Des valeurs en commun, des actions en partage

C’était une première pour le Secours populaire français… mais aussi dans la vie associative en France : le SPF a mené une consultation nationale de ses donateurs au premier trimestre de cette année. En voici les principaux résultats.

Les dons apportés par les amis du Secours populaire se transforment en vacances, en livres, en vêtements ou en aide alimentaire.
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« Continuez ! », écrit un donateur enthousiaste en réponse au questionnaire adressé par le Secours populaire, au printemps dernier. « Tenez bon, ça ne s’annonce pas facile », poursuit un autre, qui s’inquiète de la montée du chômage et de la précarité. « Continuez ! Continuez ! Continuez ! », lui fait écho Raymond, tandis qu’Odile, professeure à la retraite, complète : « Continuez à agir comme vous le faites. […] Bon courage à tous. »

Continuez à agir comme vous le faites. […] Bon courage à tous

À la lumière des informations recueillies auprès des 14 000 personnes qui ont répondu, le donateur type a une chance sur deux d’avoir moins de 70 ans ; très fidèle, il ou elle nourrit depuis de nombreuses années un attachement très fort à l’association. Cette moyenne d’âge élevée, conforme à la tendance générale des donateurs aux différentes associations, justifie les efforts déployés par le SPF pour s’adresser aux plus jeunes donateurs potentiels.

Cet attachement (voir la question n °1) repose sur la place prise par l’association dans leur vie (50 % des répondants) et sur la relation qu’ils ont nouée avec les gens, voire les amis, qu’ils rencontrent à la permanence la plus proche de chez eux (39 %). Ils sont invités par exemple à des journées portes-ouvertes où les bénévoles du SPF leur font découvrir leurs activités.

Question n°1

Jean-Pierre Chatain, le secrétaire général du SPF de l’Indre, multiplie les petits gestes pour créer un lien avec les donateurs, « comme écrire à la main un petit mot sur tous les reçus fiscaux » qu’il leur adresse. La résonance entre les valeurs portées par le donateur ou la donatrice et celles du SPF est encore plus importante pour expliquer la force de la relation qui les unit.

LA MAIN QUI DONNE ET CELLE QUI REÇOIT

Quelles sont ces valeurs ? Depuis plus de 70 ans, l’association œuvre en toute indépendance pour assurer le respect effectif des droits fondamentaux, dans le droit fil de la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par les Nations unies en 1948 (droit à l’alimentation, à se vêtir, à se loger, aux loisirs et à la culture, à la santé, à la dignité, etc.).

Plutôt que de diviser l’humanité, d’y voir des « assistés », la solidarité défendue par le SPF induit une relation d’égal à égal entre la main qui donne et celle qui reçoit, notamment en permettant aux gens en difficulté de devenir bénévoles et, d’être donateurs même modestement, en refusant l’assistanat pour respecter la dignité de chacun.

Question n°2

En lien avec ces valeurs, les donateurs et les donatrices citent souvent comme ressort de leur engagement l’histoire de l’association (74 %). Celle-ci est, en effet, riche : des premières colonies de vacances organisées pour les enfants de déportés en 1945, à la solidarité aussi bien apportée aux paysans vietnamiens sous les bombes qu’aux civils kosovars ou serbes dans une région ravagée par la guerre civile durant les années 1990.

UNE HISTOIRE RICHE DE REPÈRES

Les bénévoles ont aussi participé à la reconstruction des liens entre communautés au Rwanda après le génocide en 1994 ; deux décennies plus tôt, ils avaient envoyé un cargo de vivres au Chili, alors en proie à la dictature. Ils avaient, auparavant, apporté un soutien sans faille aux courageux « soldats du refus » qui ne voulaient pas contribuer en Algérie à une entreprise coloniale.

L’histoire du SPF, ce sont aussi les grandes mobilisations humanitaires comme lors des tremblements de terre en Arménie en 1989, en Haïti en 2010 ou lors du tsunami, dans l’Océan indien en 2004.

Question n°3

Plus encore que son histoire ou ses valeurs, ce sont les actions de solidarité menées par le Secours populaire qui ont le plus grand écho chez les « gens de cœur » qui le soutiennent : c’est ce que citent en premier 92 % des personnes interrogées, comme Jeanine : « J’ai vu à la télévision vos bénévoles faire des maraudes dans les villes […] à la rencontre des sans-abri. […] Je trouve ça admirable. » Ce qui impressionne Joëlle, c’est surtout l’accueil des personnes en difficulté par les bénévoles, leur « sourire », leur « écoute » et leur « chaleur ».

UNE AIDE ALIMENTAIRE POUR PLUS DE 1,8 MILLION DE PERSONNES

Parmi les actions menées sur le terrain (voir la question n°5), certaines grandes causes mobilisent très largement. Ainsi, 70 % des répondants disent être particulièrement sensibles à l’aide alimentaire apportée par le SPF. Ils sont ici intimement en phase avec l’activité des bénévoles qui ont apporté, en 2016, à plus de 1,8 million de personnes de quoi se nourrir.

C’est aussi le besoin le plus souvent exprimé par les familles qui poussent la porte de l’association. Il s’agit d’une activité de proximité facilement identifiable, sur laquelle le SPF communique souvent lors d’un événement. « L’année dernière, c’est lors d’une opération de collecte devant un supermarché à côté de chez moi que des bénévoles m’ont détaillé leurs actions. Ça m’a convaincu », indique Allal, comptable de 40 ans, devenu depuis donateur (voir l’encadré, p.12).

Les bénévoles assurent la tenue de milliers de libres-services alimentaires chaque année afin de venir en aide aux personnes démunies.

Les bénévoles
assurent la tenue
de milliers de libres-services alimentaires
chaque année
afin de venir en aide
aux personnes démunies.

 

 

 

 

Plus d’un répondant sur deux se déclare spécialement sensible aux aides apportées aux enfants. Cet élan du cœur se retrouve notamment dans le succès des campagnes des Pères Noël verts et des vacances d’été, pour que tous les petits aient un cadeau au pied du sapin et puissent partir pendant leurs congés.

En agrégeant l’intérêt pour deux autres actions concernant en premier lieu les enfants – la Journée des oubliés des vacances (JOV) et les aides aux vacances, notamment à travers l’organisation des Villages Copain du monde –, « nous considérons qu’en fait 83 % de nos donateurs sont sensibles au thème de l’enfance en détresse », assure Richard Béninger.

Nous considérons qu’en fait 83 % de nos donateurs sont sensibles au thème de l’enfance en détresse

Ainsi donc, en plébiscitant la lutte contre l’exclusion et l’aide apportée aux enfants, les « gens de cœur » qui apportent leur soutien au SPF sont en phase avec les deux thèmes les plus mis en avant par les donateurs dans leur ensemble, toutes associations confondues, au regard du dernier baromètre de France Générosité (mai 2017).

Question n°4

Les causes qui mobilisent, ensuite, le plus chez les donateurs du SPF sont – à égale importance, 41 % – l’aide vestimentaire, l’accès aux vacances, la Journée des oubliés des vacances ou encore l’accès aux soins. Par ailleurs, plus du tiers des donateurs suivent avec attention les activités en plein développement du SPF pour l’accueil des migrants et des réfugiés.

Malgré une retraite modeste, je donne chaque année […] car je suis très sensible à toutes les misères du monde

« Malgré une retraite modeste, je donne chaque année […] car je suis très sensible à toutes les misères du monde […] », confie Éveline, 85 ans, qui évoque le douloureux souvenir de l’exode entrepris sur les routes de France avec ses parents au printemps 1940. Comme elle, près d’un quart des donateurs sont mobilisés sur la question de la solidarité internationale, plaçant ainsi du même coup la question des migrations sur le bon terrain de compréhension, celui de la disparité de richesses, les situations de conflits et les désastres climatiques.

Les donateurs – 70 % d’entre eux – perçoivent avant tout le Secours populaire comme une grande organisation nationale de solidarité (voir la question n°2). « Cela veut dire que les fédérations ne doivent pas simplement donner des informations sur ce qu’elles font localement, mais doivent aussi relayer ce que le SPF entreprend globalement. Les donateurs sont demandeurs », analyse Annie Grinon, secrétaire générale du SPF de l’Essonne et secrétaire nationale chargée de la relation avec les donateurs.

Question n°5

Le Secours populaire a l’un des maillages associatifs les plus étendus avec ses 80 000 bénévoles et plus de 1 200 permanences d’accueil, de solidarité et relais santé sur tout le territoire. Si bien que près de huit répondants sur dix à l’enquête savent où se situe leur antenne locale et beaucoup s’y sont déjà rendus (voir la question n°4). « Pour nos donateurs, loin de s’opposer, le plan local et le plan national se nourrissent, se renforcent », analyse Richard Béninger.

DONATEURS ET BÉNÉVOLES

Cette articulation est entretenue par les informations délivrées régulièrement par l’association via Convergence, son magazine, son site internet, les mails ou les courriers envoyés par les bénévoles. C’est ce qu’assurent 60 % des personnes interrogées (voir la question n°1).

Une information qui donne la même satisfaction à près de huit donateurs sur dix. A contrario, moins de un sur dix déplore l’abondance de « sollicitations », surtout chez les plus jeunes (voir la question n°6). « Que je reçoive dix courriers ou un courrier par an, mon don vous est acquis », relève ainsi Simon, conducteur de train de 34 ans, qui apprécie néanmoins d’avoir pu donner son avis lors de l’enquête.

Question n°6

« Nous allons pouvoir affiner la qualité de notre relation en fonction des préférences que les donateurs nous ont transmises en répondant au questionnaire », anticipe Annie Grinon. Des réponses personnalisées vont être apportées à plus de 200 donateurs qui ont posé des questions précises.

Dernier enseignement, un donateur sur six participe régulièrement à des actions de bénévolat dans les antennes structures du SPF (voir la question n°7) : aux braderies, à l’accompagnement de petits en vacances ou encore aux distributions alimentaires. Mais, 20 % supplémentaires se disent prêts à faire de même à l’avenir, régulièrement ou ponctuellement.

 

UNE RELATION QUI S'ENTRETIENT

L’association doit donc relever ce défi : permettre à ces donateurs de participer aux actions bénévoles. Elle y arrive déjà dans certains départements, comme dans la Sarthe. Les bénévoles invitent systématiquement les donateurs aux grands événements de la fédération. « Nous leur présentons le bilan de nos actions, en France et à l’étranger. Puis, il y a un côté plus festif. Au final, ils apprécient les échanges et les discussions qui se nouent », explique Dominique Desarthe, secrétaire générale du SPF dans le département. Certains reviennent ensuite en tant que bénévoles.

Question n°7

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