À bord de l'antenne mobile santé du Val-d'Oise

Contrairement aux idées reçues, la précarité ne concerne pas que les besoins alimentaires ou le logement, elle s’accompagne souvent d’un mauvais accès à la santé. La fédération du Secours Populaire du Val d’Oise a ouvert il y a près de deux ans un Relais Ecoute Santé pour aider les plus défavorisés à accéder aux soins. Ce Relais dispose désormais d’une antenne mobile qui sillonne les routes du département depuis un peu plus d’un mois.

 

 

Depuis le 11 février 2019, les bénvoles du Val d'Oise disposent d'une antenne santé mobile.
Christophe Da Silva

 

À priori, il a tout d’un camion ordinaire. Mais celui-ci est un peu différent. À l’intérieur, les sièges ont été remplacés par deux banquettes se faisant face et permettant de recevoir une à deux personnes. Dans de petits placards, un stock de produits d’hygiène, dentifrices et brosses à dents issus d’un don, ainsi que des préservatifs. Autres indices dans ce camion pas comme les autres : une balance vous accueille à l’entrée et des vitres teintées permettent de masquer depuis l’extérieur l’identité des personnes reçues. Depuis février, le Relais Ecoute Santé (RES), qui tenait autrefois permanence à Saint-Ouen l’Aumône, sillonne les routes du Val d’Oise. Le Docteur Patrick Herait, ancien médecin oncologue à la retraite, est à l’origine de ce dispositif unique : « L’idée n’est pas de dispenser des soins ou des diagnostics. Nous allons au-devant des personnes en difficulté. L’objectif est de diminuer les inégalités d’accès à la santé.» Ainsi, le véhicule stationne dans un premier temps devant les permanences des antennes et des comités du Secours Populaire du Val-d'Oise, comme ce jour-là à Chars, petite commune d’un peu plus de 2000 habitants. C’est le même jour que la distribution alimentaire, pour éviter aux bénéficiaires, qui font parfois 10 à 15 km, de faire deux fois le déplacement.  « C’est pratique qu’il vienne jusqu’à nous », note Steve, père de cinq enfants, qui en a profité pour déposer deux de ses filles à la bibliothèque juste à côté, avant d’être reçu dans le camion.

Un binôme issu du secteur de la santé

Ceux qui le souhaitent sont reçus par un binôme de bénévoles professionnels de santé ou travailleurs sociaux. Ils sont une quinzaine en tout, mais le Relais recherche toujours plus de bonnes volontés parmi les aides-soignants, infirmières, pharmaciens, dentistes, kinés, pour pouvoir assurer un service plus régulier. C’est Ariane Martin, responsable de l’antenne du Secours Populaire de Chars, qui oriente les personnes aidées, qu’elle connaît bien, vers la structure. « Pendant les permanences, on n’a pas trop le temps de discuter. Quand ils viennent ici, on ne parle pas de santé, ils ont autre chose en tête ! » Ancienne comptable et bénévole multi-casquettes, elle reconnaît que son aide peut avoir des limites : « Je ne suis pas assistante sociale, même si j’aurais bien aimé ! » Dans le camion ce jour-là, Micheline, assistante sociale et Christian, psychologue, sont à l’écoute. C’est la mission principale du Relais Ecoute Santé. « Les gens ont besoin de parler, besoin de comprendre. On prend le temps de les écouter (en moyenne 45 minutes à 1h pour chaque visite ce jour-là) », explique Micheline. Selon Christian, dont c’est la deuxième mission sur le terrain avec le RES, « avant d’arriver à l’aspect technique, il y a un temps d’écoute où la personne formule son ressenti, nous dépose son histoire, et après seulement, on passe à la phase pratique. Si on attaque directement par la solution, les problèmes sont plus difficiles à observer. Il y a de la pudeur. »

Lunettes et prothèses dentaires mal remboursées

Pour Florence, 46 ans et atteinte de nombreuses maladies chroniques, ce dispositif est comme tombé du ciel. Elle explique, en larmes, qu’elle ne croit plus à la médecine : « Les médecins m’ont laissée tomber. Je suis un cas trop compliqué, ils ne veulent pas de moi ! » Devenue diabétique à cause de son traitement, elle a besoin de faire refaire ses lunettes car sa vue baisse mais ses droits à la CMU complémentaire n’ont pas été reconduits. Grâce au RES, elle a obtenu un rendez-vous chez un ophtalmologiste partenaire du réseau pour faire contrôler sa vue. La fondation Rotschild et le lunetier Essilor, partenaires du SPF offrent une prise en charge à 100% des bénéficiaires orientés vers leurs services.Daniel, lui, est venu pour un problème d’appareil dentaire pas adapté. Il ne peut plus manger en public depuis 2 ans, et n’a pas les moyens de financer un nouvel appareil : « La santé c’est important, mais les dents, beaucoup de gens ne s’en occupent pas, alors parfois, ils restent sans… » Comme dans ces deux cas, les demandes les plus fréquentes concernent en premier lieu les lunettes et les prothèses dentaires, souvent mal remboursées par les mutuelles.

"Quand on est précaires la santé passe après"

Le public du Relais Ecoute Santé, dont la moyenne d’âge tourne autour de 40 ans, vient aussi souvent se renseigner. Les personnes accueillies par les bénévoles n’ont plus de droits sociaux, et ne peuvent donc plus se faire soigner. « Quand on est précaires, on s’occupe d’abord de se loger et de se nourrir. La santé passe après… Et en général, on s’occupe d’abord de la santé de ses enfants avant la sienne », selon le Dr Herait. Au-delà de l’écoute, les bénévoles du RES ont d’autres missions, telles que renseigner les personnes aidées sur l’accès à leurs droits de santé (AME, CMU, ACS), les orienter vers des centres où ils pourront se faire soigner (bilans de santé gratuits dispensés par la Sécurité sociale ou des partenaires de santé) et les sensibiliser sur leurs pratiques, les facteurs de risque, en privilégiant la prévention. A la sortie, le ressenti est unanime : « C’est très utile d’avoir les conseils de professionnels », remarque Djamila, mère divorcée de 3 enfants, venue prendre des renseignements pour elle et sa famille. Pour sa prochaine étape, le 10 avril, le camion s’arrêtera à Bezons, avant de revenir à Chars dans huit semaines. L’antenne mobile devrait également se déplacer au niveau de certains centres d’hébergement et de l’Université de Cergy Pontoise. L’année prochaine, le RES tentera d’atteindre les zones les plus rurales du Vexin, qui souffrent de désertification médicale. 

 

 

 

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