Le bien-être passe avant la compétition

Loisirs. Menaces sur le sport populaire.

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Avec les associations, les enfants découvrent des sports en s'amusant. Le SPF organise souvent des initiations, comme ici, lors des journées des oubliés des vacances.
E. Prinvault

Comme le veut la fameuse devise - attribuée à Pierre de Coubertin, qui relança l'olympisme à la fin du XIXe siècle -, dans le domaine du sport, "l'important n'est pas de gagner mais de participer"... Encore faut-il pouvoir le faire. La simple pratique d'un sport reste inaccessible à beaucoup de personnes. En particulier, celles issues des milieux les plus défavorisés.
En France, la situation paraît rassurant. Selon le bulletin du ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative, Stat-Info de novembre 2011, 65% des personnes âgées de 15 ans et plus ont déclaré en 2010 avoir pratiqué, dans les douze mois précédents, une ou plusieurs activités physiques ou sportives (APS) au moins une fois par semaine. Si l'on y ajoute celles ayant une pratique occasionnelle ou limitée aux vacances, le pourcentage s'élève à 89%. Dans le peloton de tête des 280 disciplines recensées : la marche, la natation, le vélo et le jogging-footing. Les chercheurs constatent ainsi qu'"en dix ans, la pratique physique et sportive a légèrement progressé". Mais ces chiffres cachent toutefois des disparités. Il existe en effet, conviennent-ils, "un lien entre l'engagement physique et sportif et le profil social des personnes. Ainsi, le sexe, l'âge, le niveau de revenus et le diplôme influent sur l'investissement dans la pratique d'une APS". Globalement, le sportif le plus impliqué est un homme jeune avec un niveau de revenus et de diplôme élevé. Un constat confirmé en 2011 par le Conseil d'analyse stratégique (CAS). Ce dernier note, en effet, que "la pratique décroît régulièrement avec l'âge", que les femmes font moins souvent du sport que les hommes - l'écart se réduit toutefois quand on gravit l'échelle sociale - et que "le taux d'adhésion à un club sportif se révèle beaucoup plus fort chez les catégories socioprofessionnelles intermédiaires et supérieures que chez les autres".

Peu de pratique dans les milieux défavorisés

Chez les plus jeunes, les proportions de pratiquants d'une activité changent, mais le facteur socio-économique reste une constante. En effet, l'Institut national de la prévention et de l'éducation pour la santé (Inpes) souligne, en 2011, dans Promouvoir l'activité physique des jeunes, que 40 à 60% des enfants et des jeunes ne pratiquent pas d'autre activité physique que celle obligatoire à l'école. Les fédérations le confirment d'ailleurs en indiquant, de leur côté, que 50% seulement de ce public adhère à un club ou une association sportive ou de loisirs. Surtout, l'Inpes pointe un niveau de pratique moins important dans les milieux les moins favorisés. Quant au CAS, il constate que la pratique sportive des enfants semble étroitement corrélée au niveau d'études des parents.
Le faible engagement des jeunes dans une activité physique et sportive alarme l'Inpes car à peine la moitié d'entre eux atteignent le niveau d'activité physique défini par les recommandations. Celles-ci évaluent qu'au moins 60 minutes par jour d'activité d'intensité modérée ou élevée (et non 30 comme pour les adultes) sont nécessaires pour compenser la tendance à la sédentarité qui imprègne la vie quotidienne du fait de l'essor de la voiture, de la télévision, des jeux vidéo... Il s'agit donc d'une véritable question de santé publique (prévention des maladies cardiovasculaires, du diabète, de certains cancers, de l'ostéoporose...) qui, si elle ne concerne pas que les classes populaires, les affecte particulièrement. L'obésité, liée souvent à la sédentarité, concerne davantage les jeunes issus de ces classes. Ainsi, relève l'Observatoire des inégalités, les enfants des milieux modestes ont 3,6 fois plus de risques d'être obèses que les enfants de cadres. Améliorer sa santé, ou prévenir son altération, n'est pas le seul intérêt de la pratique physique et sportive. Outre l'entretien du corps, les motivations affichées des pratiquants du sport tournent plus autour de la convivialité, du plaisir, de la détente ou du contact avec la nature que de la compétition et de l'engagement physique. Mais le sport, ce sont aussi des valeurs ; ce que rappelle Christian Lampin, membre du bureau national du SPF, chargé de l'accès au sport. Le sport est un facteur fort d'intégration. Il crée du lien, de l'échange, il canalise les tensions... Pour des jeunes, parfois en perte de repères du fait de l'errance sociale, c'est aussi intégrer des règles, apprendre à vivre avec les autres... voire un moyen de donner un sens à leur vie. Il n'est pas juste d'en priver les enfants défavorisés. Comme l'école, le sport est une chance importante pour le développement humain. Plusieurs organismes se sont penchés récemment sur les moyens de développer la pratique sportive. En particulier, l'Assemblée du sport, instaurée en 2011 à l'initiative du gouvernement et du Comité national olympique et sportif français, et à laquelle participent des membres de la société civile, a émis 313 préconisations, dont une partie a trait à ce sujet.

La solidarité est un sport d'équipe


Activité détente au SPF de Vendée, et rencontres de haut niveau avec le Vitality Tour.
David Paul Carr

Parmi les mesures concrètes proposées par l'Assemblée du sport : une "licence découverte" qui permettrait de passer d'un sport à l'autre avant de fixer son choix ; un "chèque sport", notamment pour les jeunes de 16 à 25 ans sans ressources, demandeurs d'emploi ou dont les familles bénéficient des minima sociaux ; des actions facilitant la pratique d'APS par des jeunes filles des quartiers défavorisés. Sur le terrain, le Secours populaire mène, quant à lui, depuis plus de vingt ans des initiatives visant à offrir un accès aux loisirs et au sport aux familles en difficulté, en tant qu'acteurs ou que spectateurs (tickets et bourses sports, stages, places pour des matchs...). Au-delà d'une kyrielle d'actions locales, le SPF a développé des opérations nationales d'envergure. Ainsi, chaque été depuis 2010, avec le Village Kinder, 1.000 enfants aidés par le SPF s'initient à une palette de disciplines. "Pendant une semaine, ils pratiquent divers sports souvent inaccessibles pour eux : escrime, équitation, canoë et kayak... et ils rencontrent des champions de haut niveau", se réjouit Aimel Chaïbi, responsable de la mission sports du SPF. L'opération se poursuit désormais par l'attribution de licences à des enfants ayant manifesté un intérêt pour une discipline. Un soutien à l'achat de matériel est également fourni à nombre de jeunes afin de lever tout obstacle à l'engagement sportif. Autre partenariat : le Vitality Tour, avec Nestlé, qui permet au SPF de proposer à 900 filles et garçons de 8 à 12ans, un programme d'éducation et de solidarité mêlant pratique du football et ateliers sur la nutrition-hydratation. Le Vitality Tour est notamment invité à fouler les plus prestigieuses pelouses du championnat de France. Tirés au sort, certains jeunes séjournent même au centre omnisports de Vittel.
Cet été, les jeux Olympiques de Londres seront une belle occasion de mettre le sport en vedette. "Le SPF a décidé que 2012 serait dédié à l'accès au sport. Dans le Pas-de-Calais, d'ailleurs, nous prévoyons d'aller sur les bases arrière des jeux Olympiques pour faire se rencontrer des jeunes et des champions, le sport et la solidarité ayant des valeurs communes", explique Christian Lampin. Avec les "Olympiades de la solidarité", il s'agira de multiplier les initiatives liées au sport, mais aussi de multiplier les actions de solidarité. "En fait, le principe est de s'inspirer des valeurs du sport pour faire plus et mieux dans tous les domaines, de mettre le plus de monde possible en mouvement, bénéficiaires comme bénévoles" résume-t-il. Une autre façon de décliner la devise des JO Citius, altius, fortius, soit "Plus vite, plus haut, plus fort"... pour réduire les inégalités.

Les ruraux à la limite du hors-jeu
Plus du tiers des communes rurales sont privées d'équipements sportifs, selon l'étude État des lieux de l'offre d'équipements sportifs dans les territoires ruraux publiée en janvier 2012 par le ministère des Sports. Plus précisément, plus de 85% des communes de moins de 100 habitants ne sont pas équipées. Les chercheurs soulignent que ces équipements peuvent constituer un atout face aux difficultés parfois rencontrées en milieu rural telles que l'isolement des populations, le dépeuplement, la distension du lien social ou encore le manque d'attractivité. Autre constat : s'il existe souvent des terrains de foot et des courts de tennis, rares sont les salles permettant de se livrer à des activités de forme et de santé, ou les stades d'athlétisme. Le SPF note que le soutien qu'il apporte aux enfants en matière de sport profite d'abord à ceux issus de zones urbaines. L'éloignement géographique est un frein à la pratique régulière d'une activité.

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