À Verdun, trente jeunes sur le chemin de la paix [Archivé]

Le week-end du 11 novembre le SPF invitait de jeunes allemands, français et réfugiés-migrants à participer à l’opération « Born to be solidaire » organisée par la fédération de la Moselle. Au programme : visites de lieux chargés d’histoire et échanges sur l’Europe et la paix.

Le 11 novembre 2018, à l'initiative du SPF trente jeunes se sont recueillis à Verdun.
Jean-Marie Rayapen

C’est dans la maison de Robert Schuman, le père fondateur de l’Europe que se sont ouverts les travaux de la rencontre « Born to be solidaire », initiative portée par le SPF et Esan (European social action networks). Alors que la France s’apprêtait à commémorer l’armistice de la première guerre mondiale, il semblait important pour le  SPF de participer à ces manifestations. Comme l’indique Marie-Françoise Thull, la secrétaire générale du SPF de Metz « Aujourd’hui si nous voulons que la paix perdure en Europe, nous nous devons d’éduquer les jeunes générations sur ce que fut cette terrible guerre qui fit des millions de morts. Premier conflit européen de cette ampleur, nous souhaitions aussi prendre le temps de réfléchir à l‘Europe aussi bien d’un point de vue géographique qu’économique. » Dix jeunes allemands de l’association TWSD (Tragerwerk Soziale Dienste Rheinland-Pfaalz und Saarland), dix jeunes français de Moselle, du Nord-pas-de Calais et dix jeunes migrants-réfugiés ont ouvert les débats sur la question de l’Europe. Pour certains elle représente un rêve quasi inaccessible, comme Alpha jeune mineur isolé de Guinée-Conakry arrivé il y a tout juste deux ans en France.

« L’ Europe est un rêve pour moi 

Agé de 17 ans et 3 mois comme il le précise, il a mis neuf mois pour traverser le Mali, le Maroc, l’Algérie, l’Espagne pour enfin arriver en France, « L’Europe et la France sont un rêve pour moi, je ne veux qu’une chose devenir européen. Je travaille dur à l’école pour réussir et j’espère ainsi pouvoir servir au mieux ce pays qui m’accueille aujourd’hui » explique-t-il. Bien évidemment tous n’ont pas la même image de l’Europe, pour Carolina jeune allemande, c’est une notion plus économique. « Je ne me sens pas européenne, pour moi je suis allemande. L’Europe on nous en parle beaucoup à l’école mais seulement comme d’une puissance économique. On nous explique que les pays européens se sont unis pour être plus forts. »Il est vrai que l’histoire des uns et des autres est déterminante dans leur approche de l’Europe. Sacha, originaire de Schoeneck raconte que quand il voyage en Europe, les postes frontières sont fermés. Les jeunes migrants-réfugiés ont une toute autre approche de cette réalité. Eux qui n’ont cessé de franchir des frontières, de payer des passeurs pour arriver jusqu’ici vivent cette territorialité européenne bien différemment.

Son grand-père lui racontait la guerre

Après cet atelier sur l’Europe, les trente jeunes se sont rendus à Verdun, pour visiter l’Ossuaire de Douaumont. Lieu de mémoire de la bataille de Verdun qui a duré 10 mois. Sur le site, reposent 16 000 soldats tués entre le 21 février et  le 18 décembre 1916 ainsi que les restes de 130 000 soldats allemands et français inconnus. Librement, ils visitent le musée et sa nécropole. Devant chaque tombe un rosier est en fleur. Ce qui retient particulièrement leur attention c’est la jeunesse des soldats, beaucoup ont leur âge.Une fois de plus l’histoire personnelle de chacun d’entre eux est à nouveau au cœur des discussions. Victoria, jeune biélorusse de 29 ans se souvient de ce que son grand-père lui racontait sur l’horreur de la seconde guerre mondiale « Il nous parlait de la guerre et de ses atrocités. Il avait tué des hommes et cela le hantait encore bien des années après. À la fin de sa vie il était devenu un homme de paix »Face à elle, Joseph, venu du Rwanda et bénévole au SPF lui explique que son pays a aussi connu un terrible conflit ethnique entre 1990 et 1994 qui a fait des milliers de morts.

La lettre de Fiquelmont, un message de paix

Et même si tous ne parlent pas la même langue et n’ont pas la même histoire, ils partagent tous la même envie de vivre dans un monde en paix. Idée confortée après la projection du film « Les hommes de boue » qui présente des images filmées lors de la bataille de Verdun par les états majors allemands et français.Pour terminer cette journée, forte émotionnellement, le comédien Jean-Martin Solt leur a lu le message de paix de Fiquelmont. Texte rédigé par six soldats allemands en 1915 près de Verdun, mais découvert seulement en 1981 dans le mur d’une ferme. Dénonçant les horreurs de la guerre, cette lettre est un plaidoyer pour la paix. Arta, Samassi, Ralph, Sacha, Mohamed, Victoria et tous les jeunes présents en reprennent en chœur les derniers mots, « Nous sommes tous frères ».

Mots-clés