PEAD : réaction de Jean-Louis Callens, secrétaire national en charge des questions d´alimentation au SPF [Archivé]

"L´attribution d´une aide alimentaire en chute libre crée un grand émoi dans la population française."

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La Commission européenne a annoncé qu'elle allait concentrer la totalité de ses stocks alimentaires du programme européen d'aide aux plus démunis (PEAD) sur l'année 2012. La distribution de cette aide chutera des trois-quarts. Puis, tombera à zéro en 2013. Jean-Louis Callens, membre du secrétariat national du SPF en charge des questions d'alimentation, réagit.

Comment interprétez-vous la décision de la Commission européenne ?

A mes yeux, la Commission de Bruxelles tire à contrecoeur la conséquence de l'arrêt de la Cour de justice de Luxembourg, rendu à la mi-avril. Cet arrêt rappelle que les textes européens autorisent la Commission à distribuer aux plus pauvres les stocks alimentaires constitués dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC) pour soutenir les cours de l'orge et du lait. Il rappelle aussi qu'en cas de chute des stocks alimentaires, ces textes interdisent à la Commission de débloquer une enveloppe financière qui permettrait aux associations de distribuer la même quantité de nourriture.

La Commission soutenait jusqu'ici le programme d'aide alimentaire destinée aux européens les plus pauvres. A-t-elle fait volte-face ?

Je ne pense pas que nous assistions à une volte-face. A mon avis, la Commission européenne cherche plutôt à provoquer un électrochoc pour que les vingt pays qui bénéficient du PEAD s'emploient à convaincre les autres de la nécessité de changer la réglementation européenne. Les pays à convaincre en priorité sont le Royaume-Uni et l'Allemagne, qui bloquent tout avec l'aide de cinq autres pays plus petits. Je ferai remarquer à cet égard que des associations britanniques et allemandes nous ont fait part de leur volonté de bénéficier elles aussi du PEAD.

Quelle est la position du Secours populaire ?

Notre position est très claire : les années où les stocks viennent à manquer, la Commission européenne doit être autorisée à débloquer de l'argent. Il nous paraît aussi nécessaire de revaloriser le PEAD. Celui-ci devrait représenter au moins un euro par citoyen européen, soit autour de 500 millions d'euros par an. Ce montant devrait aussi tenir compte de l'évolution des prix agricoles car la Commission européenne alloue ses stocks d'orge et de poudre de lait, nous devons ensuite les troquer contre des produits finis, comme les pâtes ou des fromages, dont les coûts peuvent s'envoler d'une année sur l'autre, comme c'est le cas en 2011.

Que compte faire le Secours populaire pour que l'aide européenne soit maintenue à des niveaux satisfaisants ?

L'attribution d'une aide alimentaire en chute libre crée un grand émoi dans la population française. Cela nous encourage à nous mobiliser. Nous allons faire circuler auprès des personnes les cahiers "le dire pour agir" dans lesquels les premiers intéressés pourront faire part de leur indignation. Par ailleurs, les quatre associations concernées (Secours populaire français, Banques alimentaires, Restos du coeur et Croix-Rouge) ont prévu un grand rassemblement en septembre à Paris. Il sera appuyé par des actions communes dans toutes les régions. Nous allons sensibiliser la population dans son ensemble au sort qui est réservé aux plus pauvres. Nous allons aussi faire part de nos positions auprès d'un maximum d'élus car il faut savoir que le PEAD est très populaire auprès d'eux. Nous allons agir en direction des parlementaires, des députés européens et des ministres, en particulier ceux en charge de l'Agriculture et des Affaires sociales. Le gouvernement français doit dégager à Bruxelles une majorité pour changer le règlement européen. Celui-ci doit prévoir qu'en l'absence de stocks agricoles, une enveloppe financière soit débloquée.

Le choc provoqué par la Commission vient au moment où la PAC va être renégociée ?

Nous pensons qu'il est temps de s'interroger sur la direction prise par la PAC depuis vingt ans : les agriculteurs ne peuvent plus subvenir à leurs besoins par leur travail, les consommateurs font face à des prix qui explosent et les plus pauvres sont menacés de disette. Les vingt pays les plus importants sur le plan de l'économie, réunis au sein du G20, étudient la reconstitution de stocks agricoles pour réguler les prix des aliments. Les responsables politiques du G20 ont en tête les révolutions qui traversent le monde arabe : ces dernières sont toutes liées au doublement des prix du blé sur les douze derniers mois.

Certains pays européens veulent que l'aide alimentaire ne soit plus assurée par la PAC mais par chaque Etat membres. Qu'en pensez-vous ?

Nous ne sommes pas du tout d'accord. Nous demandons à ce que le PEAD continue d'être lié à la production agricole, à travers la PAC (il ne représente que 1% du budget de la PAC). Pour qu'au final les plus pauvres puissent accéder aux stocks européens, il faut d'abord que les prix soient suffisamment élevés pour assurer un revenu décent aux agriculteurs et suffisamment bon marché pour qu'un maximum de consommateurs européens y ait accès. Cela éviterait de retrouver de plus en plus d'agriculteurs et de consommateurs dans nos distributions alimentaires. Ainsi régulés, les prix ne pourront pas flamber et la Commission européenne pourra constituer chaque année des stocks alimentaires suffisants.

Propos recueillis par Olivier Vilain.

Réagissons !Parce que nous nous sentons tous concernés par cette situation,
Parce que les conséquences seront catastrophiques pour les plus démunis d'entre nous,
Je réagis contre cet état de fait intolérable : j'écris. Ma parole est essentielle, elle sera transmise aux décideurs français et européens et au grand public.

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