Le sport, au coeur de l’éducation populaire

Vacances sportives, cours de natation, licences, places offertes aux grandes compétitions… L’éventail de l’offre proposée par le SPF en faveur de l’accès au sport est à la mesure de son ambition : démocratiser ces activités aux vertus reconnues qui, pourtant, cristallisent de fortes inégalités.

Pour l’Euro 2016, le SPF a permis à des enfants dont les familles sont aidées d’être les porteurs officiels du ballon. Pour eux, une expérience intense et mémorable.
Arthur Arzoyan

Le 10 juin dernier, chez les milliers de supporters réunis au Stade de France, l’émotion est à son comble. La petite Lilia fait son entrée sur la pelouse en portant le ballon avec lequel les équipes de France et de Roumanie vont ouvrir l’Euro de foot. Elle le donne à l’arbitre, qui siffle le coup d’envoi du match et de la compétition internationale. Une inoubliable expérience pour la petite fille de 12 ans qui, grâce au Secours populaire français, joue en club dans une commune de Seine-Saint- Denis. Dix autres enfants de familles aidées par le SPF ont été les porteurs officiels du ballon de l’Euro de foot, en partenariat avec le constructeur automobile Kia Motors France. Au Parc des Princes, le 18 juin, c’était au tour de Rayan, 12 ans, lors de la rencontre entre le Portugal et l’Autriche. « J’en avais parlé à mes copains. Ils ne me croyaient pas. Moi, je rêvais de voir les joueurs, de les approcher », dit-il, avec un grand sourire. «  C’était la première fois que je voyais un match pour de vrai », confie pour sa part sa cousine Imen, 13 ans, elle aussi porteuse du ballon au Stade de France, juste avant le début du match Pays de Galles-Irlande du Nord, en 8e de finale.

Stages de football au village kinder

Grâce au soutien du SPF, Rayan et Imen ont participé à des stages de football en colonie de vacances, l’été dernier, et au centre omnisports du Village Kinder, dans le Lot-et-Garonne. « Il y a un an, je jouais à l’instinct. J’ai toujours aimé ça. Cette année, j’ai beaucoup progressé techniquement », se réjouit Imen. En plus des porteurs officiels de ballon, près de 600 enfants de familles aidées par le Secours populaire assistent à la 15e édition du Championnat d’Europe de football, qui a pris fin le 10 juillet, à l’invitation de plusieurs partenaires de l’association : la Fondation Kronenbourg, la Fondation UEFA pour l’enfance et la Fondation FDJ. Entre l’Euro 2016, les 31e jeux Olympiques qui se dérouleront au Brésil en août et les événements classiques comme le Tour de France de cyclisme, le sport sera très présent cet été sur les écrans, dans les conversations et les préoccupations des Français. L’occasion pour le SPF et d’autres acteurs d’attirer l’attention du grand public sur le fait qu’une grande partie de la population est exclue de toute pratique sportive. « Le développement du sport amateur est un enjeu d’éducation populaire. Ses participants construisent collectivement leurs démarches et leurs savoirs avec les animateurs sportifs afin de pouvoir exprimer leur identité, leur histoire, à travers l’activité physique », déclare Amina Essaïdi, responsable du Chantier milieux populaires à la Fédération sportive et gymnique du travail.

Le Secours populaire intègre l’accès au sport dans ses actions de solidarité, au même titre que l’aide alimentaire et vestimentaire, du droit aux vacances, à la culture et aux soins. « Nous répondons d’abord aux situations d’urgence, mais grâce à la relation que les bénévoles établissent avec les personnes accueillies par le SPF, nous vérifions au fil du temps si les membres d’une famille, en particulier les enfants, font du sport et quelles aides nous pouvons solliciter ou apporter, car sa pratique est un droit ouvert à tous », relève Christian Lampin, secrétaire national chargé de l’accès au sport au SPF. Le retentissement médiatique des grands événements sportifs traduit aussi la place très importante de l’activité physique dans notre société : plus de la moitié des Français, âgés de 15 à 75 ans, s’y adonne, selon la dernière enquête réalisée conjointement par les ministères des Sports et de l’Éducation nationale, en 2010. Parmi eux, il faut distinguer les compétiteurs, les sportifs inscrits dans les clubs et les associations et la majorité de personnes qui pratiquent, en dehors de tout cadre institutionnel et plus occasionnellement, la marche, le jogging, le vélo pour se rendre sur leur lieu de travail, ou le football en bas de chez eux.

Convergence 349, Figaro

À la Solitaire Bompard
Le Figaro, en juin 2016,
une quarantaine d’enfants a
embarqué sur des navires en compagnie
des skippers pour effectuer l’étape entre Le Havre et Deauville.

 
 
 
 

Obstacles socio-économiques

« Par rapport aux autres pays européens, la proportion de Français qui ont une activité physique est élevée. Cela s’explique par les investissements très importants consentis par l’État et des collectivités locales dans les infrastructures et l’encadrement, à partir des années 1960. Toutefois, des différences très importantes existent entre les catégories qui les freinent », explique François Le Yondre, chercheur en sociologie du sport à l’université de Rennes-II. Les chômeurs de longue durée interrogés lors de ses travaux estiment que le bien-être apporté par une activité physique ne leur paraît pas compatible avec les préjugés que la société cultive à l’égard des personnes vivant dans la précarité, la pauvreté ou le chômage. « L’un d’eux m’a dit qu’en s’apprêtant un jour à courir en forêt, il n’avait pas pu faire plus de 10 mètres : son corps refusait d’avancer », relate le chercheur que ce témoignage a marqué. L’âge et le genre ont aussi un rôle dans cette exclusion. « Pour le moment, la culture populaire semble exclure l’activité sportive au-delà de 40 ans, en particulier chez les femmes. Cela correspond aussi à la difficulté de solliciter son corps après une journée de travail et de tâches ménagères », souligne Gilles Vieille Marchiset.

Les obstacles socio-économiques restent forts. Et ce, d’autant plus que les principaux outils de la diffusion des activités physiques et sportives, l’investissement public et la stabilité de l’emploi « sont en crise », pointe Patrick Mignon, sociologue au département de recherche de l’Institut national des sports et de l’éducation physique (Informations sociales, n°187, 2015). Pour lutter contre cette inégalité, le Secours populaire mène tout au long de l’année de nombreuses actions de sensibilisation aux disciplines les plus diverses.

Un réseau de sociabilité

L’association voit dans l’activité physique, effectuée seul ou en équipe, de nombreux bienfaits : l’entretien de la santé, la découverte de sensations, la diminution du stress, la constitution d’un réseau de sociabilité, l’apprentissage de règles… « Avant tout, elle contribue à l’épanouissement des individus, en particulier des enfants », remarque encore Christian Lampin. Depuis deux ans, François Le Yondre organise avec ses étudiants de l’université de Rennes une sortie en mer sur de vieux gréements pour des familles accompagnées par le SPF. « Cette journée, un peu hors du temps, passée à naviguer dans le golfe du Morbihan et à randonner sur certaines îles au milieu de la nature, leur apporte beaucoup de plaisir. Pour moi, l’objectif est atteint », explique le sociologue.

Dans cet esprit, entre les mois de mai et de juillet, les bénévoles du Secours populaire des Yvelines organisent des baptêmes de l’air pour des dizaines d’enfants, âgés de 8 à 13 ans, avec le concours de CDVI Group et de l’Aéroclub de Saint-Cyr-l’École. « Nous menons cette opération atypique tous les ans. Ces enfants, qui viennent de quartiers populaires, vivent une expérience exceptionnelle qui leur donne, en plus, l’occasion de du temps, passée à naviguer dans le golfe du Morbihan et à randonner sur certaines îles au milieu de la nature, leur apporte beaucoup de plaisir. Pour moi, l’objectif est atteint », explique le sociologue. Dans cet esprit, entre les mois de mai et de juillet, les bénévoles du Secours populaire des Yvelines organisent des baptêmes de l’air pour des dizaines d’enfants, âgés de 8 à 13 ans, avec le concours de CDVI Group et de l’Aéroclub de Saint-Cyr-l’École. « Nous menons cette opération atypique tous les ans. Ces enfants, qui viennent de quartiers populaires, vivent une expérience exceptionnelle qui leur donne, en plus, l’occasion de dépasser leur peur », précise Émilie, animatrice en développement au SPF. Sur le bord de la piste, Inès, Sofia, Alima et Ranim sont impatientes. Elles se pressent pour voir les petits avions de tourisme décoller. « J’espère qu’on va voler à l’envers… faire des piqués… tourner dans tous les sens. Ce serait trop bien ! », s’enthousiasme Sofia. Une fois là-haut, les enfants sont finalement bien contents de contempler sereinement le Château de Versailles et la tour Eiffel, sans figures de voltige. À leur descente d’avion, aucun doute, ils sont ravis : « J’ai vraiment de la chance ! », s’exclame, tout sourire, la grande Khadidja, 13 ans. « Le reste de l’année, la plupart de ces enfants ne peuvent pas faire de sport ou de sorties culturelles. Ils vivent dans des familles qui n’en ont pas les moyens et les aides sociales sont en forte baisse chez nous », relève, depuis le bord de la piste, Danielle, qui dirige l’antenne dépasser leur peur », précise Émilie, animatrice en développement au SPF.

Convergence 349, batème de l'air

Le Secours populaire des Yvelines
organise tous les ans
des baptêmes de l’air pour des enfants âgés
de 8 à 13 ans venant
de quartiers populaires.

 
 
 
 

Sur le bord de la piste, Inès, Sofia, Alima et Ranim sont impatientes. Elles se pressent pour voir les petits avions de tourisme décoller. « J’espère qu’on va voler à l’envers… faire des piqués… tourner dans tous les sens. Ce serait trop bien ! », s’enthousiasme Sofia. Une fois là-haut, les enfants sont finalement bien contents de contempler sereinement le Château de Versailles et la tour Eiffel, sans figures de voltige. À leur descente d’avion, aucun doute, ils sont ravis : « J’ai vraiment de la chance ! », s’exclame, tout sourire, la grande Khadidja, 13 ans. « Le reste de l’année, la plupart de ces enfants ne peuvent pas faire de sport ou de sorties culturelles. Ils vivent dans des familles qui n’en ont pas les moyens et les aides sociales sont en forte baisse chez nous », relève, depuis le bord de la piste, Danielle, qui dirige l’antenne des maîtres-nageurs, qui leur prodiguaient conseils et encouragements.

L’heure suivante était consacrée aux jeux dans l’eau. Speedo, un autre partenaire du SPF, avait offert à chaque participant des lunettes de plongée, un maillot et un bonnet de bain. Ces expériences sont parfois pérennisées pour que leurs apports s’inscrivent dans le temps. « Ces dernières années, grâce à nos différents partenariats, nous avons financé près de 5 000 licences dans 75 disciplines différentes », résume Christian Lampin. Avec ce large éventail de possibilités, l’association donne l’opportunité à des enfants et à des adolescents de s’investir dans des activités qui peinent à se démocratiser, comme le tennis et plus encore le golf. « Pour les familles confrontées à la précarité, le manque d’argent est un obstacle : il faut payer une cotisation, des chaussures… De plus, il faut souvent un déclic. C’est ce que permet par exemple le Village Kinder, où les enfants bénéficient d’une initiation à un sport de leur choix, suivie du paiement d’une licence et du matériel de base pour ceux qui le désirent », indique encore Christian Lampin.

Chaque été depuis 2010, en effet, le Village Kinder invite jusqu’à 1 000 enfants dans le centre omnisports du Temple-sur-Lot, à proximité d’Agen. Ils peuvent s’initier au canoë-kayak, à la voile, à l’aviron, à la natation, au tennis, au football, et bien d’autres disciplines. Ils sont encadrés par une équipe de professionnels et par des athlètes, comme le joueur de tennis Jo-Wilfried Tsonga ou le triple champion olympique de canoë Tony Estanguet qui leur rendent visite. À l’issue de leur séjour, les enfants peuvent choisir de pratiquer une activité, une fois rentrés chez eux. Ferrero France finance les licences sportives. D’autres partenariats fonctionnent sur une base similaire. Tout ceci démontre que le sport ouvre de nombreux horizons, bien au-delà de l’esprit de compétition.

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