Témoin

"Le manque actuel de logements, dont souffrent les jeunes, provient de la baisse des financements publics à la construction."

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Née en 1929, Renée Gailhoustet est une des rares architectes à s'intéresser au logement social dès les années 1950. Influencée par les idées modernes du Team 10, notamment de Georges Candilis, ou de Jean Renaudie, elle a dirigé la rénovation de la ville d'Ivry-sur-Seine. Elle y vit dans un des logements qu'elle a conçus.
David Paul Carr

J'ai réalisé de nombreux bâtiments destinés à l'habitat social. Je suis intervenue essentiellement en banlieue parisienne, comme à Aubervilliers et à Ivry-sur-Seine. Dans cette dernière commune, j'ai exercé dans les années 1960 et 1970, à une époque où la mairie et son office HLM bâtissaient beaucoup. Ma conception du logement dénote un combat d'idées : les projets de logements étaient alors conçus à très grande échelle, à l'image de Sarcelles, et les équipements comme les écoles étaient conçus par les architectes et les pouvoirs publics dans des zones éloignées des habitations. L'idée directrice qui m'animait était de construire plusieurs types de bâtiments dans le même lieu, même si les subventions pour les équipements et pour les logements n'étaient pas débloquées au même moment. Cela permettait de faire vivre les habitants et non pas simplement de les "caser" : cela répondait aux besoins de différentes populations réunies sur un même lieu : des jeunes, des vieux, des habitants, des salariés venant travailler dans les bureaux... J'ai suivi cette ligne lors de la construction de l'ensemble Spinoza, à Ivry-sur-Seine. L'immeuble comprenait 70 logements, un centre médico-psycho-pédagogique pour enfants, une crèche et des bureaux. Il comprenait aussi la construction d'un foyer de jeunes travailleurs. Un tel projet n'aurait jamais vu le jour si les subventions publiques n'avaient pas été accordées. Les communes ne construisent que ce que leur permettent les financements qu'elles reçoivent de l'État : l'aménagement du centre-ville d'Ivry-sur-Seine a dû être étalé sur 30 ans. Pour construire, il faut de l'argent public, c'est décisif, sinon l'effort est hors de portée. Aucune collectivité territoriale n'échappe à cette règle. Le manque actuel de logements, dont souffrent cruellement les jeunes, provient d'un changement de perspective politique : tous les gouvernements comptent désormais sur le privé pour construire. Cela ne peut que provoquer une pénurie de logements destinés aux catégories populaires, dont la plupart des membres n'ont pas les moyens de faire bâtir une maison. La construction en masse ou la pénurie est, en fin de compte, de la responsabilité des pouvoirs publics.

Renée Gailhoustet

Née en 1929, Renée Gailhoustet est une des rares architectes à s'intéresser au logement social dès les années 1950. Influencée par les idées modernes du Team 10, notamment de Georges Candilis, ou de Jean Renaudie, elle a dirigé la rénovation de la ville d'Ivry-sur-Seine. Elle y vit dans un des logements qu'elle a conçus.

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