Le sondage

La pauvreté ne fait plus seulement peur : elle est aussi vécue par un nombre grandissant de Français, selon notre sixième baromètre Ipsos / Secours populaire. Les enfants, eux, expriment pour la première fois leur avis sur le sujet dans un sondage aux résultats surprenants et encourageants.

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La pauvreté en augmentation en France. Notre baromètre 2012 révèle que plus du tiers des personnes interrogées ont connu une telle situation au cours de leur vie. Pis, cette proportion (37%) progresse : 2 points de plus par rapport à l'an dernier et 9 de mieux qu'en 2009. Les jeunes, les femmes, les personnes aux revenus les plus modestes, peu diplômées, les employés et les ouvriers figurent parmi les premières victimes. Cette évolution confirme l'augmentation de la précarité relevée par l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale dans son rapport publié en 2012. La pauvreté frappe plus durement les catégories sociales les plus fragiles, mais elle suscite des inquiétudes dans presque tous les milieux. Les Français craignent à 56% de se retrouver dans une situation difficile (c'est 11% de plus qu'en 2007 ) et restent à 85% persuadés que leurs enfants ont plus de risques de connaître une mauvaise passe que leur propre génération. Ils sont même 55% à penser que ces risques sont beaucoup plus élevés pour leurs enfants. Là encore, les ouvriers et les employés ainsi que les moins diplômés se révèlent être, à juste titre, les plus inquiets. Les 45-59 ans partagent également leur avis car ils voient se dégrader les conditions d'entrée dans la vie adulte pour leurs enfants ou leurs petits-enfants. L'étude des statistiques internes du Secours populaire révèle que 40% des personnes aidées directement ou indirectement par l'association ont moins de 16 ans.Selon notre baromètre, le revenu minimum devrait être d'au moins 1.062 euros pour commencer à s'en sortir. Ce seuil de pauvreté subjectif se situe toujours au-dessus du seuil de pauvreté officiel (954 euros pour l'Insee en 2009) et quelques dizaines d'euros sous les 1.118,36 euros nets du smic mensuel. Cette moyenne cache une évolution cette année : alors que les chiffres avancés par les catégories modestes et les plus riches convergeaient depuis deux ans, les premiers revoient en moyenne ce seuil à la baisse (869 euros) alors que les seconds le tirent vers le haut (1.167 euros).
La perception qualitative de la pauvreté est large. Avoir des difficultés pour se nourrir correctement est, bien sûr, regardé comme un des premiers signes de pauvreté. Mais l'accès à la culture, aux loisirs et aux vacances apparaît aussi important pour trois quarts des Français. Là encore, ce sont les catégories sociales les plus modestes qui estiment majoritairement que la pauvreté ne se limite pas à des besoins de base. Rappelons que seuls 40% des ouvriers et 50% des employés partent en vacances contre 70% des cadres, par exemple*. En 2011, 3 millions d'enfants n'ont pas pu partir**, principalement parce que leur parents n'avaient pas les moyens financiers suffisants. Alors que la précarité est ressentie de plus en plus fortement, les adultes s'inquiètent légitimement de leur capacité à protéger les jeunes générations des conséquences des difficultés économiques. En ces temps de crise, la solidarité est une valeur plus que jamais nécessaire afin de garder espoir.

* Source : Crédoc
** Source : Observatoire des vacances, des loisirs des enfants et des jeunes.

Les enfants

Les enfants sont réalistes face à la pauvreté. La précarité leur fait peur, mais ils sont nombreux à vouloir agir afin de réduire les injustices.

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Les enfants du centre social et familial Saint-Gabriel, du 14e arrondissement, de Marseille ont pris leurs appareils photo jetables pour répondre à la question : La pauvreté existe-t-elle si on ne la montre pas ?
Eric Prinvault

Le monde n'est pas parfait. Les enfants en ont conscience. Pour eux, la pauvreté n'existe pas qu'à l'étranger, elle est aussi présente en France (seuls 6% pensent qu'il y a peu de pauvres). Ceux qui vivent dans une famille modeste, un quartier populaire ou qui connaissent une personne en difficulté ont tendance à considérer qu'il y a beaucoup de pauvres dans le pays. Cette prise de conscience augmente avec l'âge. Les inégalités sociales sont bien visibles à l'école (avec les vacances, les loisirs, le logement ou les vêtements), mais aussi à l'extérieur (personnes à la rue, manque de nourriture, d'argent, problèmes pour se soigner ou encore pour partir en vacances). Bien visible, la précarité génère de la peur. La peur de devenir pauvre soi-même : 58% des enfants la ressentent, même parmi les 8 - 10 ans. Elle est plus fréquente chez les enfants d'ouvriers et d'employés (64%) que dans les catégories socioprofessionnelles plus favorisée, où elle est tout de même élevée. Ils sont 4 % à avoir le sentiment d'être déjà pauvre ! Les parents essaient pourtant de protéger les plus jeunes de la pauvreté, quitte à se priver eux-mêmes. Selon le dernier rapport de l'Unicef, paru en 2012, la France compte 8,8% d'enfants qui vivent dans des familles pauvres. Ils seraient plus de 10% si l'on tient compte des privations (livres adaptés, lieux pour faire ses devoirs...) et pas seulement de critères financiers. Ces inégalités, les plus jeunes les observent et les vivent. Dans notre sondage, c'est le cas pour les vacances, par exemple : parmi ceux qui ne partent pas, seuls 7% vivent dans un foyer où les revenus dépassent 3.000 euros alors que 53% vivent dans une famille qui gagne moins de 1.250 euros. La majorité des enfants pauvres vivent dans un foyer monoparental, une famille nombreuse ou d'origine étrangère indiquait l'enquête Vivre la pauvreté quand on est un enfant*, publiée cette année. Selon cette étude, un parent seul doit se débrouiller avec 1.075 euros mensuels en moyenne pour élever deux enfants, un couple avec quatre enfants doit composer avec un peu plus de 1.800 euros. L'envie de protéger est alors confrontée aux moyens de le faire. Face aux précaires, la nouvelle génération est plutôt clémente. C'est rassurant. Les plus jeunes pensent à 83% que la pauvreté est due à un manque de chance plutôt qu'à un manque d'efforts (16%). Surtout, 86% jugent qu'il faudrait faire beaucoup plus pour aider les personnes en difficulté. Même s'ils s'interrogent sur leur capacité à intervenir en raison de leur âge, les enfants sont prêts à participer à des actions de solidarité. Une majorité a déjà fait un geste simple, comme un don. Bon nombre d'entre eux sont intéressés par des actions qui demandent plus d'organisation comme des collectes, l'envoi de message ou emmener un copain en vacances. La solidarité nécessite souvent de réfléchir et d'oeuvrer collectivement. Cela peut se faire à l'école, par exemple ou dans le cadre de mouvement d'enfants, comme copain du Monde, avec le Secours populaire. Reste à inventer.

* Lire les cahiers du Dros de janvier 2012 (disponible sur Internet www.dros-paca.org)

Les p'tits yeux des quartiers Nord
La pauvreté existe-t-elle si on ne la montre pas ?
Avec le photographe Eric Prinvault et Anzimou l'animateur, les enfants du centre social et familial Saint-Gabriel, du 14e arrondissement, de Marseille ont pris leurs appareils photo jetables pour répondre à cette question.
Durant trois ateliers du mercredi, il leur a fallu réfléchir à ce qui caractérise la pauvreté et surtout aller oser fixer sur la pellicule, des personnes, des situations, des lieux qui font partie de leur vie de tous les jours.
L'homme de la cabane en planches, les jeunes au pied de l'immeuble, les bâtiments délabrés... Est-ce que c'est bien de photographier tout ça ?, s'interrogeait une petite fille.
Si nous ne montrons pas ce que nous trouvons injuste, qui va savoir que ça existe ? a répondu le photographe.
Les images du reportage prouvent que la photographie sociale a de beaux jours devant elle.

Merci à Farida, aux enfants copains du monde de Marseille et à tous les photographes : Chirine et Samir (6 ans), Natidja, Sophia et Rayane (7 ans), Ilhem (8 ans), Inès et Wassim (9 ans), Allan (10 ans), Amandine et Myriam (11 ans) ainsi qu'à Rachid et Anzimou du centre social et familial Saint-Gabriel de Marseille.

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