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"Je voulais montrer comment des ouvrières peuvent devenir actrices de leur destin en créant une société coopérative."

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Réalisatrice de documentaires, Mariana Otero s'est intéressée notamment à la vie dans un collège de la banlieue parisienne. Dans Entre nos mains, sorti à l'automne 2010, elle filme une entreprise au bord du dépôt de bilan. D'abord perdues, les ouvrières rejoignent l'économie sociale et changent leur regard sur elles-mêmes.
David Paul Carr

Je voulais filmer la reprise en main d'une entreprise sous forme de coopérative par ses salariées. Je voulais montrer comment des ouvrières peuvent devenir actrices de leur destin en créant une coopérative. Parce que le pouvoir dans les sociétés coopératives ouvrières de production (Scop) est aux mains des salariés, ce type d'organisation peut contribuer à changer la situation vécue dans les usines. Pour moi, c'est un changement concret, une piste politique à suivre.J'ai donc filmé la PME Starissima dans le Loiret alors qu'elle essayait de se transformer en coopérative. Au bord du dépôt de bilan, cette entreprise de confection employait principalement des ouvrières. Durant trois mois, elles ont tenté, avec les cadres, de reprendre leur usine sous la forme d'une Scop.On voit dans le film toute leur évolution. Les ouvrières prennent la parole dans le film, en hésitant tout d'abord. Elles se demandaient : "Comment pouvons-nous être les héroïnes d'un documentaire alors que nous n'avons rien à dire, que nous ne sommes pas intéressantes ? Comment pouvons-nous codiriger notre entreprise alors que nous ne savons rien sur son fonctionnement et que nous ne connaissons pas l'ensemble de nos collègues ? Au fur et à mesure de l'élaboration du projet de reprise de l'entreprise sous forme coopérative, elles prennent confiance en elles, en leur force mutuelle, et dans les collègues des autres services. On voit tout cela devant la caméra, mais aussi leur prise de conscience : elles peuvent modifier le rôle qui leur est assigné dans la société. L'idée commence par germer, puis devient de plus en plus concrète. Au début, leur propre collectif de travail ne les intéressait pas, puis elles sont parties à la découverte de leur entreprise dans sa globalité. Elles se sont dit : "Ensemble on peut y arriver."J'ai vu beaucoup de coopératives avant de tourner le documentaire. Il y a aujourd'hui 40.000 salariés en France qui travaillent dans des Scop. Pour moi, si les salariés conquièrent des responsabilités nouvelles dans leur travail, s'ils deviennent acteurs dans leur entreprise, cela peut contribuer à transformer la société tout entière. C'est une manière de commencer à changer le monde sans attendre le grand soir.Réalisatrice de documentaires, Mariana Otero s'est intéressée notamment à la vie dans un collège de la banlieue parisienne. Dans Entre nos mains, sorti à l'automne 2010, elle filme une entreprise au bord du dépôt de bilan. D'abord perdues, les ouvrières rejoignent l'économie sociale et changent leur regard sur elles-mêmes.

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