Dans l'Aude, toujours auprès des sinistrés

Plus d’un mois après les inondations d’ampleur séculaire dans l’Aude (14 morts, 75 blessés), les bénévoles du Secours populaire sont les seuls à continuer à aller chez les sinistrés, à les soutenir. Ces derniers ont tout perdu, et pour beaucoup doivent réinventer leur vie.

Philippe et sa mère sont hébergés par une amie. Leur maison de famille a été totalement dévastée.
Yoann Léguistin

Toute de suite après la catastrophe, le Secours populaire a lancé un appel à dons au niveau national, qui s’est décliné dans tous les départements, dans toutes les régions, en lien avec ses partenaires. Plus de 152 000 euros ont été collecté.

Sur place, les bénévoles se sont immédiatement mobilisés, avec l’appui de ceux de Haute-Garonne et de l’Ariège. Ils ont ouvert un point de collecte dans la zone commerciale du Pont Rouge, à l’entrée de Carcassonne, avec le soutien de Carrefour, pour recevoir les sinistrés, les écouter et les aiguiller. C’est de là que toutes les tournées de porte à porte sont planifiées.

"J'ai bien cru que j'allais mourir"

Durant celles-ci, les équipes ont d’abord aidé à nettoyer la boue ; très vite, elles ont commencé à recenser les besoins et à réconforter les sinistrés, dont certains de sont de véritables rescapés. « J’ai bien cru que j’allais mourir », confie Henriette, 73 ans, dont une des voisine est morte noyée à Trèbes. Elle vit chez son fils : depuis le drame, son appartement a été envahi par des flots déchaînés.

Au total, les équipes de bénévoles sont actives dans près de 30 communes de l’Aude. « Nous sommes allés jusqu’aux portes de Narbonne », remarque fièrement Roger Salvador, l’une des chevilles ouvrières du dispositif. Les équipes ont distribué des denrées alimentaires (de l’eau, du lait, du lait infantile, des couches, etc.), des produits de nettoyage et d’entretien, ainsi que de l’outillage, des pelles, des balais, des nettoyeurs haute pression et des déshumidificateurs.

Les bénévoles ont déjà consacré plus de 5000 heures à l'aide aux sinistrés.

Les bénévoles ont déjà consacré plus de 5000 heures à l'aide aux sinistrés.

 

Plus de 5000 heures de bénévolat ont, pour le moment, été nécessaires pour aider au maintien dans leur logement ou à leur réinstallation 450 personnes en situation de grande fragilité (familles monoparentales, personnes âgées, en situation de handicap, petits commerçants et artisans, chômeurs…).

Un mois après la montée des eaux, les bénévoles du Secours populaire sont les seuls à continuer leurs va et vient, inlassablement. « On compte plusieurs centaines, voire quelques milliers de familles un très grand dénuement, alors que leurs revenus sont modestes. Nous allons poursuivre nos actions encore pendant de longs mois », anticipe Marie-Hélène Carré, secrétaire générale de la fédération de l’Aude.

Plus de 450 personnes aidées après la crue

« Une partie des gens étaient déjà aidée par le SPF du département. Leurs revenus étaient soit précaires, soit faibles. Désormais, ces personnes n’ont plus rien du tout », témoigne Houria Tareb, secrétaire  générale de la fédération de Haute-Garonne. Comme cette famille nombreuse vivant à Verzeille.

Avant les inondations, leur logement était déjà insalubre. Les quatre enfants et les parents dormaient tous dans le salon, la pièce la moins humide. Mais celle-ci est située au rez-de-chaussée et « tout le mobilier a été emporté par la crue ; les murs sont désormais noirs de moisissures, remarque Houria. Avec toutes les démarches à faire, auprès de l’assurance, etc., la femme est épuisée ». Le Secours populaire a décidé d’écrire, en priorité, une lettre à la mairie pour appuyer la demande de relogement, avant d’apporter de l’aide alimentaire et de préparer un long suivi de la famille.

Partout dans le département, des maisons restent vides, inhabitables, avec des airs de bâtiments fantômes.

Partout dans le département, des maisons restent vides, inhabitables, avec des airs de bâtiments fantômes.

 

Toujours très enjouée et très attentive aux récits des sinistrés, Violette rend visite à Philippe, ouvrier agricole dans les vignobles, la principale richesse du département. Il habite à Couffoulens, dans le sud du département. Pour s’y rendre, la voiture de Violette traverse un paysage marqué par des arbres couchés, des murets affaissés, des maisons vides, toutes portes et fenêtres ouvertes, pour assécher l’eau qui imprègne encore les murs. « La route était totalement coupée. La ligne de chemin de fer n’est pas encore remise en service », observe-t-elle.

La cinquantaine, Philippe se tient devant sa porte. En attendant Violette, il regarde les deux ‘‘maisons fantômes’’ de ses voisins. « Cela aurait pu être tragique : quand les parents ont fuis en tenant leurs enfants, ils avaient de l’eau aux épaules », se rappelle-t-il. « Mon père m’avait bien prévenu : un jour ou l’autre une rivière fini toujours par déborder et par reprendre son ancien lit. »

"Nous ne passerons pas Noël chez nous"

Il habite la seule maison à étage des alentours. Philippe a pu s’y réfugier avec sa mère. « Il n’a pas arrêté de pleuvoir et quand je dis pleuvoir : l’eau est montée presque au niveau du 1er étage. Je pouvais la toucher en me penchant par la fenêtre ! » En se retirant, l’Aude a laissé une marque sombre sur les murs, à hauteur d’homme.

Toute cette partie de la commune a été traversée par un courant si fort, qu’il a emporté le portail de la maison. Cette dernière est encore trop humide, une forte odeur prend les narines à l’instant même où le visiteur y entre alors « qu’elle est grande ouverte chaque matin et chaque soir ». Philippe a perdu tout son mobilier.

Les bénévoles ont déjà livrés plus de 200 appareils électroménagers afin d'aider les familles à rester chez elles ou à se réinstaller.

Les bénévoles ont déjà livrés plus de 200 appareils électroménagers afin d'aider les familles à rester chez elles ou à se réinstaller.

 

Avec sa mère, ils sont hébergés gracieusement chez l’ancienne institutrice, en centre-ville. « Nous n’allons pas fêter Noël chez nous », se désole la mère, qui ne sait pas quand elle pourra retrouver son foyer, avec son fils. Violette a pris rendez-vous. Une équipe de bénévoles viendra apporter des appareils électro-ménagers. Une première étape. A ce jour, 200 lave-linge, sèche-linge, gazinières ou réfrigérateurs ont été livrés aux sinistrés. Et ça continue…

A Trèbes, dans le quartier des arènes, qui a été dévasté, Joëlle et Christelle se rendent chez Nicolas, chauffeur routier, et sa femme Mounia, employée. Ils ont d’abord été à l’hôtel, avec leurs garçons, de 8 et 4 ans. Désormais, ils louent un logement en ville pour 750 euros, une lourde charge pour le couple.

A l'hôtel, puis en location, sans visibilité sur l'avenir

« Nous ne pouvons pas habiter chez nous, il n’y a plus rien alors que nous venions tout juste de finir d’aménager la maison. L’eau a provoqué de grandes fissures horizontales dans les murs et le toit fuit. Le chantier est si coûteux, que nous nous demandons même si cela a un sens de faire des travaux », confie Nicolas.

La nuit du drame, le couple a mis ses deux enfants à l’abri au 1er étage. « L’eau montait tellement vite, que nous crû que nous allions devoir nous réfugier sur le toit. J’ai suis allé à la nage dans mon jardin pour récupérer une échelle », se remémore Mounia. Pendant ce temps, son mari aidait leurs voisins.

Guy, ouvrier céramiste à la retraite, s'espère que les travaux seront finis l'été prochain.

Guy, ouvrier céramiste à la retraite et à la santé fragile, espère que les travaux de remise en état seront finis l'été prochain.

 

« Je passais par les toits. J’ai sauvé notre voisine de 99 ans, elle était bloquée dans sa chambre. Ensuite, toujours par les toits, je suis allé mettre à l’abri une famille qui a deux bébés. Les parents étaient pétrifiés par toute cette eau. » A la fin de la visite des bénévoles, il se propose pour faire des livraisons auprès des sinistrés, « pour donner un coup de main au Secours populaire ».

Le couple se rend chez ses voisins, Guy et Marie-Françoise, deux retraités. Ancien ouvrier céramiste, Guy les accueille en ayant du mal à retenir ses larmes. « Marie-Françoise, vous devriez vous reposer chez ta fille, à Perpignan. Vous ne pouvez pas rester ici dans ces conditions », dit Mounia. La jeune femme s’inquiète pour ses voisins : « Guy prend tout sur lui, il craque. »

Elle est aussi anxieuse pour ses enfants. Le petit de 4 ans ne parle que de noyade et n’arrive plus à dormir. Celui de 8 ans « m’a dit l’autre jour : tu sais, je ne dis rien mais ça ne va pas toujours bien ». Très pratique, Mounia cherche un thérapeute pour les aider à passer le cap. Des psychologues du Secours populaire ont ouvert des consultations à Carcassonne. Ils pourront les écouter et les aiguiller vers des structures pérennes.

Les sinistrés ont besoin d'écoute et de soutien

Didier et José-Luis, deux bénévoles, garent leur camionnette aux couleurs de du Secours populaire devant la maison de Guy et de sa femme. Ils apportent un réfrigérateur, un lave-linge et une gazinière. En accompagnant Guy dans la cuisine, une forte odeur de moisissure et de détergent les prend à la gorge. « Ce n’est pas bon pour les problèmes cardiaque et la bronchite chronique de mon mari », se désole Marie-Françoise.

Le couple leur propose un café, fait sur le réchaud, pour les  remercier de cette « aide précieuse ». « Beaucoup dépend des assurances, mais sans cette aide, ce serait encore plus dur », lâche Guy. Si nous finissons tout pour l’été prochain, nous aurons de la chance. » L’engagement des bénévoles contribue à maintenir cet espoir.

Témoignages

J'ai eu 1,80 m d'eau dans ma cuisine.

A Trèbes, Guy vit depuis un mois avec sa femme dans leur pavillon dévasté. Il se jugera chanceux si les réparations sont terminées l'été prochain.

À Trèbes, Guy, sinistré

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