A Massy, on prépare le retour des beaux jours

Le Secours populaire œuvre autant à répondre aux besoins premiers des êtres humains – se nourrir, se loger, se soigner, se vêtir – qu’à leur permettre d’accéder à ce qui préserve l’estime de soi et donne du courage pour affronter l’avenir. Depuis son origine, le SPF affirme l’accès aux vacances comme une priorité. A Massy dans l’Essonne comme partout en France, la campagne Vacances mobilise les bénévoles depuis le printemps. Malgré la crise sanitaire, ceux-ci s’attellent à offrir au plus grand nombre de belles journées d’été. 

Camille tend à Linda et son fils Adam le descriptif de la semaine de vacances qu'ils passeront en famille au bord de l'océan.
Jean-Marie Rayapen

Aujourd’hui, à l’antenne du Secours populaire de Massy, c’est jour de libre-service. La grande pièce est entièrement occupée : cageots de fruits et de légumes au centre, chambres froides au fond pour les produits carnés et lactés, conserves, féculents et produits secs soigneusement disposés sur les rayonnages qui couvrent les murs. Un espace est aménagé pour les produits d’hygiène, un autre pour préparer le café et un troisième pour accueillir chaque personne qui se présente. Douze bénévoles s’activent : les mains ailées qui ornent leurs chasubles bleues s’animent à chacun de leurs mouvements, les sourires tendent les masques tandis que les yeux disent déjà beaucoup. Les mots, quant à eux, sont chaleureux et attentionnés : ils visent à effacer chez les nombreuses personnes qui viennent avec leur cabas vides toute honte et à les rassurer : ils repartiront avec le frigo plein et la dignité préservée. 

Un pas de côté par rapport à l’agitation et la fatigue du quotidien

Quand on traverse ce tourbillon de sons, de couleurs et de mouvements, au fond de la vaste pièce, sur la gauche, il y a une porte, qu’on ne distingue pas de prime abord. C’est un petit bureau, quelques mètres carrés à peine. La porte refermée, l’agitation du libre-service semble bien lointaine. Le silence n’est troublé que par la discussion concentrée de Camille et Linda et, parfois, interrompue par les gazouillis du petit Adam, le jeune fils de cette dernière. Camille, ce jeudi de mai, reçoit les familles massicoises avec qui le Secours populaire a monté un projet de départ en vacances estivales. Linda va partir avec son époux et ses trois enfants et, avec Camille, elles mettent la dernière main à la constitution du dossier. L’ambiance calme, intime et sereine qui règne dans la petite pièce anticipe le repos à venir, le pas de côté par rapport à l’agitation et la fatigue du quotidien, rompt avec l’objectif incertain de la marmite qu’il faut faire bouillir.

 C’est la première fois de ma vie que je vais pouvoir me reposer, dormir un peu… ne rien faire ! 

« Votre séjour est en pension complète, cela veut dire que vous n’aurez ni besoin de faire les courses, ni besoin de faire à manger ! », lance, souriante, Camille à Linda. « C’est la première fois de ma vie que je vais pouvoir me reposer, dormir un peu… ne rien faire ! », confie la mère de famille, sans l’air d’y croire encore vraiment. « Je crois que nous sommes tous les cinq très fatigués. Nous habitons un petit logement, il n’y a que trois pièces, une chambre, une cuisine et un salon. Les trois enfants dorment dans la chambre et avec mon mari nous dormons dans le salon, explique Linda. Depuis un an que dure la crise sanitaire, les enfants restent beaucoup à la maison. A part le parc, ils n’ont pas fait de sorties. Ça va nous faire du bien de respirer le grand air. » Manuella, coordinatrice de l’antenne de Massy, confirme : « Il faut absolument tout mettre en œuvre pour accorder aux familles ces moments de pause. Être maman c’est un travail à plein temps. Au retour des vacances, les mamans sont détendues… elles sont heureuses ! »

Découvrir autre chose, s’ouvrir au monde, respirer

« Un jour je suis venu à l’antenne de Massy pour une aide alimentaire et pour inscrire mes enfants à une sortie au parc Astérix, se souvient Linda. C’est à ce moment-là que les bénévoles m’ont parlé de la possibilité de partir en vacances. J’étais si contente ; j’ai tout de suite dit oui ! » Cet été 2021, malgré la crise sanitaire qui a tout rendu si périlleux, ce sont huit familles de l’antenne de Massy qui partiront en séjour de vacances, tandis que quatre enfants découvriront les joies des colonies de vacances. « Le lien avec les familles, c’est l’aide alimentaire, c’est ce qui fait qu’une fois par mois au minimum, jusqu’à une fois par semaine pour ceux qui sont les plus en difficulté, nous nous voyons, explique Manuella. A partir de cette aide alimentaire, on essaie de mettre en place des activités pour faire du bien aux gens, comme les départs en vacances. Quand on vit dans une cité toute l’année, c’est important de sortir de tout ça : les sirènes de police, la violence... Découvrir autre chose, s’ouvrir au monde, changer de rythme : les vacances permettent cela ! »

« A partir du mois de mars, dans les permanences d’accueil, lors des sorties ou des libres-services alimentaires, on commence à parler des vacances », témoigne Tiaidi, coordinateur départemental de l’accès aux vacances, aux loisirs, à la culture et au sport, au SPF de l’Essonne. « Et les départs en vacances, nous les organisons du plus petit au plus grand âge ! », ajoute-t-il. Seul le dispositif d’accueil d’enfants en familles de vacances bénévoles est suspendu en raison de la crise sanitaire ; cette année, seront donc organisés des départs en colonies pour les enfants et les ados, des séjours étudiants, des séjours séniors, les traditionnelles J.O.V. (Journées des oubliés des vacances), de nombreuses Journées bonheur[1] ainsi que, bien sûr, des séjours en famille, de plus en plus prisés. « La demande de départs en famille croît d’année en année, confirme Tiaidi. En 2021, nous ferons partir 139 familles en tout sur le département, soit environ 700 personnes. C’est considérable, et cela a été rendu possible grâce aux dons importants que nous avons reçus en 2020, ainsi qu’aux subventions perçues. »

A Massy, on prépare le retour des beaux jours

Camille finalise le dossier de départ en vacances de la famille de Linda.

Être à l’écoute des désirs et conjurer les peurs

« Les séjours en famille se déroulent sur une semaine, explique Tiaidi. Le Secours populaire prend en charge le coût des billets de train ainsi que de la location et demande aux familles une participation solidaire. Pour les familles qui partent pour la première fois, le trajet est toujours quelque chose de compliqué alors on précise tout : les métros, les bus, les arrêts, les horaires, s’il y a un taxi, on le réserve. Nous ne sommes pas une agence bien sûr, mais nous essayons d’être au plus près du profil des familles et de leurs désirs. » Au plus près des désirs, ainsi qu’attentifs aux peurs qui peuvent susciter des freins aux départs. Il y a l’appréhension du trajet bien sûr, ainsi que le sentiment de ne pas se sentir légitime pour partir, ne pas en en avoir le droit. Il y a aussi, plus encore cette année où la pauvreté s’est encore durcie, la difficulté à s’acquitter de la participation solidaire[2] demandée par le SPF, si modique soit elle. Il y a, finalement, autant de freins que de situations et ceux-ci nous rappellent les conditions de vie terribles des plus démunis dans notre pays. Comme, par exemple, ces familles qui vivent en chambre d’hôtel et qui expriment la crainte, si elles partent une semaine, de se retrouver, à leur retour, à la rue. Aussi, les équipes du SPF mettent-elles en place un accompagnement qui, au-delà du seul projet vacances, balaie les champs budgétaire, administratif, sanitaire, psychologique et social.

 Nous essayons d’être au plus près du profil des familles et de leurs désirs.

Les départs en vacances se préparent ainsi avec précaution et en amont : avec chacune des familles sont organisés trois rendez-vous. Le premier permet de dégager un projet, de définir la formule de départ (pension complète, demi-pension ou simple location, ainsi que la destination : mer, montagne, ville, campagne…). Le deuxième rendez-vous permet d’affiner le projet : est alors fixé le lieu exact de la destination, les modalités de versement de la participation solidaire, les détails quant aux activités proposées. Enfin, un troisième rendez-vous est l’occasion de remettre à la famille la feuille de route. Aujourd’hui, c’est le deuxième rendez-vous entre Camille et Linda. « C’est le seul centre avec une piscine et qui se trouve en plus à côté de la plage. Vous avez tiré le gros lot ! », lance, complice, Camille à Linda. La jeune femme, bénévole au SPF depuis 2017, réalise actuellement son stage d’études universitaires au sein de l’association et coordonne les départs en famille. Cet après-midi-là, à Massy, Camille a prévu de rencontrer quatre familles en tout.

Camille, Tiaidi, Manuella… et les autres

Linda prend le feuillet que lui tend Camille : elle y découvre le descriptif du séjour tant attendu. Elles parcourent toutes les deux le document. Les photos du centre, dans lequel Linda se rendra cet été, augurent des vacances magnifiques. Situé dans une commune balnéaire aux portes de l’Atlantique, il propose de nombreuses activités : sports nautiques, baignade, pêche, VTT, randonnées et soirées récréatives. Le buffet de spécialités régionales sera servi dans une salle panoramique avec vue sur l’océan. Une large terrasse offre un accès direct à la mer. Linda repose la feuille. Ses yeux pétillent et un large sourire se dessine sur son visage : les vacances se précisent et la maman se réjouit de pouvoir partager avec les siens des moments de joie et de détente, autres que ceux du quotidien, souvent abimés par le stress et les privations.

« Notre dossier est complet à présent et votre participation est versée. Nous nous reverrons fin juin, je vous remettrai vos billets de train, ainsi que votre feuille de route avec les horaires exacts de votre départ et les détails de votre trajet », conclut Camille. « Quand je serai là-bas, j’enverrai une carte postale à ma mère. Elle est si heureuse pour nous, que nous puissions partir », confie Linda dans un souffle. La jeune femme et la mère de famille se disent au revoir. Avant de franchir la porte du petit bureau, Linda lance une dernière confidence, amusée : « Ma fille, depuis qu’elle sait que nous allons partir en vacances, tous les soirs, quand elle rentre de l’école, elle demande : “on y va demain ?”  ». Pas demain non, mais bientôt. Camille, Tiaidi, Manuella, ainsi que tous les autres bénévoles de la fédération de l’Essonne s’y emploient.

 


[1] Une « Journée bonheur », au Secours populaire, est une sortie d’une journée au cœur de la nature, dans un lieu culturel, dans une ville, de découverte d’une activité artistique ou sportive… C’est une parenthèse, un temps pour souffler.

[2] Cette participation financière modique est le moyen, pour les familles, de participer à la solidarité. Elle ne couvre en rien les frais du séjour (location, transport, etc.) et s’inscrit dans l’objectif du SPF de préserver la dignité des personnes aidées. 

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