Le drame de la faim s´étend en France [Archivé]

Ce 21 janvier, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault a présenté le plan pluriannuel contre la pauvreté et l´inclusion sociale, du gouvernement. Julien Lauprêtre, président du Secours populaire, a réagi dès l´annonce des mesures présentées.

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Le gouvernement a dévoilé son plan de lutte contre la pauvreté. Qu'en pensez-vous ?
Les bénévoles du Secours populaire sont confrontés à la montée prodigieuse de la pauvreté et de l'exclusion sociale. Cela s'est traduit, en 2012, par 15 à 20% de demandes d'aides supplémentaires dans l'ensemble des départements. Le nombre de personnes pauvres aidées par le SPF s'est élevé à 2,5 millions. Dans ces conditions, voir qu'au plus haut niveau de l'Etat le problème de la pauvreté est considéré comme un souci principal ne peut que satisfaire ces bénévoles.
Comment jugez-vous ces annonces ?
Nous souhaitions que des mesures d'ampleur nationales, beaucoup plus importantes, soient envisagées comme l'ont fait savoir nos représentants qui ont participé à toutes les séances préparatoires et à la séance plénière. Leurs propositions écrites et orales n'ont pas connu l'écho espéré. Nous ne boudons cependant pas notre satisfaction pour les annonces faites. Certes cela va apporter un peu de mieux-vivre à celles et ceux qui en ont tant besoin. Mais, devant l'étendue de la détresse, devant les demandes à vivre décemment qui se multiplient, nous sommes loin des espérances. Pour reprendre l'expression de mon instituteur, qui me disait, au moment de la remise du cahier de notes : bon élève, mais peut bien mieux faire.


Le Président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, a réuni dans l'urgence les représentants des groupes parlementaires français autour des 4 associations françaises d?aide alimentaire. De gauche à droite : J. Lauprêtre (Secours populaire français), S. Dagoma (SRC), A. Girardin (RRDP), B. Lemaire (UMP), D. Baupin (EELV), O. Berthe (Restos du Coeur), C. Bartolone (PS), V. Colucci (Restos du C?ur), D. Piard (Croix-Rouge), JL. Borloo (UDI), A. Chassaigne (GDR), A. Seugé (Banques Alimentaires Françaises).
DR

Que manque-t-il selon vous ?
Le plus douloureux est l'absence totale, dans les mesures annoncées, du drame de la faim qui gagne du terrain dans notre pays. Dans les "Nouveaux cahiers de doléances" édités par le Secours populaire sous le sigle : "le dire pour agir", nous avons recueilli des dizaines de milliers de témoignages tels que : "le 15 du mois, nous n'avons plus rien dans le frigo", ou "nous rentrons de vacances offertes par le SPF ; notre meilleur souvenir est d'avoir pris trois repas par jour" ou encore "rentrée des classes : j'ai l'assurance, qu'avec la cantine, mes enfants auront au moins un repas" (voir interview sur France3 au JT du 12/13 Paris-Ile-de-France du 21 janvier 11'32''>15''20'). Les Banques alimentaires, la Croix-Rouge, les Restos du coeur et le Secours populaire français viennent de bénéficier du soutien de tous les groupes de l'Assemblée nationale et de la part du Parlement européen. Et les initiatives se multiplient pour faire revenir l'Union européenne sur sa décision de priver 18 millions d'Européens de nourriture. Il faut une prise de conscience à tous les niveaux. Chaque famille, chaque enfant, chaque personne âgée a le droit de manger à sa faim, c'est vital et malheureusement d'une brûlante actualité.
Qu'attendez-vous du gouvernement ?
D'autres mesures d'aides aux associations humanitaires sont attendues. Mais, il faut que l'Etat également -c'est son rôle- avance des mesures afin que reculent les menaces de faim qui s'étendent dans notre pays et en Europe. Faut-il rappeler que, dans l'acte fondateur de l'Europe, l'une des premières préoccupations est d'assurer la sécurité alimentaire de tous les Européens ?

Propos recueillis par Christian Kazandjian

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