Émanciper
À Die, tout le monde à l’eau
À Die, dans la Drôme, le Secours populaire favorise l'accès à des cours de natation. S’ils étaient au départ uniquement destinés aux enfants, le comité a ensuite souhaité élargir l’initiative aux adultes. Vaincre ses peurs, renforcer sa confiance en soi et découvrir qu’il n’est jamais trop tard pour apprendre : c’est tout cela, mais aussi le sentiment d’être « comme tout le monde », que cette initiation sportive permet.
La piscine municipale n’est pas encore ouverte et, pourtant, il y a du mouvement dans l’eau. Depuis 8h30, Dominique et Annie s’activent dans le petit bassin. Guidées par Alban le maître-nageur, elles apprennent à nager et vaincre leurs craintes. « C’est notre deuxième cours ensemble. Avant tout, je leur apprends à appréhender l’eau. À ne pas avoir cette peur de mettre la tête sous l’eau, de sauter, de tomber, à ne pas paniquer et avoir les bons gestes. Ensuite, je leur apprends à flotter pour justement leur prouver qu’elles ne risquent rien », explique Alban.
Le moment tant redouté est venu. Après une leçon entière et quelques rappels dans le petit bassin, il est temps de faire le grand saut. Les deux apprenties sortent de l’eau. Il est tôt mais il fait déjà très chaud. « On est bien là comme ça. On se rend compte qu’on est passées à côté de bons moments de fraîcheur en ne sachant pas nager », plaisante Dominique. En s’approchant du grand bassin, la crainte commence cependant à prendre le dessus : « Depuis hier, à l’idée que je vais devoir aller dans le grand bassin, je suis terrifiée. Je n’y suis jamais allée », s’inquiète la retraitée de 69 ans.
De son côté, Annie, 77 ans, écoute attentivement les consignes en exprimant une crainte plus discrète. Elle pense à tous les moments qu’elle pourra passer avec ses petits-enfants pour se donner du courage. « J’ai un vrai manque de technique. Alban, il est là, il nous écoute. Je n’arrive pas à mettre la tête sous l’eau. J‘ai très peur mais je fais des progrès », confie-t-elle l’estomac noué par l’appréhension mais la détermination au creux des mains. Alban accompagne les deux femmes au plus près de l’eau. « Mesdames, vous ne coulerez pas, vous avez appris à flotter dans le petit bain. C’est exactement la même chose ici. Vous avez le bord [pour vous accrocher]. Je suis là », rassure le maître-nageur.
Un peu en retrait, Nicole, Françoise et Guy, bénévoles du Secours populaire à qui l’on doit cette initiative, contemplent ce moment unique dans la vie des deux femmes. Après un total de six séances d’une durée d’une heure et demie chacune, Dominique et Annie devraient être assez à l’aise pour venir passer l’été le corps entier dans l’eau avec leurs petits-enfants. « On est ici avec des personnes merveilleuses. Vraiment je n’ai pas les mots pour le dire. Mais merci énormément. Merci le Secours populaire », s’enthousiasme de son côté Dominique. « C’est tellement incroyable d’avoir des cours par un professionnel, un vrai pédagogue à l’écoute. Jamais je n’aurais pu le faire seule. Merci le Secours », complète de son côté Annie.

Une initiative intergénérationnelle
Depuis trois ans maintenant, le comité de Die organise tous les étés des leçons de natation pour les adultes. C’est dans le cadre des « Journées bonheur », ces journées d’évasion que le Secours populaire organise pour les publics qu’il accompagne, que l’idée est venue. En accord avec la municipalité et Alban, des enfants peuvent bénéficier de leçons financées par le Secours populaire. C’est alors qu’au cours d’une discussion, un parent reconnaissant pour son enfant avoue que lui-même ne sait pas nager. « Ça semblait si naturel pour nous. On ne pensait pas qu’autant d’adultes ne savaient pas nager. C’est assez tabou. Mais en voyant une personne nous le dire puis deux, on s’est saisis du sujet pour aller plus loin et tout ça avec nos partenaires locaux », se félicite Françoise, secrétaire générale adjointe du comité de Die. Rappelons qu’en France, c’est environ 1 personne sur 7 qui déclare ne pas savoir nager. De quoi nourrir des projets et accompagner plus de monde encore sur l’ensemble du territoire.
C’est avec Guy, ancien secrétaire général et Nicole, chargée des sports au sein du comité, qu’ils ont mis en place les cours de natation pour toutes et tous. « On est très investis dans le domaine sportif. On finance déjà les licences sportives, tous les ans pour des dizaines d’enfants. On leur propose, depuis quelques temps, des cours de natation. Ça concerne en premier lieu les enfants mais on s’est dit qu’il fallait aussi équilibrer avec ce que l’on peut proposer comme accompagnement pour les adultes », confie Nicole, bénévole de 82 ans. « Avec ces cours, on va toujours plus dans l’accompagnement. Notre solidarité ne s’arrête pas, par exemple, à l’aide alimentaire. Le sport et la culture font partie des choses que l’on doit rendre accessibles », précise-t-elle.
Cet accompagnement en lien avec la commune a déjà permis, en 3 ans, à une dizaine d’adultes de retrouver les couloirs de la piscine. Mais le comité du Diois ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. « Il existe aussi des cours d’aquagym ici à la piscine. L’année prochaine on aimerait bien en financer quelques uns car on sait que cela peut intéresser certaines personnes qui veulent faire de l’exercice », conclut Françoise. Une prochaine étape et un nouvel objectif, à la fois pour les bénévoles et les personnes accompagnées du Secours populaire de la Drôme.

C’est incroyable d’avoir des cours par un professionnel, un vrai pédagogue. Alban, il est là, à l’écoute. [Apprendre à nager], jamais je n’aurais pu le faire seule.