Baromètre Ipsos-SPF 2015 : une peur record de la pauvreté [Archivé]

La précarité s’est installée durablement, comme les chiffres du baromètre Ipsos-SPF 2015 le montrent. Un constat identique chez les sondés, qu’il s’agisse des adultes ou des plus jeunes, dont un nombre important est confronté à des problèmes liés à l’alimentation.

Un tiers des Français ont des difficultés pour payer leur loyer, leur emprunt immobilier ou les charges de leur logement.
Didier Gentilhomme

Le nouveau baromètre Ipsos- SPF 2015* le confirme : l’évolution de la pauvreté en France suit une tendance préoccupante dans un contexte marqué par une aggravation des inégalités, l’enracinement de la précarité de la population éloignée de l’emploi, et des situations d’exclusions durables.
La crainte de basculer un jour dans la précarité et de voir ses enfants connaître le même sort touche une part de plus en plus large de la population. Ainsi, 87 % des sondés (plus 1 point par rapport à 2014) estiment les risques plus grands pour leurs enfants de connaître un jour la pauvreté, qu’ils ne l’étaient pour leur génération – 55 % pensent même que le risque est beaucoup plus important. Cela représente le niveau le plus élevé depuis la création du baromètre en 2007.

Les effets de la crise de 2008 n’épargnent aucune famille

La proportion de Français affirmant avoir vécu une situation de pauvreté ou être en passe de la vivre s’est accrue. En 2015, 57 % des personnes répondent qu’elles ont été sur le point de connaître une situation de pauvreté à un moment de leur vie (2 points de plus qu’en 2014) et 35 % déclarent l’avoir déjà effectivement vécue. Ces résultats demeurent élevés comparés à ceux de 2007. Moins d’un sondé sur deux (45 %) exprimait, alors, une telle angoisse.

66 % des français disent avoir un proche dans la pauvreté

Source : Ipsos-SPF 2015

 
Les chiffres 2015 le confirment : deux tiers des personnes interrogées, quelle que soit leur catégorie socioprofessionnelle, ont un proche qui vit la pauvreté (56 % en 2007). Pour 31 % d’entre elles, celle-ci touche des membres de leur famille (plus 2 points par rapport à 2014).

La crise, qui a débuté, en 2008, dans le secteur financier, s’est progressivement étendue à l’ensemble de l’économie : son impact est durable sur le quotidien des Français. Si cette situation n’épargne désormais aucune catégorie sociale, la crainte de basculer dans la pauvreté est plus présente chez les nondiplômés (45 %), les foyers comptant un enfant de moins de 18 ans (43 %), les femmes (38 %).

Quant aux personnes aux revenus les plus faibles, elles sont 64 % à avoir été confrontées un jour à la pauvreté. Ces chiffres corroborent les études nationales, comme le rapport 2013-2014 de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (Onpes) et les dernières analyses de la direction de la recherche du ministère de la Santé (Drees). « Des dizaines de milliers de personnes vivent dans des conditions peu éloignées de celles des pays en développement, notait, en 2014, l’Observatoire des inégalités. Et encore, ces données ne prennent pas en compte la période 2013- 2014, où les conditions de vie se sont dégradées pour les plus démunis. »

87 % des Français considèrent que les risques que leurs enfants connaissent un jour la pauvreté sont plus élevés qu’ils ne l’étaient pour leur génération. Ce niveau est le plus haut enregistré depuis la création du baromètre en 2007.

Restrictions insupportables dans le domaine de la santé

Les données de terrain recueillies par les bénévoles du Secours populaire français témoignent d’une détérioration des conditions de vie des plus modestes et d’une augmentation du nombre de personnes accueillies. Ces constats et ceux du baromètre Ipsos-SPF 2015 convergent. Exprimée par les personnes accueillies dans les permanences et relais santé du Secours populaire, cette situation ne représente pas un cas isolé. Elle est le quotidien d’une large partie de la population qui doit affronter de multiples problèmes. Les difficultés financières ont des conséquences concrètes : les restrictions dans le domaine de la santé en constituent un exemple insupportable. 40 % des sondés disent rencontrer des problèmes à l’heure de payer des soins médicaux mal remboursés par la Sécurité sociale. En outre, 34 % éprouvent des difficultés à régler leurs dépenses d’énergie ; 33 % à acquitter leur loyer ou un emprunt immobilier ; 29 % à s’alimenter correctement trois fois par jour ; 29 % à faire face aux frais de transport. Concernant les loisirs, la moitié des familles ont du mal à envoyer leurs enfants en vacances au moins une fois par an. Les frais de cantines scolaires représentent également une dépense délicate à honorer pour 27 % d’entre elles.

La moindre anicroche peut tout faire basculer

Quand les interviewés appartiennent aux 40 % de la population qui dispose des revenus les plus faibles – moins de 2 000 euros net mensuel –, le bilan s’alourdit : 51 % éprouvent des problèmes pour payer les soins médicaux ; 48 % pour se chauffer ; 44 % pour acquitter le loyer et s’alimenter correctement trois fois par jour. La moindre anicroche dans l’équilibre des ressources peut faire basculer des ménages dans l’extrême précarité.
Les Français pensent qu’avec un revenu inférieur à 1 054 euros mensuel, on peut être considéré comme pauvre. Ce montant interpelle du fait de sa proximité avec le Smic (équivalant à 1 135 euros net mensuel pour un temps plein selon l’Insee), tout en restant supérieur au seuil de pauvreté « officiel » qui s’élève à 987 euros**.
Au regard de l’extension de la pauvreté, les discours stigmatisant les pauvres, ravalés à une minorité marginale responsable de son sort, sont injustes et peu représentatifs de la réalité. L’enquête atteste, au contraire, que 65 % des Français estiment que les plus démunis font déjà beaucoup d’efforts pour s’en sortir, et 71 % se disent prêts à s’impliquer dans des actions de solidarité auprès des plus pauvres. Ces résultats démontrent combien la notion de solidarité est chère à leurs yeux. Cela constitue un encouragement pour le Secours populaire à continuer dans la voie qu’il s’est tracée.

* Les Français et la pauvreté, juin 2015 : 9e vague de ce baromètre Ipsos-SPF créé en 2007. Résultats complets et synthèse à consulter sur le site du SPF : www.secourspopulaire.fr/francais-pauvrete-barometre-2015
** Insee 2014 (dernier chiffre connu établi par rapport au niveau de vie médian de 2012). Correspondant à 60 % du revenu médian national, ce seuil de pauvreté sert de base au calcul, par la Caisse d’allocation familiale, du plafond au-dessous duquel on peut prétendre au revenu de solidarité active (RSA).

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