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Agriculture, scolarisation, santé mentale : trois ans après le séisme au Maroc, « il reste à faire »
Il y a trois ans, dans la nuit du 8 au 9 septembre 2023, un puissant séisme frappe le Haut-Atlas, faisant près de 3000 morts. Des villages entiers sont ravagés. Depuis le Secours populaire vient en aide aux victimes à travers ses partenaires locaux. Éducation, agriculture, emploi : retour sur les actions menées pour la reconstruction durable des zones sinistrées.
Par Madeleine Le Page
Dans les régions montagneuses d’Al Haouz et de Taroudant, les stigmates du séisme sont encore visibles. Peu de routes mènent aux villages isolés. Les pistes, trop endommagées, obligent parfois les habitants à acheminer le matériel de reconstruction à dos d’ânes. Les arganiers, importante source de revenus, ne produisent plus ou trop peu.
« Certaines personnes n’ont toujours pas retrouvé d’habitation en dur et d’autres suivent leur scolarité dans des conteneurs provisoires », décrit Lahcen Abdelkhalik, le responsable des projets d’IFLAN, une association pour la culture et le développement, partenaire local du Secours populaire. « Un travail énorme a été mené par les associations et l’État mais il reste encore à faire », reconnaît-il.

Le séisme de magnitude 7, qui a frappé le Haut-Atlas dans la nuit du 8 septembre 2023, a tué près de 3000 personnes et privé 300 000 autres de leur foyer. Dès les premiers jours, le Secours populaire a organisé une campagne de collecte partout en France et pris contact avec ses quatre partenaires sur place, dont IFLAN ou encore le Forum des Jeunes de Targa (FJT).
Deux écoles réhabilités, une autre bientôt terminée
« Nous avons commencé par la distribution d’aliments, de couvertures et par offrir un abri, même temporaire, aux rescapés », se souvient Lahcen. L’argent récolté par le Secours populaire sert alors aux achats sur place de fournitures de première nécessité. Un impératif pour faire vivre l’économie locale et s’adapter aux usages des personnes concernées.
Une fois l’urgence passée, la priorité pour IFLAN : assurer la continuité scolaire des jeunes Marocains. « On a commencé à faire le dur », ajoute-t-il, « ça veut dire reconstruire des écoles en totalité ». Déjà trois classes ont été réhabilitées, une bibliothèque aménagée, des logements pour les professeurs et des blocs sanitaires achevés, dans les communes d’Ime Nougoug et de Tachrafte.

On rencontre des enfants dans des états psychologiques très difficiles.
Lahcen Abdelkhalik, responsable des projets d’IFLAN
Certains ont perdu toute leur famille, comment oublier ça ?
On dénombre une soixantaine d’écoles effondrées dans la région d’Al Haouz. Parmi lesquelles celle de Mzouzit, à 15 kilomètres de l’épicentre, « totalement fendue par le séisme », décrit Lahcen. Depuis quelques semaines, les travaux battent leur plein. Quatre salles de classe et des logements pour les professeurs sortent peu à peu de terre. Son responsable des projets en est convaincu, « un enfant qui rejoint une école dans de bonnes conditions, l’encourage à revenir ».
Des caravanes de solidarité pour « soulager le choc psychologique du séisme »
Les conséquences de la catastrophe sont aussi psychologiques, en particulier chez les plus jeunes. « On rencontre des enfants dans des états psychologiques très difficiles. Certains ont perdu toute leur famille, comment oublier ça ? », se demande Lahcen. Depuis près de deux ans, des caravanes de solidarité sillonnent la région pour « tenter de soulager le choc psychologique du séisme ».

Pendant deux ans, en plus des activités sportives et culturelles, IFLAN a sensibilisé aux droits des enfants comme à la préservation de l’environnement. Le projet a pris fin en juillet dernier, avec au total une quarantaine d’écoles visitées, touchant pas moins de 16 000 enfants. Compétitions de football, de volleyball, jeux gonflables ou traditionnels, distributions de prix et de cadeaux… À chaque fois, « c’est comme une fête », se réjouit Lahcen, « on nous demande si on reviendra le lendemain. Tout le monde se quitte les larmes aux yeux. Des larmes de bonheur ».
« Donner des moyens de subsistance aux femmes des villages sinistrés »
L’accompagnement psychologique et social est central dans le travail mené par la Fondation YTTO. Cette association, soutenue par le Secours populaire depuis 2010, milite pour les droits des femmes et contre les mariages précoces. Depuis mi-2025, 240 femmes ont été écoutées par des professionnels de la santé mentale. « Une reconstruction humaine » nécessaire, selon la Fondation qui souhaite « libérer la parole » des participantes.
Trois ans après le séisme, c’est important que les habitants retrouvent une autonomie économique.
Pierre Bastid, directeur des Solidarités dans le monde au Secours populaire
Et puissent prendre leur avenir entre leurs mains. C’est un enjeu de dignité.
En plus de la mise à l’abri urgente des victimes du séisme, avec l’installation d’environ 150 maisonnettes, la Fondation YTTO s’attèle à « l’autonomisation » des femmes des régions dévastées. Des projets agricoles voient peu à peu le jour : élevages de chèvres, de boucs et de volaille. En 2026, les habitants du village de Zrit se forment à l’hydroponie. Cette technique de culture hors-sol permet de faire pousser des plantes avec de l’eau enrichie en nutriments au lieu de la terre pauvre et rocailleuse propre à cette région montagneuse.
« On travaille sur ce projet depuis plusieurs mois. Il a pour vocation de donner des moyens de subsistance aux femmes des villages sinistrés », explique Pierre Bastid, directeur des Solidarités dans le monde au Secours populaire. « Trois ans après le séisme, c’est important que les habitants retrouvent une autonomie économique et puissent prendre leur avenir entre leurs mains. C’est un enjeu de dignité. »
« Aujourd’hui, notre plus grosse crainte est l’exode des jeunes »
Les jeunes de la région de Marrakech-Safi peinent à retrouver leur vie pré-séisme. Certains vivent de petits services ponctuels dans les environs de leurs douars. Mais sans activités pérennes, ni perspectives, ils perdent peu à peu espoir.

« Aujourd’hui, notre plus grosse crainte est l’exode des jeunes », soutient Momo Oudra, président du Forum des Jeunes de Targa (FJT). Avec la catastrophe du 8 septembre 2023, « ils ont perdu plusieurs membres de leur famille, parfois leur bétail, et ont préféré quitter totalement leur village. Les jeunes partent vers les grandes villes pour y trouver du travail », explique-t-il. Pour offrir des perspectives aux nouvelles générations dans les villages isolés, le FJT veut davantage soutenir les coopératives agricoles féminines, génératrices de revenus.
La lutte contre la précarité des jeunes est aussi la préoccupation de l’association Al Karam, un autre partenaire, aux côté de la déscolarisation et du travail des enfants. Dès ce mois de septembre, 200 élèves des zones rurales, collégiens et lycéens, pourront être orientés et accompagnés dans leurs projets professionnels. 100 jeunes, âgés de 15 à 29 ans, seront même soutenus financièrement s’ils souhaitent lancer leur entreprise ou se former professionnellement. Une aide essentielle afin de lutter contre l’abandon scolaire dans les zones rurales sinistrées et permettre aux jeunes précaires de se reconstruire un avenir.