de retour de mission. Sur l’île, elle a rencontré des responsables de l’Institut de recherche avicole, qui a développé une espèce de poules résistantes à la chaleur. « Aujourd’hui, tout est à l’arrêt faute d’énergie. L’installation de panneaux solaires permettra de garantir la continuité de son fonctionnement et d’assurer l’autosuffisance alimentaire. Cela profitera à l’ensemble de la population. »
« Nous ne sommes pas encore paralysés : il y a de l’espoir »
« Face à la crise énergétique qui nous frappe aujourd’hui, le Secours populaire est à nouveau le premier à réagir. Cette campagne pour 1 000 panneaux solaires permettra de résoudre une partie de la détresse des familles et c’est immense », ont témoigné Lissette Fernandez Paramo et Alina Beltran Castillo, présidentes de l’ACPA et de l’ACTAF. « Le Secours populaire nous fait avancer, nous ouvre sur le monde et c’est très important dans un contexte où nous subissons un blocus violent où tout est fait pour nous [couper] de l’extérieur. Nous étouffons, nous sommes bloqués, mais pas encore paralysés : il y a de l’espoir. “Solidarité”, c’est un tout petit mot, mais il est primordial pour Cuba. »
1000 panneaux solaires pour rallumer l’espoir à Cuba
Face à la crise énergétique qui nous frappe, le Secours populaire a lancé une campagne pour l’installation de mille panneaux solaires à Cuba. Cela va permettra de résoudre une partie de la détresse des familles et c’est immense. Il y a une chose dont la population cubaine a plus que jamais besoin, c’est de solidarité. Chaque don aura un impact significatif car il sera utilisé dans des secteurs éminemment critiques : l’alimentation, la santé publique et l’éducation.
Lissette Fernandez Paramo, présidente de l’ACPA et Alina Beltran Castillo, présidente de l’ACTAF
Cuba traverse une crise énergétique extrême. Les longues coupures d’électricité (excédant régulièrement 15 heures d’affilée) qu’endure la population ont des répercussions directes sur son accès à l’eau, à la santé, à l’alimentation et à de nombreux services essentiels, tels les transports et la communication. Dans un contexte où les infrastructures sont au bord de l’effondrement et le carburant ne parvient plus sur l’île, l’accès aux énergies renouvelables constitue un objectif national majeur.
En concertation avec ses deux partenaires de longue date, l’ACPA et l’ACTAF, dont il soutient les programmes de sécurité alimentaire via l’élevage et l’agriculture, le Secours populaire appelle à la mobilisation et à la générosité et lance le programme « La solidarité est notre énergie pour Cuba : 1000 panneaux solaires pour rallumer l’espoir ». Les systèmes photovoltaïques sont installés prioritairement dans des structures d’accueil ou de soins collectives pour les personnes les plus vulnérables : personnes âgées, enfants en situation de handicap, orphelins, grands malades ; mais aussi des centres de loisirs et des écoles.