Les droits de l’enfant ont une histoire

Le 20 novembre 1989, l’Assemblée générale des Nations unies (Onu) a adopté à l’unanimité la Convention relative aux droits de l’enfant. La mise au point de ce texte a nécessité dix années de négociations entre les représentants des 193 Etats membres de l’Onu et la contribution éclairée de plusieurs associations agissant auprès des enfants. Le chemin qui a conduit à ce résultat avait pourtant débuté avec le siècle...

20130331 -  Brochure Copain du monde stand chasse aux oeufs Agir pour la solidarité est un droit de l'enfant.
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Le grand précurseur des droits de l’enfant est un médecin pédiatre polonais, Janusz Korczak (1876-1942)

Orphelin de père à 12 ans, il doit travailler. En étant précepteur et en aidant des jeunes sans famille ni domicile, il découvre son intérêt pour l’éducation des enfants et sa facilité à communiquer avec eux.


Il réussit à faire des études de médecine, exerce pendant quelques années, puis  se consacre aux deux orphelinats qu’il a créés et organisés en républiques d’enfants. Fondé sur la confiance, l’autonomie et le respect des droits de chacun, le fonctionnement démocratique de ces établissements a promu la participation des enfants.


En rédigeant des centaines d’articles et des livres, en animant une émission de radio hebdomadaire sur l’éducation, et en réalisant le supplément d’un journal national entièrement rédigé par des enfants, Korczak se fait connaître dans toute la Pologne et au-delà. Il plaide pour une réforme complète du statut de l’enfant et une éducation fondée sur la sauvegarde et le respect de sa personne.


Au cours des années 1920, il affirme les droits de l’enfant et réclame auprès de la Société des nations (SDN), l’organisation internationale qui a précédé l’Onu, une Charte énonçant ces droits.


En 1939, l’armée nazie occupe la Pologne. L’orphelinat qui accueillait 200 enfants juifs est transféré dans le ghetto de Varsovie. Korczak s’évertue à les nourrir, les protéger, et refuse de s’enfuir. Le 5 août 1942, il choisit de les accompagner vers les chambres à gaz de Treblinka, où il périra avec eux.

Son livre : Le Droit de l’enfant au respect, paru en 1928, est le texte fondateur des principes reconnus en 1989 par la Convention relative aux droits de l’enfant.

Deux Déclarations des droits de l’enfant n’ont pas donné des résultats à la hauteur des espérances

En 1924, la Déclaration de Genève est adoptée par la Société des nations. Mettant en avant la responsabilité des adultes, elle reconnaît, en cinq articles, et pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, les droits de l’enfant au développement, à l’assistance, au secours, et à la protection.
Ce texte a été rédigé par Eglantyne Jebb, une philanthrope britannique qui avait créé, en 1919, une association pour porter assistance et protéger les enfants victimes de la Première Guerre mondiale. Elle estimait que « toutes les guerres, justifiées ou non, désastreuses ou victorieuses, sont des guerres contre les enfants ».
De nos jours, 1 enfant sur 9 vit dans une zone de conflit.

En 1959, l’Assemblée générale des Nations Unies proclame une Déclaration des droits de l’enfant en élargissant considérablement les droits formulés dans la Déclaration de Genève.

    Pour faire respecter les droits de l’enfant, il faut des lois

    Problème : une Déclaration internationale ne contraint aucun État à l’appliquer, même quand il l’a signée ! Les Déclaration des droits de l’enfant n’ont pas échappé à cette règle. Le seul moyen de contraindre les Etats à progresser dans l’application des droits de l’enfant est une Convention internationale car celle-ci  a la valeur d’un traité.
    C’est donc une Convention que la Pologne propose, en 1978, à la commission des Droits de l’homme de l’ONU. Pour aider à une prise de conscience collective et inciter les Etats à porter davantage attention au sort des enfants et à leurs droits, la commission déclare alors 1979 : « Année internationale de l’enfant ». Dès le printemps, un groupe de travail  est constitué pour rédiger la future Convention des droits de l’enfant. Il lui faudra dix ans pour mettre  d’accord tous les pays membres de l’Onu sur le même texte.

    Résultat : les 10 principes de la Déclaration de 1959 sont devenus, dans la Convention de 1989, 54 articles dont 41 détaillent les droits civils, économiques, sociaux, culturels et les libertés de l’enfant.

    Les droits de l’enfant auront l’avenir que nous leur donnerons

    Après la signature de la Convention des droits de l’enfant par un Etat, que se passe-t-il ? Le texte doit être voté par le Parlement de ce pays pour être ratifié. Cela veut dire qu’il s’engage à intégrer les droits reconnus à l’enfant dans ses propres lois et à les faire appliquer*.


    Il s’engage aussi à remettre un rapport, tous les cinq ans, au Comité des droits de l’enfant. Celui-ci est constitué de dix-huit experts qui suivent la situation de chaque pays. Ils ont pour cela recours à plusieurs sources : les rapports fournis par les gouvernements bien sûr, mais aussi ceux des associations qui agissent dans ce pays. Ils reçoivent également les enfants qui souhaitent témoigner, dans leurs locaux, à Genève.
    Suite à cela, le Comité des droits de l’enfant transmet ses observations et ses  recommandations aux gouvernements  concernés. Ces rapports ne sont pas secrets mais pour les connaître, il faut lire des articles dans la presse, faire des recherches sur Internet...


    La promotion des droits de l’enfant demeure donc un vaste chantier à l’échelle du monde, et les pays les mieux dotés économiquement ne sont pas nécessairement à la pointe du combat !


    En s’attachant à faire connaître ces droits récents aux premiers concernés que sont les enfants, des associations comme le Secours populaire assurent aux côtés des enseignants, des animateurs et des parents une mission d’éducateurs. C’est l’union de toutes ces bonnes volontés qui contribue à faire progresser le bien-être au présent des nouvelles générations et préparer avec elles un meilleur avenir.

    *197 Etats ont signé la Convention. Seuls parmi ces États, les États-Unis ne l’ont pas ratifiée.

    Dossier solidaire