La mobilisation au menu

Poitiers. Face au risque de suppression de l´aide alimentaire européenne, bénévoles et bénéficiaires du SPF ont fait front. Ils sont prêts à recommencer pour assurer la subsistance des plus démunis.

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Personnes accueillies et bénévoles s'unissent pour le maintien du PEAD.
J. Renard

"Le PEAD, c'est, pour nous, près de 70% de l'aide distribuée. On s'est donc sacrément mobilisés quand il a été menacé !", assure Jean-Claude Expert, secrétaire général du SPF de la Vienne. Le nombre de personnes accueillies augmente : "On reçoit de plus en plus d'étudiants, de retraités qui ne s'en sortent pas", témoigne Ghislaine Périllaud, bénévole de longue date. Comme d'autres bénévoles, Ghislaine a réagi face au danger pesant sur l'aide alimentaire et participé aux mobilisations lancées par le SPF de Poitiers. Le mouvement a dépassé les bénévoles puisque les bénéficiaires ont été impliqués. Affichage, information lors du retrait des colis... ont permis de les sensibiliser au problème. Les bénéficiaires ont aussi été contactés un par un au moment de passer à l'action, et chacun a été invité à livrer ses impressions via les cahiers "Le Dire pour agir"... "On leur a dit en gros : "Vous avez besoin du SPF pour vous aider nous, on a besoin de vous pour nous soutenir ", et ça a marché", résume Jean-Claude. Une première manifestation a donc eu lieu devant la mairie en septembre.On avait mis trois chariots indiquant : pour le premier, 2011, 35 produits ; pour le deuxième, 2012, 9 produits ; et pour le dernier, 2013, 0 produit et une assiette vide. On a été reçus par le maire, se souvient Nicolas Xuereb, animateur. Un mois après, un défilé a été organisé entre l'hôtel de ville et la préfecture, et Jean-Claude a remis la motion nationale au préfet. Maints officiels, locaux et nationaux, sont alors venus à la rencontre des acteurs du SPF. Les événements ont, de plus, été bien couverts par les médias. C'était la première fois qu'on allait sur le macadam, on ne le regrette pas, affirme Jean-Claude. Localement, le SPF s'est fait connaître encore plus et celui-ci a vu certaines de ses subventions s'accroître et divers organismes ont invité des bénéficiaires à des repas de Noël. Nous avons aussi reçu 133% de dons supplémentaires par rapport à 2010 pour la campagne pauvreté-précarité, se réjouit Nicolas.Aujourd'hui, le SPF de la Vienne reste en alerte. Nous allons poursuivre notre travail éducatif auprès des personnes accueillies pour l'après-2014, souligne Nicolas. Nous allons garder le contact avec les élus et suivre les évolutions. S'il le faut, nous nous remobiliserons. Il faut rester sur le qui-vive. Une solution pérenne doit être trouvée, il en va de l'avenir de ceux que nous aidons, complète Jean-Claude. Et de redouter : Nous sommes une soupape de sécurité. Si on la supprime, la marmite risque d'exploser... D'autres acteurs pourraient venir grossir les rangs des mécontents. En effet, pointe Nicolas, des chauffeurs nous ont assuré de leur soutien. Sans le PEAD, certaines entreprises de transport mettront la clé sous la porte. Le PEAD, c'est aussi des emplois.

Sans l'aide alimentaire, on ne mangerait pas gras !
Lucienne Daupeux n'a pas manqué une miette du débat. L'aide alimentaire est toujours menacée, affirme cette femme qui, depuis sa retraite il y a 20 ans, navigue entre le Secours populaire et les Restos du coeur. Malgré ma patte folle, j'ai fait la manifestation du Secours populaire !, lance-t-elle. Son fils, Jean-Denis Dissais, qui, suite à un accident du travail, vit désormais avec elle, y était aussi. Ma mère a une demi-pension et moi un RSA, alors on se serre les coudes. L'aide alimentaire est primordiale pour nous, insiste ce dernier. Sans, on ne mangerait pas gras !, reprend Lucienne qui se souvient du choc qu'a constitué l'annonce de la fin du PEAD. Malgré sa situation, elle pense à l'avenir noir qui se profile pour certains jeunes. C'est angoissant tout ça. S'il faut témoigner, pétitionner, manifester, on le fera !, assure Jean-Denis. Un avis largement partagé par Lucienne : Il faut réagir avant que l'on ne puisse plus rien nous donner. Il faut oser se bouger dans la vie.

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