Difficile retour à une vie normale pour les familles

Cinq semaines après le déconfinement, l’activité des comités et des antennes du SPF n’a pas diminué, bien au contraire. Beaucoup de familles en grande difficulté n’ont toujours pas repris le travail et voient les factures s’accumuler. Toujours accueillies par le SPF, elles se disent inquiètes pour l’avenir. Reportage dans le Val-d’Oise.

Malgré le déconfinement, les familles doivent encore faire face à de nombreuses difficultés, factures impayées, baisse de revenus et chômage.
Jean-Marie Rayapen

A une heure de Paris, l’antenne de la petite ville de Chars se prépare à accueillir une quinzaine de familles ce mercredi 17 juin. Un mois après le déconfinement, les choses n’ont pas changé et les règles restent les mêmes. Ariane, Rose et Caroline sont à l’intérieur et préparent les sacs qui seront ensuite distribués. La quantité de produits donnés varie selon le nombre de personnes par ménage. Ici, comme dans toutes les structures du SPF, les règles sanitaires imposées par l’ARS (Agence régionale de santé) sont appliquées. « Nous ne faisons plus rentrer les gens dans les locaux : ils restent à l’extérieur et attendent d’être appelés. Pour la participation financière, un bol est mis sur la table et toutes les pièces sont ensuite désinfectées », explique Ariane Martin, responsable de l’antenne. Durant la crise, les familles fragiles de Chars ont pu compter sur le SPF et l’engagement et de ses bénévoles. Distributions, accueil et réconfort ont perduré même si certains bénévoles ont du rester chez eux pour des raisons de santé. Dans le même temps, contrairement à d’autres lieux, moins de personnes sont venues à la permanence. Pour Rose, bénévole qui vient tout juste de reprendre son activité, le problème de confidentialité a joué : « Nous sommes dans un petit village où tout le monde connaît tout le monde, être vu sur un parking devant la mairie et recevoir l’aide du SPF n’est pas toujours évident à assumer. Des personnes qui avaient besoin d’être soutenues ne sont pas venues. Pour certaines, qui étaient éloignées où sans véhicule, nous avons organisé du portage à domicile. Mais pour quatre à cinq familles, il n’ y a pas eu d’aide.»

Des craintes pour l’avenir des enfants 

Alors que la vie semble partout reprendre son cours (accueil des enfants dans les écoles, réouvertures des entreprises, libre circulation des personnes, etc.), les familles continuent à avoir beaucoup de mal à se projeter.. L’inquiétude demeure, comme pour Florence, cette maman de trois enfants dont la scolarité du dernier a volé en éclat pendant le confinement. En CAP de fleuriste, il devait alterner entreprise et cours. N'ayant pas suivi assez de cours pratiques, on lui propose de redoubler. Pour lui, c’est un échec et il se dit prêt à tout arrêter. « Il faut que j’arrive à lui faire comprendre qu’il n’ y est pour rien... Mais le redoublement est vécu comme une sanction pour lui. Alors comment faire ? Je suis perdue et lui aussi » nous dit-elle, la gorge nouée et les larmes aux bords des yeux. Comme toutes les semaines, Steeve vient récupérer son colis pour ses cinq enfants, sa femme et lui. Inventoriste dans une société de transport, il nous dit ne pas avoir perdu trop d’argent durant la période de confinement mais que cet été, il n’y aura pas de vacances pour sa famille. S'ils étaient partis l'année dernière en Vendée grâce au SPF, Steeve concède avec émotion que cette année, les vacances, ils n'y ont même pas pensé.

Penser à l’été malgré tout

Ariane Martin, responsable de l’antenne, nous le confirme : « De nombreux dispositifs d’été ne se mettront pas en place, mais cela ne nous empêche pas de réfléchir à des sorties à la journée dans le département. Nous travaillons à construire des « Journées bonheur » pour le plus grand nombre. La période a été extrêmement difficile et le besoin de partir se fait vraiment sentir. » A quelques kilomètres de Chars, le comité de Bessancourt  est aussi en pleine activité ce jour-là. Situé au cœur d’une cité populaire, le SPF ouvre deux fois par semaine et ne cesses de voir les familles s’inscrire et demander de l’aide. Avec 100 familles inscrites, les bénévoles n’arrêtent jamais. Ici aussi les règles sont strictes : masques et visières pour tous, gants et gel hydro-alcoolique sur toutes les tables. Des chaises sont installées à l’extérieur, comme dans une salle d’attente. Appelées une par une, les personnes reçoivent des colis préparés à l’avance. Grâce à des coopérations avec des magasins, des producteurs et des maraîchers, de nombreux produits frais viennent compléter les denrées du FEAD. Fraises, pastèques, salades, carottes et navets sont appréciés. La petite Fatoumata qui est venue avec sa maman est très heureuse de goûter des fraises. Pour Patrick Paskewiez le secrétaire général de la fédération du Val-d’Oise, la situation est toujours aussi difficile pour les plus fragiles. Et même si les médias sont passés à des sujets plus légers, il a conscience de la gravité de la situation. « Aujourd’hui on nous parle de reprise, mais nous savons que cela ne concerne qu’une infime partie de la population, beaucoup sont encore en grande souffrance et ne voient pas les choses s’arranger. Il nous faut être vigilants et attentifs. »

« C’est difficile de dire non aux enfants »

Des craintes confirmées par le témoignage de Christine Michel, qui vient toutes les semaines ici. Auxiliaire de vie chez des personnes âgées, elle n’a pu travailler que très partiellement durant trois mois. Pour elle, les comptes sont vite faits : elle a perdu 400 euros par mois sur un salaire de 950 euros. Difficile dans ces conditions de continuer à vivre normalement avec ses trois filles à la maison. Aujourd’hui, elle ne fait encore que quelques heures. "J’ai continué à payer mon loyer car je ne veux pas me retrouver à la rue. Par contre je n’ai pas pu payer les factures. J’ai trois mois de retard et je ne sais pas comment je vais faire. A chaque fois qu’une facture arrive, je la mets de côté. Et puis avec les filles nous discutons beaucoup. Elles aimeraient que j’achète des petites choses pour leur faire des petits plaisirs. Mais c’est non et dire toujours non à ses enfants, c’est vraiment compliqué.» Michel Jallat, responsable du comité, sait très bien que ce que vit Christine, beaucoup vont le vivre également. Certes, la crise sanitaire semble se terminer, mais il craint qu’une crise sociale et économique lui succède et frappe les personnes les plus fragiles. Un sentiment confirmé par la dernière enquête de l’Insee sur les conditions de vie pendant le confinement. Celle-ci met en lumière les difficultés rencontrées par les ménages durant cette période. 20 % des personnes disent que leur situation financière s’est dégradée et les conséquences négatives du confinement ont été plus fréquentes pour les personnes aux revenus modestes. Par ailleurs, 35% des parents avec un enfant de moins de 14 ans ont eu des difficultés à assurer son suivi scolaire.

Des bénévoles inventifs et créatifs

En attendant cette rentrée avec un peu d’appréhension, les bénévoles du comité s’activent pour que la période estivale soit aussi un moment de répit pour les parents et les enfants. Des projets sont actuellement à l’étude notamment avec l'organisation des "Journées bonheur"  à la mer ou dans des parcs de loisirs. Un village Copain du monde est programmé à Ecancourt du 1er au 15 août pour 14 enfants. Comme toujours, les bénévoles seront inventifs et créatifs pour que l’été 2020 n’oublie personne.

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