Parole d'experte

Un meilleur bilan énergétique.

  • Date de mise à jour :

Marie Moisan, chargée de mission "précarité énergétique" au Comité de liaison des énergies renouvelables.
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La précarité énergétique commence toujours par un problème de précarité tout court. Pour aider les ménages modestes, des actions spécifiques peuvent être menées à divers niveaux. Le premier a trait à l'information et à la sensibilisation, et vise à maîtriser les consommations. Cela suppose d'abord d'étudier la situation : âge et performance des appareils domestiques, isolation du logement... Après un diagnostic rapide, des conseils peuvent être donnés et divers équipements distribués : thermomètres, coupe-veilles, douchettes économes... Ces démarches, qui nécessitent des visites à domicile ou des ateliers collectifs, commencent à émerger en France. Autre niveau d'action : les fonds sociaux d'aide aux travaux de maîtrise de l'énergie, instaurés dans une vingtaine de départements par des collectivités, souvent les conseils généraux. En cas d'impayés d'énergie récurrents, un thermicien est envoyé au domicile du ménage et, selon la situation, une aide de 2.000 à 3.000 euros en moyenne est proposée pour effectuer des travaux intermédiaires : calfeutrer portes et fenêtres, isoler les combles, changer des équipements (électroménager, chaudière...). Au niveau national, un nouveau programme, "Habiter mieux", prévoit l'octroi d'une prime pour la rénovation thermique des logements, qui s'ajoute aux aides aux travaux de l'Agence nationale de l'habitat. Mais ce projet, conséquent, est aussi limité, puisqu'il ne cible que les propriétaires-occupants modestes du parc privé. En outre, il risque d'achopper, comme d'autres actions dans ce domaine, sur la difficulté à repérer les ménages en situation de précarité énergétique. Enfin, lutter contre ce phénomène implique d'agir au plan juridique. Deux mesures seraient à soutenir : le "bouclier énergétique" et l'intégration de la performance énergétique dans les décrets sur la décence et l'insalubrité des logements. Défendues lors du Grenelle de l'environnement, ces propositions n'ont malheureusement pas été retenues par le gouvernement. Or, la première vise à aider les ménages les plus exposés à payer leurs factures en incluant toutes les énergies et tous les fournisseurs, contrairement au système actuel des tarifs sociaux, limités à l'électricité fournie par EDF ou au gaz. Celui-ci devrait d'ailleurs bientôt évoluer car ses procédures sont si complexes que seule une partie des ayants droit en bénéficie. Quant à la seconde mesure, elle permettrait aux locataires de disposer de recours pour forcer un propriétaire à rénover son logement au plan énergétique et empêcherait à terme aux bailleurs de louer des passoires thermiques. Aujourd'hui, les pouvoirs publics ont pris conscience du problème, mais les dispositifs en place sont incomplets et manquent d'animation sur le terrain. L'argument financier est souvent évoqué comme un obstacle, mais c'est sans compter les dépenses sanitaires et sociales découlant de la précarité énergétique. Il serait temps de décloisonner les approches et d'aborder la question de façon plus globale.

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